ORIGINE PHENICIENNE DE MONACO


Mise à jour avril 2016

 

Plusieurs auteurs se sont interrogés sur les origines phéniciennes possibles de Monaco et notamment Georges Reymond et Jean Edouard Dugand () ont étudié la possibilité d’une origine phénicienne du nom de Agerbol

Le chanoine Baudoin (), page III 8, note que le terme Agerbol viendrait de Agel et Bal ou Bel devenu Bol.

Il se peut que le nom se soit conservé sans altération du fait de l'abandon ancien du site.

P. Truchi de Gorbio remarque que le nom de Gorbio et de Agerbol ont en commun trois consonnes G.R.B. d'où une possible origine commune. Le château de Gorbio se serait appelé Agerbol

A ce propos on est tenté de faire une hypothèse hardie. Werner Keller (), page 215, indique au sujet de la ville phénicienne d’Ugarit (actuellement sur la côte méditerranéenne de la Syrie) : « A huit cent mètres de la côte et de l’ancien tombeau mycénien, s’élève un tertre artificiel qu’enlacent les deux bras d’un ruisseau. Depuis des temps immémoriaux, ce tertre porte le nom de « Ras Shamra », ce qui peut se traduire par « tête de fenouil », sans doute parce que cette herbe pousse abondamment sur ce tas de ruines, là sont les restes de la ville royale phénicienne d’Ugarit ».

Vérification faite auprès du Professeur Emile Puech (), Ras Shamra signifie bien Cap de Fenouil en arabe, et c’est le nom arabe de la ville ancienne d’Ougarit dans le nord ouest de la Syrie, ville phénicienne où a été trouvée une tablette avec l’alphabet simplifié proche des alphabets modernes.

Dans les pentes au nord du site d’Agerbol qui sont bien irriguées par des sources, poussent de très nombreuses plantes de fenouil sauvage. Le site est d’ailleurs mentionné sur des cartes anciennes du XIXème siècle comme « Fenouil, ou vallée de Fenouil ».

On peut se poser la question de savoir si le fenouil a un rapport particulier avec les phéniciens et le culte du dieu Baal en particulier ou si la présence à la fois à Ougarit et à Agerbol est une coincidence.

Selon Philippe Monnier () page 83, le fenouil (foeniculum vulgare, ombellifère), « cette plante répandue dans toute la zone méditerranéenne était utilisée à l’origine comme plante médicinale…

La base du pétiole charnue sucrée est consommée cuite ou crue comme légume et les graines sont employées en liquoristerie. »

Emile Puech () précise « que le fenouil sert à préparer une anisette à base d’anis raqè ou ouzo selon les pays »

Dans le guide de la Provence mystérieuse () page 446, il est également question du fenouil et de traditions liées à cette plante.

Le dictionnaire de Larive et Fleury () précise « on attribue aux tiges et aux feuilles de cette plante la propriété de faire produire beaucoup de lait aux vaches et aux brebis »

Mais dans aucun des documents cités on ne trouve d’indication sur l’apparition de cette plante sur la Côte d’Azur.

 

Dans le cas où il y aurait eu un apport de fenouil à Agerbol par des phéniciens d’Ougarit, et celui de Agerbol, par exemple comme boisson euphorisante pour les adeptes du culte de Baal, encore faudrait-il savoir si une plante peut rester dans un site à l’état endémique pendant environ 2500 ans.

 

Il existe dans la vallée de la Gordolasque affluent de la Vésubie en aval de Saint Grat un lieudit Engibol qui n'a probablement pas été fréquenté par les phéniciens ce qui affaiblirait l'hypothèse du chanoine Baudoin.

Les terminaisons en « ol » sont rares dans les Alpes Maritimes mais courantes en Provence.

Les provençaux qui ont construit le château ont peut-être amené cette dénomination avec eux. Voir à ce sujet l’étude sur la toponymie de Mérindol sur le même site et l’étude sur la chapelle Saint Quentin d’Agerbol.

 

Bibliographie

 

 

Barani Gustave, Roquebrune Cap Martin - son passé historique et légendaire,  4éme trimestre 1979 Ariano imprimeurs à Menton

 

Baudoin (chanoine)  Monaco et l'Agel avant le Vème siècle, archives départementales des Alpes Maritimes 21J17.

 

Clébert, Guide de la Provence mystérieuse, éditions Tchou

 

Keller Werner, La Bible arrachée aux sables

 

Larive et Fleury, dictionnaire des mots et des choses Paris 1909

 

Monnier Philippe, A Val Rahmeh les plantes m’ont raconté des histoires d’hommes, éditions Demaistre, 2000

 

Puech Emile, directeur de recherches au CNRS, professeur à l'école biblique et archéologique de Jerusalem

                                                                            

Reymond Georges et Jean Edouard Dugand "Monaco Antique" - Les Belles Lettres  1970.