Simon le Magicien

HISTOIRE

Mise à jour septembre 2015

 

Liste des documents contenus dans ce dossier

Saorge: Masséna et Saint Amour

Les travaux du tunnel de Tende en 1878

Reconnaissance de la Roya Bévéra en 1862

                         


SAORGE: MASSENA ET SAINT AMOUR


Pendant la révolution le village de Saorge a été pris par les troupes françaises le 29 avril 1794.

Selon Gilles Candela (), page 108, les villages de la Brigue et de Saint Dalmas  de Tende ont été pris le 28 avril. Mais plus loin Masséna parle de l’occupation du mamelon en face de Saint Dalmas ce qui est important pour la suite.

Les troupes françaises venaient notamment de l’Arpette, du Pas de Muratone, d’Oneille, de Ponte di Nava, de Marta et de Nava

Il cite page 94 , note B36, un plan de  Brunet pour attaquer Saorge  en Aout 1793 en passant par la vallée de la Nervia pour déborder Saorge par les crêtes.

Luigi Polvéré (),  page 55, mentionne un rapport du général Demerieux du 31 janvier 1794 pour la prise de Saorge en passant par Oneille, et un plan du marquis de Dolceaqua pour la même stratégie refusé en son temps par Louis XIV.

Tous ces plans impliquaient le passage par le territoire de la République de Gênes. C’est ce qui a eu lieu en 1794

La question de l’attitude du chevalier de Saint Amour commandant des troupes austro sardes de la place de Saorge en 1794 et qui a abandonné la place malgré les ordres reçus a fait l’objet de divers articles, souvent assez sévères, dont celui de Hildesheimer ()  page 72.

René Diana () pages 73 à 91 a également consacré un long article au chevalier, et tracé le portrait de sa personnalité.

Charles Botton () page 166 et 167 relate l'échange qui a eu lieu entre Saint Amour et ses officiers au cours d'un Conseil de Guerre, avant l'abandon de la Place.

Cependant il ne semble pas que les auteurs cités aient mentionné ce que le général Masséna a écrit à ce sujet.  L'article suivant est extrait de la collection du Ministère de la Défense, SHD, département de l'armée de terre  1 VD 34 art 4 sect 1 parag 5 c 1bis N° 49

En 1862  Serré de Rivière, alors chef de bataillon a fait un rapport sur la position de Saorge  avec une annexe transcrite ici. Les pointillés sont ceux de Serré de Rivière. 

 On pourra voir que Masséna a réfléchi en stratège sur cette question, et que son opinion constitue en quelque sorte une réhabilitation du malheureux chevalier qui a été jugé et fusillé à Turin.

« Note A   page 31

Extraits des mémoires de Masséna relatifs à l’attaque et à l’évacuation du château de Saorge.

Masséna doutait que ses avantages seraient éphémères si l’on ne se pressait pas d’attaquer la ligne de Saorgio, attendu que l’ennemi remis de sa stupeur, pourrait revenir sur ses pas, balayer la vallée du Tanaro et rejeter les français sur le versant méridional de l’Apennin. Il représenta aux Commissaires de la Convention que pour obtenir une victoire décisive, il fallait qu’ils retournassent à Nice au plus vite inviter le général Dumerbion à attaquer sérieusement Belvédère et San Martino di Lantosca par le général Macquart afin d’appeler l’attention des Austro sardes  sur ces points et les induire à dégarnir, ou du moins à ne pas renforcer la gauche, contre laquelle Masséna se proposait d’opérer…

Les représentants du peuple se rendirent à ces raisons et avant de partir pour Nice, ils décidèrent que Masséna ferait filer 3000 hommes sur Tanardo, que le général Macquart, dont la division serait renforcée aux dépens de la gauche attaquerait Saorgio par Jove, le 27 avril, pendant que Masséna s’en approcherait par les hauteurs de Briga….

Tandis que les troupes destinées à la nouvelle expédition, se rassembleraient au chevet de la Taggia, Masséna, accompagné du Commandant Rusca, son guide éclairé et fidèle, reconnut avec soin les positions de l’ennemi et combina son plan d’attaque…..

Il calcula qu’il pouvait faire concourir à l’attaque la brigade Lebrun postée sur le Monte Jove en face de Saorgio….

A raison des difficultés  du terrain qu’elle devait parcourir, cette brigade reçut l’ordre d’attendre dans la position de Jove, l’issue de l’attaque  principale à sa droite ; mais aussitôt qu’elle en recevrait l’avis, elle devait entrer vivement en action, en cherchant à gagner les hauteurs  de gauche de la Briga…

De son côté le Général en Chef, pour se conformer au vœu des représentants  et favoriser les opérations de Masséna, fit descendre les troupes du camp de Brouis à la Ghiandola, dans la gorge même de la Roya, pour soutenir l’attaque du général Lebrun de l’autre côté du torrent, ou faire une diversion utile dans la gorge même…..

Masséna dépêcha, par des chemins différents, des officiers au Général en Chef, pour lui annoncer ses succès et l’engager vivement à faire attaquer Saorgio de front, comme il avait été convenu…

Le lendemain avant d’avoir rallié ses troupes et quoiqu’il n’eut encore sous la main que quatre faibles bataillons, Masséna déboucha de Lignières (?) pour attaquer les hauteurs de la Briga. Le comte de Radicati les occupait avec une brigade piémontaise et un bataillon allemand et les défendit vaillamment, ce qui donna le temps à l’artillerie et aux équipages du centre et de la droite des alliés de gagner Tende sans encombre. Vers quatre heures cet officier ayant été tué, la confusion se mit parmi ses troupes ; elles lâchèrent prise et furent mises en déroute. Les français prirent alors poste sur le mamelon, en face du couvent de san Dalmazzo, qui domine la route de Breglio à Tende. De son côté le général Dumerbion avait fait sommer et insulter Saorgio, sans succès, faute d’artillerie, car le général Vitale en se retirant, avait eu la précaution de faire rompre les ponts de la seule route où on aurait pu en amener. Enfin, celle-ci faisant bonne contenance, et ne laissant pas soupçonner son état de faiblesse, Lebrun, qui ignorait la valeur réelle de ce poste, crut prudent de na pas tenter une attaque de vive force…

Quant à Hammel, il fut tenu en échec par le peu de troupes qui restèrent sur la crête de la  Marta, à l’est de Saorgio. Quatre rapports de Masséna au Général en Chef, dont il n’était pas éloigné de plus de quinze kilomètres, étant restés sans réponse, il prit, certain d’ailleurs que l’ennemi était en pleine retraite sur Tende la résolution de descendre pendant la nuit avec la 117 ème demi-brigade sur Saorgio, en laissant la garde des hauteurs de la  Briga à deux bataillons aux ordres du chef de brigade Pijou.

Au même moment, le général Saint Amour, à qui le baron de Colli avait donné l’ordre de défendre Saorgio jusqu’à l’extrémité, ayant eu avis de la défaite  des Piémontais à la Briga, et ne doutant pas que les vainqueurs aillent bientôt se rabattre sur ce fort, convoqua un conseil, et malgré l’avis contraire  de la majorité de ses membres, résolut de l’évacuer, en se fondant sur ce qu’aucun obstacle naturel ou artificiel ne mettait du côté du nord, sa garnison à l’abri d’une attaque de vive force, et il exécuta heureusement sa retraite à la faveur de la nuit.

Au point du jour, le Général Lebrun, n’apercevant pas du Mont Jove personne sur les plateformes de Saorgio, fit glisser quelques éclaireurs dans le ravin qui l’en séparait pour la reconnaître. Ils lui rapportèrent bientôt qu’il était abandonné. Aussitôt il en prit possession et s’y trouvait  déjà établi, lorsque l’avant-garde de Masséna se présenta sur le chemin de la Briga. La conduite du commandant de Saorgio fut jugée à cette époque  et depuis avec une grande sévérité ; cependant, si l’on considère que Saorgio n’était pas un poste fermé, qu’il n’avait que des batteries ouvertes en maçonnerie, vis à vis de la gorge de Mille Fourches et dans la vallée de la Roya, pour enfiler la route, que tous les établissements consistant en quelques vieux bâtiments pour loger les troupes, qu’aucun ouvrage ne le protégeait du côté des hauteurs auxquelles il est adossé, qu’il était impossible d’y tenir deux heures, que cette défense devenait entièrement inutile, puisque l’armée austro sarde, son artillerie, ses bagages étaient hors d’atteinte des français depuis vingt quatre heures, on ne saurait s’empêcher d’approuver la résolution de cet officier. Il fut pourtant condamné par un conseil de guerre à perdre la tête. Si l’on puisa les motifs de sa condamnation dans l’infraction aux lois de la discipline et s’ils furent fondés sur la nécessité de faire un exemple, pour la rétablir dans une armée où elle commençait à chanceler, il n’y a rien à dire, mais si l’on a invoqué d’autres raisons militaires, c’est le comble de l’ignorance et de l’injustice.

Lorsque les éclaireurs de Lebrun pénétrèrent dans Saorgio, c’était la solitude. On y trouva quatre à cinq pièces de bronze, quelques munitions de guerre et peu de subsistances ; le Général en Chef, les généraux de l’artillerie et du génie, ainsi que les représentants n’y purent entrer que quatre ou cinq heures plus tard, car il fallait auparavant rétablir le ponts de la Roya.

Nice, Novembre 1862

Le Chef de bataillon du Génie en Chef

De Rivière »

Saint Amour en s’échappant de Saorge avec ses dernières troupes a pu passer par Saint Dalmas pour rejoindre le col de Tende sans être appréhendé par les français.

 

Bibliographie

Botton Charles - Histoire de Saorge et de Fontan - éditions du Cabri 2009

Candella Gilles, L’armée d’Italie 1792 – 1794, Serre éditeur,  2000

Diana René, le chevalier de Saint Amour, dernier gouverneur de Saorge, Nice Historique 1976

Hildesheimer  E, le passé militaire de Saorge, Nice Historique N°2 avril septembre 1959

Polvéré Luigi, Saorge, Monographie des villes et villages de France, éditions Le Livre d’Histoire , Paris 2004

Rivière (Serré de) , Mémoire sur la position de Saorge, Génie, Direction de Toulon, Chefferie de Nice, 1862, collection du Ministère de la Défense, SHD, département de l'armée de terre  1 VD 34 art 4 sect 1 parag 5 c 1bis N° 49


LES TRAVAUX DU TUNNEL DE TENDE EN 1878


En 1878, le Lieutenant Colonel E. Wagner alors chef du Génie à Nice a été désigné par le colonel Directeur du Génie pour faire une visite  des dispositifs de mines exécutés par les italiens sur la route de Nice à Turin par le col de Tende.

Notons pour mémoire que des études avaient déjà entreprises antérieurement notamment en 1612, vers 1680 avec deux forages et vers 1750 (voir atlas Saluzzo bibliothèque royale de Turin)

La tournée du colonel a été effectuée en compagnie de Monsieur Wagner (un homonyme), commissaire spécial de police à Fontan, et probablement dans la discrétion.

L'article suivant est extrait de la collection du Ministère de la Défense, SHD, département de l'armée de terre  1 VD 34 art 4 sect 1 parag 5 c 1bis N° 63

Le colonel dans son rapport du 10 mai 1878, note :

 «Nous avons fait cette tournée en compagnie de Mr Wagner (un homonyme), Commissaire spécial de police à Fontan, qui s’est mis à notre disposition avec beaucoup d’obligeance et nous a facilité notre mission, notamment dans notre passage au milieu des gendarmes italiens  de Tende qui inspectent soigneusement tous les voyageurs »

Le colonel profite de sa tournée pour examiner l’état d’avancement des travaux du tunnel :

« A Tende, une compagnie de chasseurs alpins tient garnison. Le tunnel de la montée du col de Tende est toujours en cours d’exécution. Nous l’avons visité du côté sud et nous avons obtenu de l’Ingénieur chargé de la direction des travaux de ce côté tous les renseignements que nous avons voulus. Le gouvernement italien a pris directement en main l’exécution des travaux après plusieurs déconfitures d’entrepreneurs. Le travail est entrepris par les deux têtes et suivant les procédés les plus élémentaires de l’art du mineur, c’est à dire au moyen du pistolet et de la barre à mines manœuvrés à dos d’hommes.

Du côté du sud, on était arrivé, le 29 avril, à une longueur de 675 mètres et du côté nord à une longueur de 860 mètres, la longueur totale du tunnel devant être de 3150 mètres, et l’avancement par jour étant de 0.80 mètre du côté sud et de 1 mètre du côté nord, on voit que la moitié du travail à peine est faite et qu’il faut encore deux ans et demi pour le terminer, si toutefois les travaux ne sont pas interrompus et que les difficultés d’exécution restent les mêmes qu’aujourd’hui.

La galerie doit être revêtue sur presque toute sa longueur ; actuellement du côté sud elle ne l’est que sur une cinquantaine de mètres ; la partie, d’une centaine de mètres de longueur, qui suit celle-ci ne doit pas avoir de revêtement à cause de la nature compacte et homogène du roc. Ce revêtement se fait en moellons d’assise, et à une épaisseur d’environ 0.60 mètre. la section intérieure a une forme ovale surhaussée en anse de panier. Sa largeur est de 6.50 mètres et sa hauteur de 6.00 mètres. Ce tunnel supprimera une bonne partie de la montée du col, soit environ 600 mètres de hauteur sur le versant sud. Cette partie est franchie par un tronçon de la route actuelle, présentant des pentes de 0.070 à 0.086 par mètre et environ 50 lacets. Malgré cette suppression de 600 mètres dans la traversée de la montagne, ce tunnel est encore trop haut pour pouvoir servir à un chemin de fer, la pente n’en saurait être moindre que 0.05 par mètre »


RECONNAISSANCE DE LA ROYA BEVERA EN 1862


 
 

Cette reconnaissance a été effectuée le 27, 28 et 29 août par le chef de bataillon du Génie en chef Serré de Rivière qui devait devenir général et diriger le système de fortification qui porte son nom.

Cette reconnaissance a été demandée par l’inspecteur général du Génie en 1861 donc peu après le rattachement .

Comme elle a été faite en partie en territoire devenu français et en partie en territoire italien, on imagine qu’elle s’est faite de façon discrète.

L'article suivant est extrait de la collection du Ministère de la Défense, SHD, département de l'armée de terre  1 VD 34 art 4 sect 1 parag 5 c 1bis N° 50

La première partie concerne la description sommaire du terrain reconnu, le tracé de la frontière, les communications, les ponts, les évènements militaires accomplis sur le terrain reconnu, l’importance militaire de ce terrain et les mesures à prendre immédiatement en cas de guerre avec l’Italie.

Le deuxième partie concerne l’itinéraire de Fontan à Vintimille par la Roya, la description sommaire des fortifications de Vintimille et l’itinéraire de Vintimille à Sospel par la Bévéra.

Seule est reproduite ici la description de l’itinéraire de Fontan à Vintimille à partir du 27 août. Les orthographes des lieudits ont été conservées

« Il n’a pas été tenu compte dans ce détail, du temps absorbé par les stations intermédiaires, et l’on a admis pour l’appréciation des distances , qu’un parcours de 4 kilomètres correspondait à 1 heure de marche.

Départ de Fontan (6 h), arrivée à la Ghiandola (7h20, 5300m). A la sortie de ce hameau on suit pendant quelques minutes la route impériale, puis on a à gauche un bon chemin carrossable qui dessert la petite ville de Breil. Ce chemin suit la rive droite de la Roya et le pied des croupes en pente douce et bien cultivées qui se rattachent au col de Brouis ; la rive gauche, au contraire, présente des escarpements très élevés et complètement dénudés.

Il n’y a pas de commentaire sur Saorge.

«  On arrive au bout d’un quart d’heure dans un petit vallon au fond duquel se trouve Breil (7h50,7600m). Cette petite ville, dont la population s’élève à 2500 âmes, est située sur la rive gauche de la Roya, et resserrée entre la rivière et le pied des contreforts du Mont Jove. On franchit la Roya sur un pont de trois arches, à l’extrémité duquel on passe sous une porte voûtée que surmontent les débris d’un mâchicoulis et qui est flanquée par une tour crénelée également en ruines, fragments encore debout de l’enceinte qui entourait Breil au Moyen Age et dont on aperçoit encore quelques restes »

Le capitaine Wagner () en 1865 estime la population à 2700 habitants et décrit la porte de la façon suivante :  « Cette porte a été construite en plusieurs fois. La partie inférieure en assez beaux matériaux parait très ancienne. Les mâchicoulis qui la surmontent sont d’une construction beaucoup plus récente. Les créneaux ont été bouchés plus récemment encore, par une mauvaise maçonnerie destinée à mieux défiler le terre plein en arrière . Il y a tout lieu de croire que cette addition provient de la défense de Breil en 1794 »

La route en aval de Breil était encore à l’état de projet en 1865.

Sur un dessin tracé sur un mur de la villa Ratti à Nice, et qui date de l'époque où venaient en vacances des peintres impressionistes avec Berthe Morizet vers 1888, on voit un paysage qui pourrait être une vue de Breil depuis la rive droite de la Roya, et l'on peut noter effectivement un pont à trois arches en amont et à une arche en aval.

Serré de Rivière poursuit : « au sortir de Breil (7h55, 7660m), on repasse sur la rive droite de la Roya au moyen d’un pont d’une arche. Le cours de la rivière est resserré à ce point, entre les contreforts des deux rives, on aperçoit à cent mètres environ, au dessus du lit de la Roya les vestiges de fortifications. »

Il s’agit probablement de la position dite du défilé du Roy sur la rive gauche de la Roya..

« Encore plus haut , existe encore une tour connue sous le nom de Torre de la Crivelli.

La position de Breil se prêtait bien au Moyen Age à la défense de l’accès du ravin de la Roya. Il n’en serait plus ainsi de même ; elle est d’ailleurs tout à fait commandée du côté de Vintimille. A partir de Breil, la Roya serpente au fond d’une gorge bordée d’un côté par les escarpements du Mont Jove, et de l’autre par les pentes raides mais cultivées de la Cima del Bosco ; la route muletière ordinairement suivie entre Breil et Vintimille, longe jusqu’à la Penna (Pienne), la rive droite de la Roya, passe ensuite dans la vallée de la Bendola (erreur probable?), traverse Olivetto, se dirige vers Colla Bassa, s’élève sur le mont Pozzo et redescend au confluent ; je me décidais à reconnaître cette route jusqu ‘au dessus de la Penna et à regagner en ce point l’autre rive.

Après avoir franchi la Roya on laisse sur la droite un chemin qui conduit directement au col de Brouis. Le sentier que l’on suit s’élève par des lacets pavés en assez mauvais état sur le contrefort qui termine la vallon et pénètre dans la gorge de la Roya dont il longe le cours, en se tenant à des hauteurs variables au dessus du fond du ravin. Les deux versants continuent à présenter le même contraste. Celui de la rive droite  est bien cultivé ; les pentes sont disposées en ressauts soutenus par des murs. Le sentier lui-même est supporté par un mur de soutènement de 2.50m de hauteur, et longe un mur de même hauteur. Sa largeur varie de 0.70 à 1.50m ; il est en très bon état  et bien entretenu, mais il faudrait un travail énorme pour le rendre praticable par l’artillerie.(8h20, 9300)

On passe devant un ravin profond et escarpé du mont Jove que gravit un sentier qui conduit à la Rocchetta et à Dolce Aqua , et que suivent les muletiers qui de ce point vont rejoindre la route de Tende ».

Cette description est obscure, car à partir de Rocchetta Nervina, le sentier qui remonte le long de la rivière Sgorela aboutit à Roche Fourquin  (alt.1420m) d’où un sentier redescend sur Libre par Roche du Tron. Les passages plus au nord sont encore plus élevés et plus compliqués. Le passage de Rocchetta dans la Roya, plus au sud, par Baisse d’Abellio (alt.752m) paraît plus simple.

 « A partir de ce ravin, la rive gauche devient moins aride et quelques cultures commencent à apparaître. Un changement inverse se dessine sur la rive droite : la crête du contrefort s’abaisse assez brusquement, à partir de la Cima del Bosco et on voit pas dessus cette crête, les sommets de la Testa du Cuore et du Grammondo.

(8h45, 11000m). On rencontre une fontaine, le sentier se dirige vers la droite, vers la Bévéra. Je prends le parti de passer sur l’autre rive. Cette opération présente quelques difficultés , notamment pour traverser la Roya, dont les eaux sont assez profondes et rapides »

Il ne mentionne pas le pont de Libre qu’il n’a peut-être pas vu.

«  Je rejoins au bout de deux heures, le mauvais sentier à peine praticable, qui relie Breil aux hameaux de la rive gauche de la Roya. Il est étroit mal entretenu, côtoie de véritables précipices et  offre des passages vraiment dangereux ; on aperçoit de là les escarpements qui dominent le château en ruines et le village de la Penna, et qui forcent le sentier de la rive droite à se détourner du cours de la Roya. L’aspect du versant que l’on vient d’abandonner devient complètement aride, à peine quelques taillis recouvrent ils les parties exposées au nord.

(9h15, 12330m) Une heure un quart après être sorti de Breil, on franchit la ligne frontière et on rencontre un poste de douaniers italiens »

Il a du reprendre ses estimations au droit du chemin de la rive droite qu’il a laissé et n’a pas compté le temps de la traversée de la vallée. A cette époque la frontière qui reproduisait probablement l’ancienne frontière de la république de Gênes avec le royaume de Sardaigne passait un peu au nord de Libre et de Pienne.

« (9h35, 14660m). On traverse le hameau de Libri, composé de maisons délabrées, qui ne sont même pas couvertes en tuiles. Il est entouré de quelques cultures. Au sortir du village le sentier redescend presque au bord de la Roya, franchit le ravin de l’Audin, qui débouche du Poggio de Tron, et s’élève de nouveau sur la  berge »

La frontière actuelle est immédiatement en aval et le chemin la traverse entre les bornes 397 B et 398 A.

« (10h50, 19660m) A une heure un quart de distance de Libri, on traverse le village de Fanghetto, un peu plus important que celui de Libri, mais d’un aspect aussi pauvre. Avant d’arriver à ce village on voit un pont sur la Roya, qui dessert le sentier de Fanghetto à Olivetta.

Le bas du versant de la rive gauche, jusqu’au dessus d’Airole, est couvert de magnifiques oliviers. Le sentier se maintient à des hauteurs variables, laisse sur la droite le hameau de Saint Michel (San Michele), que contourne la Roya, dont le cours est sur ce point très sinueux et très tourmenté. La rive droite toujours escarpée, n’est cultivée que dans quelques parties placées à l’exposition du midi ; le reste est garni de taillis ou de bois de haute tige.

(11h55, 23660m) On laisse sur la gauche le village d’Airole d’où s’élève un sentier assez peu frayé, qui conduit à la Rocchetta par le col d’Abeille.(voir remarque ci-dessus).

« La rive gauche devient trop escarpée pour que le sentier puisse continuer à la suivre. Il franchit la Roya sur un pont d’une arche, le seul qui, avec celui de Fanghetto, se trouve entre Breil et Vintimille et s’élève sur l’autre versant, en laissant sur la droite un chemin qui se dirige vers Olivetta, traverse une forêt de pins, et atteint, après une ascension de trois quarts d’heure environ le col de Colla Bassa »

Le pont de Libre n’est donc pas pris en compte (voir ci-dessus).

« 12h35, 26330m) Ce passage, nœud des communications qui relient les deux bassins, est à peine élevé  de trois cent mètres au dessus des deux vallées. Un village qui porte le même nom et qu’entourent des cultures assez soignées, est situé sur le haut du versant, du côté de la Bevéra. On rejoint en ce point le sentier de la rive droite de la Roya, qui, de la Penna, s’est dirigé par Olivetta, sur la Colla Bassa.

A partir du col, le contrefort se relève et forme le massif du mont Pozzo, dont le sommet atteint 566m(12h50, 27330m) 

Sur la carte au 1/50000ème de 1999 éditée par le Conseil Général des Alpes Maritimes et le Province de Cuneo, le point est coté 563m. On ignore de quels éléments Serré de Rivière disposait à l’époque pour donner une altitude aussi précise. La carte d’état major au 1/80000ème pour les Alpes Maritimes date de 1878 soit postérieurement à cette reconnaissance.

« Le sentier gravit le versant de cette montagne, du côté de la Bendola (sic).(Il s’agit de la Bévéra), mais au bout de 25 minutes de montée, il repasse dans le bassin de la Roya et se développe sur les pentes raides du mont Pozzo. On apprécie très bien de là les escarpements de l’autre rive, et les difficultés  qui interrompent toute communication entre Airole et le confluent.

(1h15, 29000m) au détour d’un contrefort du monte Pozzo, en haut de la montée, on découvre devant soi le confluent, Vintimille et les forts qui la dominent. Le sentier très beau, depuis Airole, devient fort mauvais à la descente à mesure qu’on s’approche du fond de la vallée, les pentes s’adoucissent et se couvrent de cultures. Après une heure de marche, on atteint le village de Bévéra placé au confluent même des deux rivières.

(2h20, 33330m) Le volume des eaux de la Roya, en ce point, est assez considérable, mais la Bévéra se réduit à un simple filet d’eau de 0.50 de largeur sur 0.50 de profondeur. Les berges de ces deux rivières s’écartent rapidement en approchant du confluent, et la largeur des deux lits, en ce point, dépasse 400 mètres ; ce n’est plus jusqu’à Vintimille, qu’un immense gravier d’un aspect désolé dans lequel se déplace, à chaque nouvelle crue, le lit de la Roya.

(2h35, 34330m) Après avoir traversé ce gravier, le sentier  suit la berge de la rive droite de la Roya, passe à la hauteur d’un ravin de la rive gauche dont on pourrait tirer parti en cas de siège de Vintimille, pour monter du canon  sur les hauteurs qui séparent la Roya de la Nervia et qui dominent Vintimille et les forts »

Il pourrait s’agir du vallon qui aboutit sur la crête entre les deux vallées un peu au sud de la Madona delle Neve à hauteur du village de Ciaixe où passe une route.

«  Le sentier s’engage ensuite le long d’une prise d’eau, qui fait mouvoir diverses usines  et contourne le pied des contreforts peu accentués d’ailleurs qui se rattachent à la pointe d’Appio et au mont Magliosca (Magliocca). En approchant de la Place, il est tantôt en prise tantôt à couvert des vues des ouvrages. Sa largeur varie de 1.70m à 2.50m ; il n’est pratiqué que par des bêtes de somme, mais peu de travaux suffiraient pour le rendre accessible par l’artillerie. On arrive enfin à Vintimille et on pénètre dans la place par la porte de Breil. Il faut donc 7 heures et demie de marche, pour aller de Breil à Vintimille (3h30,38000m), ce qui porte à environ trente kilomètres, la distance qui sépare ces deux villes »