V

Le Barrage de Chateauneuf Villevieille

SARCOPHAGE A ASCIA DE GLANDEVES ENTREVAUX  04320 ET AUTRES


Mise à jour avril 2015

Etude : Chanoine Salnitro, Roger et Paule Joelle Picco, Henri et Olivier Guigues, Raoul Barbès

Photos Olivier Guigues

 

Le couvercle de ce sarcophage a été découvert dans le parc de l’Hôpital, précédemment siège de l’ancienne cathédrale et antérieurement site romain probable.

C’est au cours de fouilles nécessitées par la pose de canalisations et  d’une fosse septique dans le domaine de l’hôpital vers les années 1980 qu’il a été déterré au nord des bâtiments puis transporté ultérieurement au musée de la Poudrière à Entrevaux

 

 

Caractéristiques

 

De gauche à droite: intérieur du couvercle, vue d'ensemble avec trou d'aévacuation, détail de l'ascia, vue de champ

e couvercle a été au cours des temps transformé en évier ce qui incite à penser que le sarcophage est peut être éloigné du lieu de découverte du couvercle. L’ascia a été sculptée en surépaisseur par dépouille du reste du pan du couvercle.

Les dimensions extérieures sont 80cm X 55 cm

L’intérieur a été recreusé sur 9 centimètres, peut être pour l’alléger. Les dimensions intérieures sont : 60cm X 33 cm, ce qui a fait dire qu’il s’agissait d’un sarcophage d’enfant. Mais l‘hypothèse a été faite qu’il pourrait s’agir d’un sarcophage pouvant contenir au moins deux urnes contenant des restes d’incinération. On verra plus loin ce qu’il en est de cette hypothèse.

Le trou d’évacuation des eaux a été creusé depuis l’extérieur. Il ne reste qu’un acrotère  d’angle sur quatre, celle sous laquelle on peut lire la lettre M. Par symétrie on peut imaginer la lettre D sur l’autre pointe de façade, abréviation de Deis Manibus. Effectivement malgré le mauvais état de conservation de cette pointe on semble distinguer une partie de la lettre D

 

 

Les tombes à Ascia

Probablement plus d’un millier ont été découvertes.

Elles ont fait l’objet de divers articles, notamment d’Hélène Wuilleumier (), pages 40-83, J. J Hatt (), pages 296-311, Paul Louis Couchaud et Amable Audin (), pages 36 à 66 et supplément pages 18-29.

La bibliothèque du Musée archéologique de Cimiez à Nice possède plusieurs ouvrages où il est question de l’ascia.

On peut citer notamment un article de L Tranoy () page 105, un article de Bernadette Schnitzer () page 93, un dossier INRAP () pages 69 et 70, sur les rites funéraires à Lugdunum

 Selon J.J. Hatt page 38 les premières Ascia apparaissent au cours du premier siècle après JC  et la mention DM Deis Manibus  à la même époque.

Couchoud en 1952 semble considérer que l’ascia est liée à l’inhumation et non à la crémation. Voir à la fin des extraits de son texte

Mais compte tenu des travaux et publications ultérieures ces hypothèses sont peut-être dépassées et à prendre avec prudence.

Page 59, Couchoud et Audin mentionnent pour la région  de la Côte d’Azur en 1952, deux tombes à ascia à Vence et une à Antibes. Voir ci-dessous.

 

L’ascia du clocher tour de Carros

A la base du clocher tour, deux parties de couvercles de tombes en pierre ont été utilisées en réemploi. Sur la pierr située du côté droit, H Guigues a noté la présence d’un ascia. Si l’on cumule les longueurs de deux morceaux de couvercles on trouve environ 1.20m.

On peut ainsi se demander si ce couvercle n’appartenait pas  au sarcophage à compartiment exposé un peu au-dessous du cimetière.

De gauche à droite:

Vue générale des deux bases

Détail de la partie droite avec ascia. Photo Henri Guigues

 

L'ascia aux musées de Cimiez et d’Antibes et sur une plaque funéraire de Vence

 

Il y a au musée archéologique de Cimiez, un sarcophage à ascia. Cet instrument est représenté sur l’acrotère gauche du couvercle d’un grand sarcophage dit de Flavia Bassillia (si le sarcophage correspond au couvercle). Il a été trouvé à l’abbaye de Saint Pons à Nice. Il y a aussi une autre ascia provenant d’un mausolée.

Ces ascia ont été décrits dans plusieurs ouvrages du Musée archéologique.

De gauche à droite: sarcophage dit de Flavia Bassilia et détail de l'ascia; stèle et détail de l'ascia en haut à gauche

 

Par ailleurs sur le côté gauche de l’allée du jardin en sortant du musée on peut voir plusieurs petits couvercles de sarcophages de taille assez semblables à celui d’Entrevaux dont un bien conservé comportant les lettres DM sur les acrotères gauche et droit.

Ces sarcophages sont considérés comme étant à crémation.

Au musée archéologique d’Antibes on peut voir deux ascias mais sur des plaques funéraires

De gauche à droite plaque funéraire provenant de Samboules et texte explicatif, plaque funéraire provenant de Mouans Sartoux avec détail et texte explicatif

 

Sur la façade ouest de l’église cathédrale de Vence, on peut voir une plaque funéraire encastrée dans le mur.

On peut lire

MAECIA

MAECIANA FIL

VALERIA …

 

Et au dessus sont gravées les lettres D et M encadrant une petite ascia également gravée.

Extraits du texte de Couchoud

 

En page 39, Couchoud mentionne « le diffusion de l’ascia coincide avec un changement d’habitudes funéraires. L’inhumation se substitue peu à peu à l’incinération ».

Mais il indique page 40 des traces de crémation à la fin du IIème siècle.

Page 40, il écrit : « l’inhumation est devenue le rite des gens fortunés. Ils réservent à leurs esclaves l’incinération, plus économique »

Page 47 « l’ascia n’est ni une hache, bipenne ou non, ni un instrument de tailleur de pierre. Elle est spécifiquement un hoyau qui défonce et remue la terre

Page 48 « L’action de l’ascia n’est donc requise que pour l’inhumation »

Page 48 « en gravant l’ascia sur la pierre tumulaire, en rappelant au bas de l’épitaphe que la tombe est sous la protection  de l’ascia, les lyonnais prétendaient à la fois désigner le mode choisi de sépulture et interdire à quiconque de l’altérer ».

Mais dans le cas de ce sarcophage il n’a pas été trouvé pour l’instant d’autre trace de texte ou de dédicace.

Page 61 «  A Lyon….le sigle DM encadre la figuration de l’ascia. C’est donc bien par l’action des Dieux Manes que l’ascia protège la tombe »

Page 64 « le sigle simple de l’ascia fut peut être pris en compte par les chrétiens comme signe d’éternité »

Enfin en page 29, dans ses conclusions des notes complémentaires à propos des militaires issus d’Asie Mineure : « l’ascia fut ensuite le signe de ralliement de tous ceux qui refusaient l’incinération ».

 

Conclusions

 

Comme indiqué plus haut, la lettre M apparait de façon nette sur le couvercle de sarcophage de Glandèves ainsi que l’ascia, mais un examen plus approfondi a permis de trouver ce qui est vraisemblablement un fragment de la lettre D ce qui fait ressembler ce couvercle à celui du jardin du musée de Cimiez.

L‘abréviation DM  de Deis Manibus fait dire qu’il s’agit d’un sarcophage non chrétien.

Il est possible sinon probable qu’il s’agit d’un couvercle de sarcophage à incinération ayant pu contenir des urnes.

De tout ce qui précède on peut dire que ce couvercle de sarcophage de Glandèves est exceptionnel  pour les Alpes Maritimes et peut être pour les Alpes de Haute Provence.

Il faudrait pouvoir étudier d’autres sarcophages ou stèles éventuels de Vence et de Digne.

 

Voir aussi dossier Internet: sarcophages à compartiments

 

Bibliographie

 

Wuilleumier Hélène – L’Ascia – Revue de l’Histoire des Religions, 1944

 

Hatt J. J. – La tombe gallo romaine

 

Couchoud Paul Louis et Audin Amable - Revue de l’Histoire des Religions, tome 142 N°1, 1952

 

Couchoud Paul Louis et Audin Amable – note complémentaire - Revue de l’Histoire des Religions tome 145 N°1, 1954

 

Inrap – Rites funéraires à Lugdunum – éditions Errance décembre 2009

 

Schnitzer Bernadette, la protection symbolique de la tombe – Rites de la mort en Alsace de la protohistoire à la fin du XXème siècle – Musée historique de la ville de Strasbourg 2008

 

Tranoy L. dans Archéologie Funéraire, collection archéologique éditions Errance chapitre 4 : la mort en Gaule Romaine