Mais la scène a été photographiée notamment par Numa Blanc

digue du var

 

   

 

Catastrophe de la Brague  de janvier 1872

Mise à jour mars 2017

Cet accident a fait évidemment l’objet d’articles dans les journaux de l’époque et notamment dans le Presse Illustrée N° 201 du 3 février 1872.

Des gravures plus ou moins fantaisistes ont été publiées

 

 

Mais l'accident a été photographié notamment par Numa Blanc et la photo figure dans le livre "La photographie à Nice Monaco et dans les Alpes Maritimes" de Didier Gayraud, éditions Academia Nissarda 2016, page 217

Traduction du texte de Charlotte Hawkins qui était rapidement sur les lieux

 

« …Ces torrents peuvent être terribles.

Prenez la Brague par exemple. Alors qu’elle coule calmement à travers des rives fleuries, elle parait si passive et paresseuse que l’on peut à peine imaginer la catastrophe de janvier 1872.

De très fortes pluies sont tombées presque sans interruption durant seize jours et la rivière en crue finit par former un lac de deux kilomètres de long  en amont du remblai de la voie ferrée au sud duquel par manque de chance battaient de très forts rouleaux. Les vagues et les galets empêchaient la rivière de s’écouler librement à son embouchure où par malheur près de là se trouve le pont du chemin de fer. Il est supporté par une pile autour de laquelle tourbillonnaient les flots en colère, et près de là frappaient les vagues qui déferlaient. La ligne était en danger.

Le chef de gare d’Antibes télégraphia à Nice pour arrêter le train rapide de 17 heures. Mais les coups de vent avaient abimé les instruments et le message ne fut pas transmis. Suspectant quelque chose d’anormal, il envoya ensuite un homme à cheval pour passer  la Brague à gué et pour avertir la gare suivante de Cagnes.

Mais ni l’homme ni le cheval  ne pouvaient franchir un tel torrent. Il s’étendait si largement, et il coulait avec une telle force. C’est pourquoi le messager dut faire un détour si long par Biot qu’il arriva trop tard.

En même temps la nuit tombait. Depuis Antibes les employés pouvaient voir les lumières du train qui avançait à toute vapeur dans  la pluie et la tempête.

Soudain le phare disparut comme des étincelles dans la nuit. La machine était tombée tête première à travers le pont avec son pilier effondré. Deux voitures tombèrent par-dessus jusqu’à la rupture d’un crochet d’attelage puis quelques voitures basculèrent sur le côté du remblai et finalement dans un choc terrible le train s‘arrêta.

Combien de vies furent perdues cette nuit-là, cela reste un mystère.

Mais le spectacle, le jour suivant, était impressionnant.

Il y avait encore un lac en amont du remblai ; les rails étaient brisés et tordus.

Deux voitures avec leurs côtés défoncés  et ce qui avait été dans la mer, était maintenant sur la plage de galets et la locomotive, bien enfoncée dans le sable se trouvait au pied de la fissure béante qui permettait de voir où avait été le pont. De la pile, aucun vestige ne restait et les flots tumultueux de la Brague tourbillonnaient autour des épaves. Un bon morceau de ces épaves devait être allé dans la mer.

Cependant une Compagnie d’infanterie d’Antibes avait été mobilisée (ses hommes étaient fermement attachés les uns aux autres avec des cordes) ; ils cherchaient en tâtonnant  dans le torrent qui atteignait leur poitrine, pour trouver plus de corps et s’efforçaient  de trouver des survivants.

Tous ceux qui avaient de l’argent ou des amis  étaient déjà partis mais dans une auberge de quartier à environ huit minutes de voiture, se trouvaient deux femmes isolées sans argent et un homme si affreusement blessé que les chirurgiens furent obligés de le trépaner sur place.

C’était un musicien et on m’a dit que dernièrement il a recouvré la santé, mais ses cris soulevaient tellement le cœur que j’ai suivi une des Dames Trinitaires jusqu’à la longue et basse pièce  sous la toiture en charpente où une soi-disant anglaise reposait.

Dans le premier lit près de la porte, il y avait une jolie piémontaise d’environ treize ans dont les boucles brunes étaient pleines de sable. Sa figure était enfiévrée et sa respiration difficile. Elle avait une bonne congestion pulmonaire. Puis venait une étrangère  qui se trouvait ne pas être une anglaise mais seulement une pauvre allemande exilée. Elle gémissait dans son délire suite à sa terrible lutte dans l’eau.

J’ai détrompé Mère Urbain au sujet de sa nationalité mais nous nous sommes mises d’accord pour n’en rien dire.

 Car c’était encore peu de temps après la guerre ; les paysans auraient pu manifester de la mauvaise volonté et à Antibes  dans le grand hôpital qu’elle dirigeait, Mère Urbain avait beaucoup de soldats  blessés qui auraient regardé de travers une patiente allemande.

En ce qui concerne l’hôpital improvisé, je n’ai jamais vu de spectacle aussi triste.

La maison, pour commencer, était immonde au-delà de toute description et l’escalier si sombre qu’il en était dangereux. L’endroit était encombré de sacs de  grains et de ballots de laine. Ces derniers appartenaient sans doute à des couchages qui avait déjà ou qui devraient servir encore, et ils étaient naturellement pleins de mouches.

Un couple mal tenu et de mauvaise allure tenait cette auberge de misère (note : dans le texte alberga di squalor pour squallore en italien moderne), et gagnait de l’argent en montrant aux visiteurs le bassin du chirurgien  et les autres restes abominables du déraillement.

Je n’oublierai jamais mon dégout ni la colère de Mère Urbain quand elle porta son attention sur une main humaine  laissée dans un de ces paniers utilisés pour  mettre les citrons.

Je dus retourner à ce lugubre endroit le jour suivant et bien d’autres jours encore, prenant mon tour avec une Dame d’Honneur Russe pour rendre visite à la pauvre allemande qui aussi longtemps  que son délire et sa grande prostration durèrent, pouvait seulement rester en relation par intermittence avec ceux qui parlaient ou priaient avec elle dans leur propre langue .

Mais la Mère Urbain, comme on peut le supposer, remit rapidement en ordre cette déplorable chambre de malade et elle balaya aussi tous les restes du déraillement pour en faire un bûcher religieux à Antibes.

Je me rappelle en outre que la petite piémontaise après avoir crié pitoyablement Mamma Mamma pendant quelques jours fit une bonne convalescence. Quant à la pauvre allemande, elle souffrit longtemps et péniblement, mais cela lui donna du temps pour un salutaire rétablissement. La dernière fois que j’ai entendu parler d’elle après qu’avec Olga S- je l’avais renvoyée chez elle près de Strasbourg, elle était convenablement mariée et elle avait toutes les raisons de bénir le bain soudain dans la Brague en crue.

La grande inondation du canal de la Foux en octobre 1882 fut un autre spécimen de ce que les ruisseaux peuvent faire. En l’espace d’une heure toute la partie basse du Boulevard du Cannet fut inondée, beaucoup de propriétés détruites et huit vies perdues. Le cortège funèbre de ces huit victimes qui furent inhumées aux frais de la Commune, fut un très étrange et touchant spectacle.

Elles furent suivies jusqu’au cimetière sur la route de Grasse par cinq mille cinq cents personnes affligées et inhumées dans une grande fosse commune au milieu de beaucoup   de sanglots et  de pleurs "

 

Bibliographie

 

 

Charlotte Louisa Hawkins Dempster - The Maritime Alps and their seabord

Longmans Green and Co – London 1885

Chapitre XII, page19 et suivantes

https://archive.org/details/maritimealpsthei00demp