Grand Chemin de Monaco ŗ Roquebrune Cap-Martin

CHEMIN DE SAINT MARTIN DU VAR A NICE EN 1795


Mise à jour octobre 2009

Ce dossier a été étudié par Jacques Dalmasso, Jean Thiéry de Colomars et Raoul Barbès

 

Préambule

 

 En 1795, l’Etat Major des Armées de la République s’est préoccupé des communications de l’Armée d’Italie avec l’Armée des Alpes ou plus simplement entre Nice et Barcelonnette.

Il a commandé un rapport à deux officiers, Arena, adjudant général chef de Brigade et Florence le Fort, officier du Génie, qui ont établi une note le 26 floréal an 3 ( 15 mai 1795) après avoir parcouru divers itinéraires: 

Nice-Grasse, Grasse-Entrevaux, Entrevaux-Colmars, Colmars-Barcelonnette, Barcelonnette-Entrevaux par Guillaume, Entrevaux-Nice par Gillette.

Le texte manuscrit a été transcrit tel quel mais l’orthographe des mots est celle d’aujourd’hui. Cependant l’orthographe des noms propres reste celle des deux officiers. Le texte correspond à la description de la fin du trajet d’Entrevaux à Nice après avoir franchi le Var. Cette route était avant la création des routes de fond de vallées, celle qui desservait la vallée de l’Estéron et la partie supérieure de la vallée du Var, et il a paru intéressant de l’étudier à ce titre. Certaines portions de chemins qui ont été abandonnés depuis, pourraient être restaurées dans le cadre de la conservation du patrimoine

Ce document est extrait des archives de l’Armée de terre, collection du Ministère de la Défense (). Le texte original est en italique et suivi des commentaires au fur et à mesure de l’avancement de la description

 

Franchissement du Var

Sur une carte déposée aux archives départementales des Alpes Maritimes (ref ADAM, Fiume Var Mazzo 1) reproduite dans un article de Jean Bernard Lacroix (Nice Historique N° 4 Octobe Décembre 2004, on voit une ligne pointillée traversant le Var en partant de la rive gauche de l'Estéron. Le pont dit de Bonson avait été depuis longtemps emporté par le Var. En amont de Saint Martin est mentionnée une chapelle dite de la Madona

Etude du texte

 

« A la sortie de Saint Martin placé sur la rive gauche du Var, on trouve une montée fort mauvaise. Après cette montée la route est assez  belle, elle côtoie la rivière ».

Les auteurs n’ajoutent pas « du Var » dans l’appellation de Saint Martin. Il s’agit probablement de ce qui est devenu le chemin des Condamines qui escalade la colline au sud de Saint Martin du Var puis rejoint le RD 6202 qui longe le Var.

« A 1/2 heure on trouve un torrent qui descend des montagnes de gauche. Le chemin ne cesse d’être beau »

Le torrent est celui qui est nommé « vallon de Saint Blaise » sur la carte au 1/25000ème OT TOP 25

«  De Saint Martin aux moulins d’Aspremont, il y a 1heure 1/2 de marche; le chemin est beau et il est traversé par quelques ruisseaux qui descendent des montagnes de gauche par de petits vallons à côté des moulins et un petit torrent. »

Jusqu’en 1874, la paroisse et la commune d’Aspremont englobait les hameaux de Castagniers et de Colomars qui devinrent autonomes à cette date, par décret du maréchal Mac Mahon. Il existe encore le lieudit « les moulins » qui sont désormais « de Castagniers »

A cet endroit débouchent les vallons de Porquier et de la Gorguette.

Dans ce secteur, des tronçons de routes carrossables sont établis sur l’assiette probable de l’ancien chemin

«  Il y a aux moulins d’Aspremont un poste de 8 hommes et un caporal.  De ce poste à la Roche Carbinier  qu’on laisse à gauche on compte 1/2 heure. »

Les officiers disent de ce lieu « qu’on laisse à gauche ». L’examen de différentes cartes  et d’appellations traditionnelles donne « Garbiera » suivant la carte au 1/80000ème de 1878, « Garbairon » selon le cadastre de 1980 : Colomars section E au 1/2000ème, et « Garbairon » selon la carte au 1/25000ème citée plus haut. On connaît aussi les appellations de « Roca Garbina », » lou Garbairoun », « Baou de Cesar », « Rocca Garbina » ou « Rocca Garbiera ».

Il s’agit de la roche en forme de pain de sucre que l’on voit à droite côté sud du vallon de Roguez ; ces termes sont à rapprocher de « Garbat », mot niçois utilisé dans le Moyen Pays pour dire « creusé » ; le « garbairoun » pour petite meule est la partie centrale émergente qui reste quand on a creusé tout autour, ou bien une forme de terrain érodée à sa base

«  Il y a plusieurs ruisseaux qui tombent des montagnes d’Aspremont où est situé ce village ».

Il s’agit principalement du vallon du Roguez, dans lequel se jette celui de Donaréa et ses affluents.

«  A Aspremont il y a un poste de 20 hommes et un officier »

                  Le site d’Aspremont constitue une position stratégique évidente et il est cité bien qu’éloigné de l’itinéraire.

« On monte 1/2 heure par d’assez beaux chemins à la Rocca Barbierra  Cette montagne de gravier assez rapide est susceptible d’être adoucie et mise en état quoiqu’elle ne soit pas absolument mauvaise. »

Quand les officiers emploient le terme « gravier» bien lisible dans le texte il pourrait s’agir de ce que nous appelons « poudingue ». On peut penser aussi au sens de « gravir »

Il s’agit de « Rocca Garbiera ». Cette partie du chemin, ancienne route du sel, permet de s’élever d’une dénivelée de 260 mètres. Il est devenu inutilisable par manque d’entretien et mériterait d’être restauré, éventuellement avec des panneaux indiquant son importance ancienne.

« De l’autre côté du Var on voit le village de Gattières ».

Le chemin passait par le quartier des Fréghières qui se situe au col entre la colline de Saint Sauveur et celle de Colomars, et dans ce secteur son emprise a été en partie utilisée par la voierie actuelle, aboutissant à la hauteur de la Mairie de Colomars.

Dans la section terminale de la route montant de la Manda, le vieux chemin n’était pas sur l’emprise de la route moderne faisant un lacet, mais c’était très vraisemblablement le raccourci en escalier partant de la maison Léonce en bas pour aboutir au carrefour formé par la rencontre de la D414 et la D 714. Cet escalier est en pente douce.

 Au sommet de la montagne le chemin suit une crête entre le Var et le grand vallon de Magnian »

Ce nom est devenu Magnan et le vallon éponyme prend naissance au sud d’Aspremont

«  Le chemin est fort beau. A 1/ 4 d’heure  de là on laisse à droite la petite chapelle  de la Madone de Courmar »

           Effectivement cette chapelle se trouve un peu à droite du chemin en allant vers Nice. Il s’agit bien de la Madone de Colomars.

«  A 1 /2 heure plus loin le village de Cabannes et la maison des Juifs à Cabannes. Il serait  nécessaire d’établir un poste de 20 hommes qui auraient la surveillance des environs »

il y a lieu de s’attarder sur ce nom de « Cabannes ». En effet dans le secteur d’Aspremont-Colomars, il y a plusieurs lieudits « Cabanes », notamment sur la route D 14 de Nice à Aspremont : Cabanes Blétonnières et Cabanes supérieures, qui ne sont pas concernées par l’itinéraire étudié. Le quartier de la Mairie de Colomars est également noté  Cabanes où se trouve un groupe de vieilles maisons.

Mais si l’on considère que « Cabanes » signifie hameau, à une demi heure au sud du carrefour de la Madone, on parvient au sommet du raccourci N° 8 du vieux chemin de Bellet, où domine une double tour, entourée de bâtiments de plusieurs centaines d’années. Ce serait cet endroit que les officiers ont nommé « Cabannes »  dans leur récit.

La « maison des Juifs » est associée à ce hameau. Un habitant du quartier, Monsieur Laurent Ghisellini, issu d’une ancienne famille locale, a entendu parler d’une « maison des Juifs » ; cependant il la situe beaucoup plus au sud face au départ du chemin des Treilles, entre Ventabrun et Canta Galet, sans connaître l’origine de ce nom et sans avoir pu donner de références à ce sujet.

« Il y a ici deux positions à l’abri d’un bois de sapins. On ne cesse d’arrêter tous les militaires et en général les voyageurs »

Effectivement, au sud, à l’écart, par le chemin du Collet de Fournier, se trouve une croupe imposante couverte de sapins.

« A 1 heure et demie de Cabannes on arrive au fond du vallon de Magnian, on traverse son lit et l’on tombe à la grande route  à l’entrée du faubourg de Nice ».

La grand route dont il s’agit est celle d’Antibes à Nice qui deviendra par la suite Nationale 7

Sur environ 7 kilomètres, donc dans les délais indiqués on parvient à suivre la crête principale, en empruntant les raccourcis du vieux chemin de Bellet, les numéros 7,6 et 5 étant carrossables, les numéros 4,3,2 et 1 comportant des escaliers

Conclusion

Sur cette partie du trajet d’Entrevaux à Nice, on constate que les deux officiers ont fait un travail sérieux et que leur itinéraire a pu être reconstitué  dans ses grandes lignes.

S’agissant d’une route importante à la fin du XVIIIème siècle, entre Nice, la vallée de l’Estéron et la moyenne vallée du Var, il serait intéressant de restaurer la partie du trajet entre les Fréghières et le Var qui se trouve dans une zone non urbanisée.

Bibliographie

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                    

Aréna et Florence Le Fort, Mémoire sur la reconnaissance des communications de l’Armée d’Italie avec celle des Alpes, faite en vertu des ordres du général en chef Kellermann en date du 26 floréal  troisième année de la République.

Collection du Ministère de la Défense, SHD, département de l’armée de Terre, 1 VD 34, art 4 sect 1, parag 5, C1, N° 37

 

Thiery Jean, Promenades pittoresques à Colomars et ses environs