digue du var

 

LEPREUX DANS LES ALPES MARITIMES ET ENVIRONS


mise à jour octobre 2016

Il y a peu de témoignages sur les lépreux qui semblent avoir disparu au cours du XIXème siècle dans cette région.

Par ailleurs il semble qu’on ne faisait pas beaucoup de publicité autour de cette maladie

 

Les lépreux à Eze 06360

  

Il est curieux que C. Fighera, historien du village, n'en parle pas.

Selon un ancien du village digne de foi, la maison des lépreux se serait trouvée en amont du village sur le chemin allant de la fontaine à la grande Corniche par la Bauma et le Serre de la Fouque, à peu près à mi chemin entre le village et la Grande Corniche. Son arrière arrière grand mère y aurait travaillé (donc vers le milieu du XIX ème  siècle). Elle faisait partie des Pénitents Blancs qui auraient géré cette maison.

Selon la même source il y aurait eu des lépreux abrités provisoirement dans une maison en dessous de la place du Planet et de la chapelle des Pénitents Blancs puis dirigés vers la maison des lépreux

D'après le site internet de la ville d'Eze les Pénitents Blancs s'occupaient des lépreux. Leur chapelle est la chapelle dite  Ste Croix ou Chapelle des Pénitents Blancs située au dessus de l'église du village

 Un article très fantaisiste de Michel Georges Michel, traite du sujet. La description des lieux correspond plutôt au Prieuré de Saint Laurent. (Voir divers dossiers Internet sur Saint Laurent d’Eze) De même  pour les religieuses dont C. Fighiera ne parle pas semble t-il.

Cependant on sait qu’il y a eu momentanément des religieuses à Saint Laurent d’Eze

 En  dépouillant le CE 06V001 du 19/11/1802 au 21/07/1811 contenant des ordres préfectoraux (Dubouchage) demandant aux Maires de répondre à des questionnaires concernant les congrégations existant sur leur territoire, on peut voir que le Maire de l’époque, L. Fighiera après avoir, semble-t-il trainé les pieds, finit par répondre, en substance: « qu'il y a dans sa commune une confrérie sous la dénomination de Pénitens Blancs qui a pour but de  son institution de secourir les malheureux d'entre eux qui se trouvent dans l'indigence... et ont également la fonction d'inhumer des morts" (28 ventôse an 11) »

Le 7 frimaire an 12 il donne une liste de noms et des chiffres concernant les revenus

Le 23 thermidor an 13 il donne l'état « des légats des pénitens blancs et parmi les revenus de la paroisse il mentionne, entre autres, une petite cave dit l'hôpital de la chapelle et 2 vieilles masures découvertes et un petit champ en friche situé au quartier de l'Aighetta. ».

Le 16 octobre 1809 et 22 octobre 1809 il répond qu'il y a 50 membres et édifices néant.

Extrait de Michel Georges Michel () page 139

 

(Description probablement fantaisiste)


La période:
On pourrait situer l'action entre 1902 (date de création du "Jongleur de N.D" de Massenet, mentionné dans le récit) et 1933,  date de parution du livre mentionné.
Marthe Chenal chante "La Marseillaise" pendant la guerre de 14-18 (enregistrement chez Pathé en 1915).
Edward VIII renonce au trône pour Wallis Simpson le 11 décembre 1936 (allusion du Prince préférant le collier à la couronne) postérieur à la date de parution?

« La Marseillaise chez les lépreux : l’auto a bifurqué et escalade la montagne après Eze. La mer à présent est tantôt à droite, tantôt à gauche, selon les caprices des lacets de la route et toujours plus bas. Une sorte de couvent de pierres grises, perdu dans les arbres. Une grande jeune femme  aux joues rouges, aux larges yeux, quitte la voiture, se dirige vers la porte et sonne. La bonne sœur qui ouvre l’accueille avec un sourire familier. Et aussitôt dans la cour, dans les jardins aux parterres d’oeillets entre les bordures de cactus, s’élèvent des gloussements…l’anglais poussé par les autres s’approcha un peu. Il dit simplement : la Marseillaise. Quoi ?

Car ils l’avaient reconnue parbleu depuis qu’elle venait  car ils recevaient les journaux illustrés ; et l’incognito qu’ils avaient respecté jusque là ils le dévoilaient pour entendre le chant que la cantatrice avait jeté aux foules, comme un espoir dans le vent aux temps tragiques. Et Marthe Chenal chanta la Marseillaise, pour ces lépreux qui l’écoutèrent debout. Elle la chanta, devant ces moribonds, comme sur un monde détruit. Et eux sautaient de joie, tendaient vers elle leurs moignons. Et l’un de ces misérables, comme elle traversait la cour de sortie, ne sachant comment lui prouver sa reconnaissance, se jeta soudain dans un parterre de d’œillets  et se roula parmi ces fleurs qu’il ne pouvait offrir. Cette histoire de lépreux d’Eze, n’était elle qu’une invention ?. Les lépreux d’Eze n’existent plus. Mais y en eut…. Bien avant le récit de la visite de Melle Chenal, un reporter sérieux, M Tudesq en avait écrit deux colonnes en tête du journal « le Journal ».(voir note)

Un chroniqueur non moins libre, Jean Lorrain, en avait parlé, lui aussi, mais pour le besoin d’une petite vengeance ; Il s’était fâché pour je ne sais quelle excentricité, avec un pâtissier célèbre à Nice (note : probablement Vogade) cette pâtisserie où l’on prend le thé en musique ; et où l’on déguste autour des tables tous les petits potins de la côte. Expulsé sans doute pour s’y être montré en trop bruyante compagnie, artilleurs ou marins du port, Lorrain inventa que l’un des pâtissiers  de la maison était un ancien fossoyeur de lépreux, lépreux lui-même , échappé du couvent d’Eze. Et tous les gâteaux dont se pourléchaient les belles dames auraient été préparés avec les doigts de l’homme aux écailles d’argent.

La pâtisserie se vida  en vingt quatre heures. Aujourd’hui encore, vingt quatre ans après cette histoire, je connais des niçois  qui n’y entrent toujours pas. C’est d’ailleurs dans cette pâtisserie que j’ai rencontré  ce pauvre romancier à la face si malheureusement dévorée, que son plus cher ami le dénomma : le président de la société des gens de Lèpre »

Note : le Journal était un quotidien  français qui parut entre 1892 et 1944 au 100 rue de Richelieu 75002 Paris

 

Texte de Fodéré de 1813 () page 127

« …je les ai presque tous rencontrés  dans les endroits secs, tels que Pigna et Castel Franco (Alpes Maritimes, (note : près de Pigna) où il y en a quatre à cinq familles (qui restent cachées, ce qui fait qu’on en ignore l’existence), en haut de la vallée de la Nervia, Alpes Maritimes, Aspremont, même département, lieu très élevé à deux lieues de Nice…J’ai cité Aspremont parce que j’y ai consulté pour un lépreux qui avait également contracté la lèpre sporadiquement à la suite  de courses fréquentes dans des lieux difficiles. Cet homme qui était marchand mercier et qui était peut être lépreux d’origine avait une fille âgée de dix huit ans qui fut aussi lépreuse, et pour laquelle j’ai également été consulté »

Il ne parle pas d’Eze

 

Texte de Philippe Pinel () page 4

 

Il reprend un texte plus détaillé de F.E.Fodéré

«  …je la vis ensuite à Nice, chez un marchand ambulant d’Aspremont (commune située dans un lieu sec et élevé à deux lieues de Nice), âgé de quarante ans qui en mourut, puis sur sa fille qui en mourut aussi ; les tubercules avaient pris chez l’un et chez l’autre un caractère cancéreux…j’appris par les réponses qu’on me fit  et par les registres publics qu’il y avait  encore à Pigna quatre familles  de lépreux qui s’étaient établis dans cette contrée, qu’à Castel Franco , village voisin sur une hauteur, il y en avait quinze à seize ; que par un abus insigne du lit conjugal cette maladie se perpétuait de génération en génération.. »

 

Les lépreux de Saint Léonce

 

Au fond de la chapelle Saint Léonce à l’ouest de Valderoure 06750 on peut voir une petite ouverture servant de fenêtre haute et immédiatement en dessous un bénitier inaccessible du sol. On dit que c’est la fenêtre des lépreux ce qui est plausible.

A l’entrée de la chapelle il y a d’ailleurs un bénitier à hauteur normale.

Actuellement le sol à l’extérieur de la chapelle a été dégagé au cours de restaurations récentes pour assainir les murs. Mais au Moyen Age la fenêtre était probablement accessible de l’extérieur et les lépreux pouvaient assister à la messe depuis l’extérieur et se signer sans entrer dans l’église.

 Voir dossier Internet : chapelle de Saint Leonce Valderoure

 

Saint Lazare et les lépreux

 

Saint Lazare passait pour être le saint protecteur contre la lèpre d’où les termes : lazaret, ladre, maladrerie.

Il y a au sud de Tende une ancienne chapelle dont il subsiste quelques ruines voir dossier Internet, et plus près du village l’Hôpital Saint Lazare  qui figure sur des cartes du XVIIIème siècle. Y a-t-il une raison de l’appellation de cet hôpital en connexion avec la lèpre ?

A Nice les pénitents bleus étaient chargés de l’assistance aux lépreux. L’hôpital Saint Lazare de Nice a été fondé en 1205 dans le quartier du Pré aux Oies (quartier de l’Opéra actuel), donc en dehors de la ville à l’époque. Vers 1520 le Duc de Savoie leur aurait confié la gestion de l’Hôpital Saint Lazare spécialisé dans les soins aux lépreux.

aurait confié la gestion de l’Hôpital Saint Lazare spécialisé dans les soins aux lépreux.

Dans le Guide des Etrangers à Nice publié en 1826 consultable sur Internet, on peut lire page 45 :

« Cet hôpital existait avant le XVIème siècle près de la mer et de l’embouchure du Paillon, mais ayant été fortement endommagé par les inondations, il fut rétabli en 1532 par Jean Badat, Jean Martelli, et André Capello, de manière à être mieux garanti. Il existait encore en 1558 du temps  de Guioffredi et il doit avoir été détruit lors de sièges de 1691 et 1705. Il n’en reste aujourd’hui aucune trace. Avant 1792, la petite chapelle dite saint Lazare sur le chemin de la Croix de marbre  rappelait le nom et la position  de cet hôpital mais  cette chapelle fut profanée pendant la Révolution et n’a pas été rendue au culte. »

A gauche de la porte d'entrée de la chapelle du Saint Sépulcre des pénitents bleus à Nice, se trouve une aumonière en marbre du XVIème siècle placée initialement à l'entrée de l'hospice Saint Lazare pour les lépreux, représentant un Christ de douleur sortant du tombeau.

Dans l’arrière pays niçois se trouvent des chapelles sous l’invocation de Saint Lazare, par exemple à Saint Martin Vésubie, en ruines,  et à Gorbio, situées en dehors des villages.

La chapelle votive de Gorbio était censée protéger contre la lèpre. Une légende raconte qu’un lépreux serait venu mourir à cet emplacement  et que l’épidémie se serait arrêtée là.

Saint Lazare apparaît sur certains tableaux des villages.

 

A propos de la chapelle actuelle Saint Lazare de Gorbio, Luc Thévenon () a écrit :

Cette église, qui aurait été fondée lors d’une épidémie de lèpre à l’endroit même où un lépreux mentonnais aurait succombé, fait l’objet de datations fantaisistes qui la font remonter au Moyen-âge. De fait St Lazare protégeait de la lèpre, mais il est aussi l’un des patrons de l’ordre militaire des SS Maurice & Lazare relevant de la Maison de Savoie. Il est possible que la fondation de la chapelle soit médiévale et due à cet ordre prestigieux, mais l’édifice actuel n’est pas antérieur au XVIIe s. Très vaste, son plan presque carré, couvert d’une voûte en berceau plein cintre en plâtre, le simple emmarchement comme seule division de l’intérieur, ses corniches moulurées de stuc, confirment cette datation. On le qualifiera en outre de « chapelle-limite ». Il s’élève en effet à l’endroit précis où le muletier, émergeant d’un vallon, se poursuit à vue permanente du village. C’est une disposition fréquente dans la montagne niçoise.

Luc Thévenon () a signalé des fresques à Auron 06660 dans la chapelle Saint Erige édifiée vers 1451. Dans la niche centrale on voit Saint Lazare, et dans l’abside de droite on voit Saint Erige guérissant les lépreux. Le visage du lépreux est marqué de petits points.

 

On a également une autre fresque sur la console de la niche centrale.

Photo Luc Thévenon

 

Dans la chapelle San Fiorenzo de Bastia-Mondovi en Ligurie dont les fresques ont été exécutées autour de 1472, Luc Thévenon () a également photographié une scène relative aux lépreux

 

Il a photogrphié aussi dans la localité de Brossasco, dans le Val Varaita, l’une des « Vallées provençales du Piémont », qui aboutit au col de l’Agnel communiquant avec le Queyras. Chapelle St Roch, mur extérieur, une fresque anonyme, vers 1530.

Luc Thévenon () signale également plusieurs études:

Celle du Dr Jacques ROVINSKI, « L’isolement du lépreux au Moyen-âge », suivi des articles d’Yves GRAVA, « Pratique médicale en milieu rural » sur les lépreux et d’Antoine TAVERA, « Plainte d’un lépreux ».Tout ce matériel documentaire a paru dans :

RAZO, cahiers du Centre d’Etudes Médiévales de Nice, n° 4 – 1984. Le « Dossier lépreux » cité ci-dessus, occupe les pp 75 à 104.

Celle de G Doublet () page 33 et 34 relative à Grasse "Monseigneur de Boucicault signale en 1623...une chapelle Saint Lazare qu'il interdit"

" Monseigneur Godot parle aussi en 1638 d'une maison Saint Lazare. Ce n'était plus que le souvenir d'une maladrerie qui existait, croit-on, depuis le milieu du XVème siècle et avait été réunie vers 1580 à L'hôpital Saint Jacques. A sa place s'élève la parfumerie Roure. Elle était au bas de ce qu'on appelle la rampe des Capucins"

Celle de Paul Canestrier  intitulée:

Le Lépreux de la Rocca dans l'Eclaireur du Dimanche du 22 avril 1923 N° 128 page 4

Le lépreux de la cité d’Aoste

Tout à fait à la fin du XVIIIème siècle Xavier de Maistre aurait rencontré à Aoste en Italie un lépreux nommé Pierre Bernard Guasco dont il a tiré un roman. Il y avait donc encore des cas de lèpre à cette époque dans les environs de cette ville.

Les lépreux selon Charlotte Hawkins ()

« Quand je suis venue pour la première fois sur la Riviera, j’étais très intéressée par le fait qu’on pouvait encore trouver la vraie lèpre syrienne (Lepra Hebraorum) et je souhaitais voir un lépreux. Enfin dans une foule à la porte d’une église avant des festivités, j’ai été tellement effrayée par la vue des plaques blanches brillantes  et par les yeux brulants du plus misérable aspect que je n’avais jamais vu, que j’ai caché mes yeux avec mon manchon et  que je me suis enfuie en bas de la colline aussi vite que si la lèpre m’avait poursuivie »

 

Elle ne cite pas le village où elle a vu un lépreux mais elle vivait à Cannes et a visité des villages de l’arrière-pays vers 1880

Notes d’Edmond Rossi ()

 

« La lèpre apparue en France au IVème siècle, disparaît au XVIIème. Cette maladie chronique, qui défigure et mutile, a entraîné tout à la fois un grand élan de charité et une forte répulsion. Le diagnostic de la lèpre porté par un jury dans lequel les médecins ne siégeront qu’à partir du XIVème siècle, entraîne l’exclusion de la cité. Le lépreux vit dès lors en solitaire, ou bien rejoint un groupe de lépreux, ou encore entre en léproserie (ladrerie, mesellerie). Chaque bourg, chaque ville a sa propre léproserie. En Provence il y avait 38 léproseries. Nous avons noté des petites habitations hors les murs, avec enclos destinées aux lépreux encore visibles à Entrevaux et Saint Paul de Vence ( Note: localisation à vérifier) Dans son  livre () il cite une légende mettant en scène un lépreux entre Entrevaux et Puget-Théniers"

 

Bibliographie

 

Doublet Georges - Annales de la Société des Lettres Sciences et Arts des Alpes Maritimes - tome XXIII- années 1914-1915

Fodéré François Emmanuel, Traité de médecine légale et d’hygiène publique ou police de santé troisième partie chapitre 1

Charlotte Louisa Hawkins Dempster - The Maritime Alps and their seabord

Longmans Green and Co – London 1885

Chapitre XII, page 41et suivantes

https://archive.org/details/maritimealpsthei00demp

Michel Georges Michel, Riviera Riviera, Paris 1933

Pinel Philippe, journal complémentaire des sciences médicales, Charles Louis Panckoukcke, Paris 1819

Rossi Edmond « Entre Neige et Soleil, contes et légendes de Nice et sa région »

Thévenon Luc – conservateur en chef honoraire du Patrimoine