Simon le Magicien

 


SAORGE:    MASSENA ET SAINT AMOUR


Mise à jour juillet 2018

Pendant la révolution le village de Saorge a été pris par les troupes françaises le 29 avril 1794.

Selon Gilles Candela (), page 108, les villages de la Brigue et de saint Dalmas  de Tende ont été pris le 28 avril. Mais plus loin Masséna parle de l’occupation du mamelon en face de Saint Dalmas ce qui est important pour la suite.

Les troupes françaises venaient notamment de l’Arpette, du pas de Muratone, d’Oneille, de Ponte di Nava, de Marta et de Nava

Il cite page 94 , note B36, un plan de  Brunet pour attaquer Saorge  en Aout 1793 en passant par la vallée de la Nervia pour déborder Saorge par les crêtes.

Luigi Polvéré (),  page 55, mentionne un rapport du général Demerieux du 31 janvier 1794 pour la prise de Saorge en passant par Oneille, et un plan du marquis de Dolceaqua pour la même stratégie refusé en son temps par Louis XIV.

Tous ces plans impliquaient le passage par le territoire de la République de Gênes. C’est ce qui a eu lieu en 1794

La question de l’attitude du chevalier de saint Amour commandant des troupes austro sardes de la place de Saorge en 1794 et qui a abandonné la place malgré les ordres reçus a fait l’objet de divers articles, souvent assez sévères, dont celui de Hildesheimer ()  page 72.

René Diana () pages 73 à 91 a également consacré un long article au chevalier, et tracé le portrait de sa personnalité.

Cependant il ne semble pas que les auteurs cités aient mentionné ce que le général Masséna a écrit à ce sujet.

En 1862  Serré de Rivière, alors chef de bataillon a fait un rapport sur la position de Saorge  avec une annexe transcrite ici. Les pointillés sont ceux de Serré de Rivière. 

 On pourra voir que Masséna a réfléchi en stratège sur cette question, et que son opinion constitue en quelque sorte une réhabilitation du malheureux chevalier qui a été jugé et fusillé à Turin.

« Note A   page 31

Extraits des mémoires de Masséna relatifs à l’attaque et à l’évacuation du château de Saorge.

Masséna doutait que ses avantages seraient éphémères si l’on ne se pressait pas d’attaquer la ligne de Saorgio, attendu que l’ennemi remis de sa stupeur, pourrait revenir sur ses pas, balayer la vallée du Tanaro et rejeter les français sur le versant méridional de l’Apennin. Il représenta aux Commissaires de la Convention que pour obtenir une victoire décisive, il fallait qu’ils retournassent à Nice au plus vite inviter le général Dumerbion à attaquer sérieusement Belvédère et San Martino di Lantosca par le général Macquart afin d’appeler l’attention des Austro sardes  sur ces points et les induire à dégarnir, ou du moins à ne pas renforcer la gauche, contre laquelle Masséna se proposait d’opérer…

Les représentants du peuple se rendirent à ces raisons et avant de partir pour Nice, ils décidèrent que Masséna ferait filer 3000 hommes sur Tanardo, que le général Macquart, dont la division serait renforcée aux dépens de la gauche attaquerait Saorgio par Jove, le 27 avril, pendant que Masséna s’en approcherait par les hauteurs de Briga….

Tandis que les troupes destinées à la nouvelle expédition , se rassembleraient au chevet de la Taggia, Masséna, accompagné du Commandant Rusca, son guide éclairé et fidèle, reconnut avec soin les positions de l’ennemi et combina son plan d’attaque…..

Il calcula qu’il pouvait faire concourir à l’attaque la brigade Lebrun postée sur le Monte Jove en face de Saorgio….

A raison des difficultés  du terrain qu’elle devait parcourir, cette brigade reçut l’ordre d’attendre dans la position de Jove, l’issue de l’attaque  principale à sa droite ; mais aussitôt qu’elle en recevrait l’avis, elle devait entrer vivement en action, en cherchant à gagner les hauteurs  de gauche de la Briga…

De son côté le Général en Chef, pour se conformer au vœu des représentants  et favoriser les opérations de Masséna, fit descendre les troupes du camp de Brouis à la Ghiandola, dans la gorge même de la Roya, pour soutenir l’attaque du général Lebrun de l’autre côté du torrent, ou faire une diversion utile dans la gorge même…..

Masséna dépêcha, par des chemins différents, des officiers au Général en Chef, pour lui annoncer ses succès et l’engager vivement à faire attaquer Saorgio de front, comme il avait été convenu…

Le lendemain avant d’avoir rallié ses troupes et quoiqu’il n’eut encore sous la main que quatre faibles bataillons, Masséna déboucha de Lignières pour attaquer les hauteurs de la Briga. Le comte de Radicati les occupait avec une brigade piémontaise et un bataillon allemand et les défendit vaillamment, ce qui donna le temps à l’artillerie et aux équipages du centre et de la droite des alliés de gagner Tende sans encombre. Vers quatre heures cet officier ayant été tué, la confusion se mit parmi ses troupes ; elles lâchèrent prise et furent mises en déroute. Les français prirent alors poste sur le mamelon, en face du couvent de san Dalmazzo, qui domine la route de Breglio à Tende. De son côté le général Dumerbion avait fait sommer et insulter Saorgio, sans succès, faute d’artillerie, car le général Vitale en se retirant, avait eu la précaution de faire rompre les ponts de la seule route où aurait pu en amener. Enfin, celle ci faisant bonne contenance, et ne laissant pas soupçonner son état de faiblesse, Lebrun, qui ignorait la valeur réelle de ce poste, crut prudent de na pas tenter une attaque de vive force…

Quant à Hammel, il fut tenu en échec par le peu de troupes qui restèrent sur la crête de la  Marta, à l’est de Saorgio. Quatre rapports de Masséna au Général en Chef, dont il n’était pas éloigné de plus de quinze kilomètres, étant restés sans réponse, il prit, certain d’ailleurs que l’ennemi était en pleine retraite sur Tende la résolution de descendre pendant la nuit avec la 117 ème demi brigade sur Saorgio, en laissant la garde des hauteurs de la  Briga à deux bataillons aux ordres du chef de brigade Pijou.

Au même moment, le général Saint Amour, à qui le baron de Colli avait donné l’ordre de défendre Saorgio jusqu’à l’extrémité, ayant eu avis de la défaite  des Piémontais à la Briga, et ne doutant pas que les vainqueurs aillent bientôt se rabattre sur ce fort, convoqua un conseil, et malgré l’avis contraire  de la majorité de ses membres, résolut de l’évacuer, en se fondant sur ce qu’aucun obstacle naturel ou artificiel ne mettait du côté du nord, sa garnison à l’abri d’une attaque de vive force, et il exécuta heureusement sa retraite à la faveur de la nuit.

Au point du jour, le Général Lebrun, n’apercevant pas du Mont Jove personne sur les plate formes de Saorgio, fit glisser quelques éclaireurs dans le ravin qui l’en séparait pour la reconnaître. Ils lui rapportèrent bientôt qu’il était abandonné. Aussitôt il en prit possession et s’y trouvait  déjà établi, lorsque l’avant-garde de Masséna se présenta sur le chemin de la Briga. La conduite du commandant de Saorgio fut jugée à cette époque  et depuis avec une grande sévérité ; cependant, si l’on considère que Saorgio n’était pas un poste fermé, qu’il n’avait que des batteries ouvertes en maçonnerie, vis à vis d la gorge de Mille Fourches et dans la vallée de la Roya, pour enfiler la route, que tous les établissements consistant en quelques vieux bâtiments pour loger les troupes, qu’aucun ouvrage ne le protégeait du côté des hauteurs auxquelles il est adossé, qu’il était impossible d’y tenir deux heures, que cette défense devenait entièrement inutile, puisque l’armée austro sarde, son artillerie, ses bagages étaient hors d’atteinte des français depuis vingt quatre heures, on ne saurait s’empêcher d’approuver la résolution de cet officier. Il fut pourtant condamné par un conseil de guerre à perdre la tête. Si l’on puisa les motifs de sa condamnation dans l’infraction aux lois de la discipline et s’ils furent fondés sur la nécessité de faire un exemple, pour la rétablir dans une armée où elle commençait à chanceler, il n’y a rien à dire, mais si l’on a invoqué d’autres raisons militaires, c’est le comble de l’ignorance et de l’injustice.

Lorsque les éclaireurs de Lebrun pénétrèrent dans Saorgio, c’était la solitude. On y trouva quatre à cinq pièces de bronze, quelques munitions de guerre et peu de subsistances ; le Général en Chef, les généraux de l’artillerie et du génie, ainsi que les représentants n’y purent entrer que quatre ou cinq heures plus tard, car il fallait auparavant rétablir le ponts de la Roya.

Nice, Novembre 1862

Le Chef de bataillon du Génie en Chef

De Rivière »

D’après ce qui précède il apparaît que le chevalier de saint Amour en s’échappant de Saorge avec ses dernières troupes a pu passer par saint Dalmas pour rejoindre le col de Tende sans être appréhendé par les français.

 

Bibliographie

Candella Gilles, L’armée d’Italie 1792 – 1794, Serre éditeur,  2000

Diana René, le chevalier de Saint Amour, dernier gouverneur de Saorge, Nice Historique 1976

Hildesheimer  E, le passé militaire de Saorge, Nice Historique N°2 avril septembre 1959

Polvéré Luigi, Saorge, Monographie des villes et villages de France, éditions Le Livre d’Histoire , Paris 2004

Rivières Seré de, Mémoire sur la position de Saorge, Génie, Direction de Toulon, Chefferie de Nice, 1862