digue du var

 

OURS ET LOUPS DANS LES ALPES MARITIMES


mise à jour juillet 2016

 

Etude et prospections Jean Laffitte Raoul Barbès

 

L’ours

 

Il y a peu de documentation concernant la présence de l’ours dans le département.

Le toponyme « ours »  figure dans Mont Ours.

Cette montagne est nommée ainsi sur la carte d’Etat Major de 1878 « Mont Orso », mais le lieudit n’est pas dénommé sur la carte de 1763 des Archives Royales de Turin.

Il y a également le Pic de l’Ours dans l’Estérel.

Henri Giuge () cite le pas de l’Ours près de Saint Martin Vésubie, et Luigi Masetti (), note le bois de l’Ours  sur la commune de Saorge tout près  du territoire de la Brigue. Un frère des E.C () page 62 signale le col de l’Ours et de Guggia près de Castillon. Il s’agit peut-être du col de Castillon

Au Bourguet près de Saint Etienne de Tinée une plaque indique « le pré du Loup ».

Parmi les toponymes, on trouve à Saorge un bois des loups à l’Est du Mont Agu et Roccé Campané  (près de Muratone). Dans l’Estérel se trouve le Pic de l’Ours

Dans les toponymes on peut signaler aussi la Baisse du Loup près du Mont Ours au-dessus de Sainte Agnès 06500, la Louboniero près de Maint Martin Vésubie 06450, la Loubière près de la tête de Chien à La Turbie 06320.

A Carros 06510 une rue est baptisée Carriero du pas du Loup

 

Mais il y a lieu d’être prudent avec le sens de ces toponymes

Dans le blason d’Utelle 06450 figure un ours dressé « d’argent aux deux pals  d’azur à l’ours en pied  de sable brochant sur le tout. »

Il figure aussi dans le blason de Clans, mais ceci n’est pas une preuve de la présence ancienne de l’animal autour de ces villages.

On peut observer un animal pouvant ressembler à un ours près de Peone 06470. A Collongues 06910 on peut voir une date de 1789 (Révolution Française) sur une pierre d'angle d'une grange et une tête d'ours (?) sculptée à l'angle d'une porte de la rue des Fleurs. De part et d'autre de l'entrée de cette maison, deux colonnes torsadées sont sculptées avec dans les angles opposés deux têtes d'ours dont l'une, celle de droite, a été cassée. L'ours semble tirer la langue.

S'agit-il vraiment d'un ours ? On peut comparer cette sculpture avec celle de Péone. Il est possible qu'il s'agisse d'un ours car il y en avait encore au XVIIIe siècle.

Les têtes figurant sur les photos ci contre sont des têtes d'ours supposées mais pourquoi ont elles fait l'objet de cette sorte de publicité?

De gauche à droite: heurtoir à Cipières 06620, tête rue des Fleurs à Collongues 06910, tête sur fontaine à Tende 06430, tête à Peone 06470.

Selon Bernard Prêtre (), « l’ours devait avoir disparu des Alpes du Sud (Alpes-de-Haute-Provence et des Alpes Maritimes) entre 1790 et 1800. La chasse, le poison déposé par les bergers et le déboisement intensif ont eu raison des "ours du Midi"

Ceci est confirmé A. Rosso qui dit (en 1826) que "l'apparition des ours dans les Alpes-Maritimes est si rare, les moyens qu'on emploie pour les chasser si prompts qu'ils ne peuvent plus s'y propager". Dans les Basses-Alpes (actuelles Alpes-de-Haute-Provence), sa disparition remonte donc vers 1800 même si un noyau "intéressant" a survécu jusqu'en 1840 à Saint-Paul-sur-Ubaye. Dans les Alpes-Maritimes, l'ours a disparu de Vésubie en 1730 (selon Jean-Jacques Camarra), même si la dernière signalisation dans le comté de Nice remonte au 17 novembre 1780, avec la capture d'un ours à Saint-Martin-Vésubie. (Source : Les Parcs nationaux - Guides Gallimard - 1998)

D’après Jean Luc Desraynaud () il y aurait eu des ours encore au XIXème siècle dans le vallon de Velail, (vallée de Mollières), ce qui ressemble à ce que rapporte Luigi Masetti  du récit fait en 1993 par Madame Richer fille de Mario Bartholomé, qui vécut longtemps au hameau du Pra dans la partie inférieure du vallon de Molières  « le dernier ours aurait été traqué et tué par les habitants vers 1920 »

Peut être y a t-il trace de cet évènement dans les journaux de l’époque

Luigi Masetti () page 15, indique : «  l’ours est explicitement indiqué dans les statuts du XVème siècle révisés au XVIème  concernant le village de Triora. Celui-ci se trouve tout près de la Brigue 06430  sur le versant ligure des Alpes maritimes.

Le chapitre en question est intitulé : « de la capture des ours, loups et sangliers. »

Il donne le détail du règlement. Plus loin il ajoute : « nous sommes en présence d’un règlement semblable daté du XVIème siècle concernant les territoires italiens de Pigna  et de Busio….Selon une étude conduite par une commission gouvernementale, le dernier ours des Alpes maritimes aurait été piégé en 1769 dans la vallée de la Vésubie ».

Beaucoup d’ « apie », enclos entourés de hauts murs se trouvent notamment dans le secteur de la Brigue et de Tende. On a émis les hypothèses que c’était pour conserver de la chaleur l’hiver à ces enclos pour protéger les abeilles, ou bien plutôt qu’il s’agissait de protéger ces insectes contre les prédateurs, et notamment les ours

Hemingway dans Pour qui sonne le glas écrit : « Anselmo : la porte de l’église de mon village, il y avait clouée dessus la patte d’un ours que j’avais tué au Printemps. Je l’avais trouvé sur une colline dans la neige en train de retourner une bûche… La main d’un homme, ça ressemble à la patte d’un ours. Comme la poitrine d’un homme ressemble à la poitrine de l’ours dit Robert Jordan. La peau de l’ours enlevée, il y a beaucoup de ressemblance dans les muscles.  Oui, dit Anselmo, les Gitans croient que l’ours est un frère de l’homme. Les Indiens d’Amérique aussi, dit Robert Jordan. Et quand ils tuent un ours, ils s’excusent auprès de lui et lui demandent pardon. Ils posent son crâne dans un arbre et lui demandent pardon avant de le laisser là. Les Gitans croient que l’ours est le frère de l’homme parce qu’il a le même corps sous sa peau, parce qu’il boit de la bière, parce qu’il écoute la musique  et parce qu’il aime à danser. Les Indiens croient ça aussi. Est-ce que les Indiens sont des Gitans ? Non mais ils se font de l’ours la même idée qu’eux… les Gitans croient aussi que c’est un frère car il vole pour le plaisir »

 

Le loup

 

Il n’est pas question ici de la nouvelle implantation de cet animal.

Un frère anonyme des E.C. () écrit page 50, qu’un gentilhomme nommé Jacques Aiglieiri assassina le curé de Saint Martin Lantosque à la suite de quoi il s’enfuit dans les bois et fut dévoré par les loups

 

Un auteur anonyme traduit par Hervé Barelli () page 67, mentionne dans son journal : « le 13 mai 1595, un loup prit un enfant  de trois ans près du poulailler des héritiers de M Nicolas Tonduti, à Camplonc, (quartier de Nice du côté de l'église Saint Etienne), l’emporta et le mangea tout sauf la tête, qui fut enterré à Sainte Réparate »

 

Joseph Combet () a écrit :

« En avril 1804, on signale les loups venant d’Aspremont, Cabanes, Tourrette. Ils blessent des hommes à Bellet, Fabron, Magnan et répandent l’épouvante. Le Maire Roey, ordonne au chef  du quatrième bataillon de la garde nationale, d’opérer une battue. Des primes sont  attribuées  aux citoyens qui apporteront des têtes de loups. Elles sont pour les premiers huit jours de 60 francs. Le XII germinal an XII, le Maire prévient le commandant d’armes  qu’il a pris un arrêté  au sujet de quelques loups qui sont apparus sur le territoire de la commune ».

On peut rapprocher les données sur les loups des commentaires faits par Fodéré () en 1821.

« Les animaux de proie, tels que les loups et les aigles s’étaient beaucoup multipliés dans le temps que j’écrivais ceci  et faisaient de grands ravages parmi les troupeaux. Les loups, chassés des hautes montagnes par les neiges de l’hiver se sont toujours portés en nombre  dans les parties méridionales, alléchés par la douceur du climat  et par les troupeaux qui couvrent les pâturages d’hiver. On faisait autrefois la chasse aux uns et aux autres  de ces animaux, et on accordait une récompense de neuf francs  pour chaque tête de loup, et de quatre francs pour un aigle ; les malheurs de la guerre, le désarmement  et la misère des temps, toujours suivis d’un état d’abandon et d’apathie de la part des peuples, interrompirent une institution  aussi nécessaire, qui sans doute aura été rétablie ».

Anthony Salomone () mentionne des attaques en mars avril 1813 à San Remo. Il note qu'en juillet 1843, le juge de mandement d'Utelle  est saisi  à la suite de graves blessures subies par des mineurs.

Il cite l'ouvrage de Jean Marc Moriceau () relatif au loup.

 

Des loups ont été signalés autour de plusieurs villages des Alpes Maritimes dans les années 1840 par Casalis () :

Bairols : A Doinas au plus fort de l’hiver on rencontre des loups

Clanzo (Clans): pendant l’hiver il y a beaucoup de loups

Rimplas : de temps en temps on rencontre des loups

S.Dalmazzo Selvatico (Saint Dalmas le Selvage) : les chasseurs trouvent dans cette région…des loups

Tornaforte (Tournefort) : il y a pas mal de loups

Villar del Varo : Il y a ici une forêt considérable appelée Douinas où il y a quelques loups

 

Eglise de Saint Sauveur sur Tinée

 

Le frère des E. C () page 79, signale à propos du clocher de l’église de Saint Sauveur sur Tinée le clocher n’a rien perdu de sa structure primitive. La partie supérieure où les cloches sont suspendues pose sur un entablement quadrangulaire. La corniche massive de la coupole projette à chaque angle une tête de loup, grossièrement sculptée»

Sur un des angles la tête surmonte trois bossages hémisphériques ce qui est rare car les bossages se présentent en général au maximum par deux.

Ces têtes étaient elles la pour conjurer la présence de ces animaux et on peut penser par analogie aux monstres qui servent de gargouilles dans les églises ou cathédrales du Moyen Age.

Symbolique de l’ours et du loup.

 

Dans l’encyclopédie des symboles () page 375, on peut lire à propos de l’ours :

On a souvent constaté mythologiquement une parenté entre l’ours et l’homme  puisqu’il est l’un des seuls animaux à pouvoir se tenir debout…l’hibernation de l’ours  est associée chez l’homme au temps de la vieillesse qui précède la résurrection…il est l’attribut de plusieurs saints comme Saint Colomban »

Et à propos du loup :

 « Dans l’iconographie chrétienne le loup  apparait d’abord comme le symbole des forces diaboliques  qui menacent le troupeau des fidèles  (agneau). Seuls les Saints ont le pouvoir grâce  à la force de l’amour qu’ils portent en eux de transformer sa férocité en piété »

 

 

Bibliographie

 

Barelli Hervé, Nice et son Comté 1590-1680, éditions Mémoires Millénaires 2012

Casalis Dizionario geografico storico statistico commerciale compilato per cura del Professore e Dottore di Belle Lettere

Gioffredo Casalis Cavaliere dell’ordine de SS Maurizio e Lazzaro

Opera molto utile agli impiegati nei pubblici e private uffizi a tutte le persone applicate al foro alla milizia al commercio e singolarmente agli amatori delle cose patrie

 

Combet Joseph, Nice Historique

Desraynaud Jean Luc, les lieux oubliés, carnets de l’Amont N° 3

 

Encyclopédie des Symboles édition la Pochothèque, 1989

 

Fodéré : Voyages aux Alpes Maritimes - et datant de 1821 cité par le dictionnaire de la langue niçoise –éditions Academia Nissarda – page 56

 

Frère des écoles chrétiennes anonyme, le jeune Niçois instruit de sa patrie ou notices historiques sur la ville et le Comté de Nice, société typographique 1850

 

Giuge Henri, carnets de l’Amont, toponymie et microtoponymie de Saint Martin Vésubie

 

Masetti Luigi, Abeilles éperviers et ours, Le haut Pays N° 67, éditions du cabri,  Décembre 2006

Moriceau Jean Marc - sur les pas du loup: tour de France et atlas historique et culturel du loup du Moyen Age à nos jours - Montbel 2013

 

Prêtre Bernard, les derniers ours de Savoie et du Dauphiné

 

Rossi Edmond : Histoires de loups en Pays d’Azur, éditions Alandis 2005

Salomone Anthony - Nice Matin du dimanche 2 mars 2014 page 17