Point du Ramingao ŗ Roquebrune Cap-Martin

CHEMIN DE EZE 06360 A SAINT LAURENT D'EZE EN 1788

                                                                             Mise à  jour décembre 2010

 

Cete étude s'intègre dans un ensemble de dossiers concernant le Prieuré de Saint Laurent d'Eze et ses environs. Sont déjà parus sur Internet:

Chapelle de Saint Laurent d'Eze

Droits d'eau à Eze

Généalogie de la famille Renaud de Falicon

Grotte de Saint Laurent d'Eze

Souvenirs champêtres 1842

Sur une carte de 1763 () des Archives Royales de Turin on voit un certain nombre de chemins dans le secteur Eze La Turbie.

Celui qui est concerné dans ce dossier est nommé chemin de Toscane dans la partie haute avec une bretelle vers Saint Laurent d'Eze dans la partie basse

La dénomination de chemin de Toscane est donc ancienne et due peut être au fait que l'on pouvait s'embarquer dans la rade de Saint Laurent vers la Toscane. Au XVIIIème siècel on trouve parfois la dénomination Touscana

Ce chemin a été décrit par l’arpenteur royal Angelo Ghiotti de Turin qui a été chargé d’une mission suite à l’ordonnance du Bureau général du 17 aout 1788. Il a remis son rapport le 27 septembre 1788, ce qui très rapide compte tenu des communications de l’époque.

Depuis 1774 il y avait eu de nombreuses plaintes.

Ce chemin avait son origine à l’est du village d’Eze et son tracé suivait grosso modo au départ sur une partie l’actuel chemin de Toscane, puis descendait avec de nombreux lacets parallèlement au vallon de l’Avalanca sur la rive gauche. Ce chemin existe encore actuellement partiellement.

 

Ce rapport suscite plusieurs observations.

Tout d’abord on peut constater l’état désastreux de ce chemin ce qui était le cas d’ailleurs de beaucoup d’autres chemins dans le Comté de Nice. Pourtant comme le souligne le rapport, il desservait un moulin et aboutissait à l’anse de Saint Laurent où pouvaient être débarquées ou embarquées des marchandises, notamment du sel.

Ce moulin est probablement celui de l’Avalanca qui a été détruit par une avalanche au début du XIXème siècle

En second lieu on peut observer que des propriétaires riverains prenaient des libertés avec le tracé en fonction de leur intérêt.

Par ailleurs le rapport fait apparaître que la largeur souhaitable  à obtenir par des travaux de remise en état était de l’ordre 8 à 9 palmes.

La palme valait selon les auteurs de 10 à 12.4 cm ce qui équivalait au minimum à 80 cm de large et au mieux à un peu plus d’ 1 mètre de large.

En conclusion l’arpenteur indique que la route est royale et aussi publique.

On peut remarquer que le rapport ne mentionne pas la chapelle Saint Laurent ni celle en contrebas de la Basse Corniche. Il ne mentionne pas non plus la grotte près de la mer qui a fait l’objet d’une étude particulière et devait avoir une importance certaine à cause du transit du sel.

 

Note

A propos de trabuc (trabucco pluriel trabucchi), dans l'ouvrage intitulé "Eze ", Charles Alexandre Fighiera  indique  dans un paragraphe sur les poids et mesures (p 362)

« qu'en ce qui concernait les longueurs : le trabuc valait 12 pans ou 3,14 m, le pan valant 0,26 m. »

Il semble qu'au vu des chiffres annoncés dans le rapport de l'arpenteur (jusqu’à 150 trabucs)  et les dépenses à prévoir indiquées en correspondance, il y ait une certaine incohérence. A moins que pour une dégradation d’une grande longueur, il suffisait d’une réparation et d’un drainage des eaux sur une petite longueur.

 

De gauche à droite:

extrait de la carte de Bourcet milieu XVIIIème siècle; en haut on distingue la route de Eze à la Turbie mais aucun autre chemin

1ère et dernière page du rapport Ghiotti

AD  E074 012 dossier 1774-1791

 

Affaire Commune d’Eze

Contre les frères Rossetti

Rapport de l’arpenteur royal Angelo Ghiotti  du 27 septembre 1788

 

 

Traduit de l’italien par Françoise Prost

 

L’an de grâce Mille sept cent quatre-vingt huit, le vingt-sept du mois de septembre, à Nice, dans le bureau de l’Intendance Générale, devant moi, Notaire, et le Secrétaire inscrit ci-après, a comparu

Monsieur l’Arpenteur Royal, Ange Ghiotti, fils du Sieur Dominique de la ville de Turin où il réside, lequel ayant prêté serment et m’ayant remis en main propre les écritures, étant informé de leur force et de l’importance de celles-ci, rapporte ce qui suit : 

Suite à l’ordonnance de ce Bureau Général du 17 août passé, et à l’heure de la convocation prescrite par cette ordonnance, ayant pris connaissance des déclarations du Syndic de cette Communauté, Ludovic Mai, et de Monsieur le Secrétaire de celle-ci, du Notaire Fighiera, et de Monsieur l’avocat Fighiera faisant tous trois partie de la Communauté, ayant également pris connaissance des déclarations de Mr le Vicaire de la Turbie et du prêtre Jean-Baptiste, frères Rossetti, de Monsieur le Procureur Dettat intervenant au nom de ces derniers et pour Monsieur Charles Rossetti, leur frère et enfin de Monsieur Antoine Spinelli, Maitre–Maçon expert nommé par les mêmes frères Rossetti :

J’ai procédé à la visite des routes dont il est question dans l’ordonnance précitée.

 

Premièrement la route dont se servent les particuliers d’Eze pour se rendre dans la région de Saint-Laurent.

J’ai donc, en premier lieu, constaté que  cette même route est une bifurcation de la Route Royale qui du lieu d’Eze se dirige vers l’Italie, cette bifurcation commence sous la terre de Louis Fabri pour se diriger ensuite vers l’édifice à huile, et la plage le long de la mer qui existent en ce lieu.

 

De plus, j’ai constaté, qu’au-dessous du fond de Louis Fabri et le long de la route existant sous ce même fond, se trouve une quantité de pierres, qui la rendent impraticable à cet endroit, si bien que pour la rendre de nouveau à la circulation, il faut enlever ces pierres et d’après les allégations  des représentants de la Communauté d’Eze, les eaux qui actuellement coulent sur cette route, coulaient auparavant dans un petit vallon qui existait sur la terre sus mentionnée de Louis Fabri, pour stabiliser la dite route qui doit être réparée, il faut que les eaux s’écoulent comme avant dans le petit vallon existant dans la terre dite  Fabri, principalement parce que la Communauté d’Eze a allégué que les dites eaux ont été déviées de leur ancien parcours habituel par Louis Fabri.

 

Troisièmement, toujours en suivant la même  route pour arriver  dans la région dite de «  l’Alforan », le long du tronçon de route existant entre les biens de Stéphane et Jean André Fighiera, et Anne, veuve Fighiera, j’ai constaté qu’outre un débordement  de trois trabucchi (ancienne mesure du XVI au XVIII ème siècle, voir note) cette même route est  encombrée de pierres assez grosses, tombées d’un mur supérieur, qui est en ruine, il faut donc, pour renforcer ce tronçon de route, rétablir ce mur, le long de la fuite de 3 trab. Le coût de cette réparation, ainsi que des autres réparations indiquées ci-dessus est estimé à  40 écus.

 

Quatrièmement, j’ai  également constaté que les dits débordements commencent au dessus du tronçon de route décrit dans le précédent paragraphe et ce, jusqu’à l’angle de la maison de M. Jean-André Fighiera. Cette route doit également être réparée afin de remédier à l’extension de la fuite citée ci-dessus. En ce qui concerne la réparation qui doit être effectuée, si l’on s’en tient  à l’arrangement des pierres, et à l’excavation qu’il faut réaliser en amont  pour rendre la route plus spacieuse, la dépense pourra s’élever à 8 écus par trab. et  jusqu’à  57,12,6 écus.

 

Cinquièmement, j’ai aussi constaté qu’au début de la descente de cette route une fuite de 50 trab  doit également être réparée et qu’il faut, à cet effet, aplanir les rochers irréguliers qui forment en partie la surface de la route, enlever les saillies et autres pierres qui s’y trouvent actuellement, réduire l’escarpement des bords pour rendre cette route plus spacieuse et d’une largeur d’au moins huit palmes et dotée d’une pente régulière et nivelée. Il faudra compter pour une telle réparation 1O écus par trab et  jusqu’à 25 écus.

 

Sixièmement, j’ai  ensuite constaté que cette route présente aussi une autre fuite de 150 trab, commençant sur le site sus mentionné laquelle nécessite également une intervention. Si l’on s’en tient au simple désencombrement des pierres et à l’aplanissement de divers rochers irréguliers qui s’y trouvent pour redonner à la route toute sa largeur et conserver une déclivité régulière comme indiqué précédemment, et d’une largeur dans les endroits resserrés de huit à neuf palmes, j’estime que la dépense pourrait s’élever à sept écus pour chaque trab. Cette somme comprenant la mise en place en travers de la route de divers canaux, destinés à dévier les eaux de la route, afin qu’elles ne s’écoulent pas le long de celle-ci.  J’ai constaté que cette portion de route, sauf en quelques endroits resserrés est, dans l’ensemble, très spacieuse, et d’une largeur, en général, non inférieure à dix palmes voire plus, le coût de cette intervention se monte à 32,10 écus.

 

Septièmement, je suis arrivé ensuite aux abords d’une autre terre appartenant au dit Stéphane Fighiera et j’ai constaté que la route longeant cette propriété est très étroite, rapide et ayant une extension de cent vingt cinq trab, étant donné que cette route se trouve située dans un endroit où il serait difficile d’effectuer des réparations sans engager de grosses dépenses, il faudra, pour la rendre praticable et stable, former divers contours sur cette même terre de Stéphane Fighiera. Il semble que ces contours existaient auparavant sur cette terre, d’après les allégations des représentants de la Communauté d’Eze, et selon moi,  ils ont été détruits pour que  cette terre soit  moins soumise aux divers  passages mais si l’on n’intervient pas il n’est pas possible, surtout l’hiver de passer, et de circuler sur cette portion de route. Selon moi, la dépense pour cette réparation peut s’élever, valeur de la terre non comprise, à neuf écus pour chaque trab, cette somme incluant la dépense engagée pour les canaux de déviation des eaux, soit un total de 56,5 écus.

 

Huitièmement, arrivé aux abords de la terre de Bartolomé Asso, j’ai constaté qu’en plus de la fuite de 50 trab, cette route, à la suite d’une extension similaire,  a été  entièrement détruite par les eaux qui s’y sont écoulées jusqu’à former, aujourd’hui, sur cette portion de route, une espèce de petit vallon.

Pour rendre ce tronçon de route solide et apte à la circulation, surtout l’hiver et avec du bétail, il faudra former un tronçon de route équivalent en amont, avec les écoulements nécessaires qui existaient sur l’ancienne route, et utiliser un canal suffisant pour recueillir les eaux venant du haut. Il faudra également construire  quelques canaux de déviation sur  la rive opposée pour que les eaux se  jettent dans le vallon situé en aval du tronçon de route concerné, cela devra se faire sur le bord du talus  appartenant précisément aux frères Rossetti. Là il faudra faire, dans la pente, d’autres canaux afin que les eaux ne se rejoignent pas en un seul corps ce qui pourrait causer, lorsque les eaux dévalent la pente, des dégâts, qui si l’on procédait autrement, seraient gravissimes. La dépense, tout compris, est de l’ordre de quinze écus par trab. et  un total de 37,10 écus.

 

Neuvièmement, il faut également effectuer une réparation de la route pour la fuite de 27  trab. qu’il faudra aplanir et agrandir pour atteindre une largeur de huit palmes au moyen d’une élévation qu’il faudra exécuter dans les parties latérales de la route tout en faisant des canaux traversants pour faciliter la sortie de l’eau. La dépense pour ces réparations avoisine les huit écus par trab  soit 10..16..-

 

Dixièmement, il existe, ensuite, divers petits tournants, brefs et rapides le long de la terre des Frères Rossetti d’une largeur moyenne de six palmes et, suivant les demandes qui m’ont été faites par la Communauté d’Eze, j’ai mesuré ces tournants. J’ai constaté que le premier d’entre eux a une extension d’environ 2.3 trab, l’autre de 2 trab seulement ; au début de ce tournant, j’ai personnellement observé qu’il y a une certaine hauteur à pic pour arriver à la terre des Sieurs Rossetti située au-dessous et il s’est vite avéré que l’on avait creusé au voisinage de ce site, afin d’ôter l’apparence de danger, et aussi pour empêcher que le bétail qui doit passer par cette route ne tombe dans le terrain du dessous, on a édifié du côté des  Frères Rossetti un petit endiguement fait de petits pieux, branchages et épineux qui ne serait vraiment pas suffisant pour prévenir les dangers évoqués ci-dessus.

En ce qui concerne le danger, les représentants de la Communauté d’Eze soulignent qu’étant donné la qualité du terrain, et vu les excavations qui ont eu lieu, cette portion de route ne peut être solide et apte à la circulation et risque même de s’effondrer facilement en cas d’épisode pluvieux, ou autre, et vraiment, ayant attentivement examiné les circonstances qui m’ont été révélées, et les problèmes qui pourraient survenir si ce tronçon  de route restait dans l’état où il est, ayant appris, de plus, que ce bout de route n’était pas autrefois situé où il se trouve à présent mais sur la terre inférieure des Frères Rossetti, par le truchement d’un long tournant qui débutait dans cette route du levant au midi, ce tournant ayant été, suivant la communauté d’Eze, démoli par Messieurs Rossetti.

En ce qui concerne les réparations effectuées dans leur terre, latéralement à la route concernée, il apparaît, à l’examen, qu’elles ont été faites il y a peu de temps. Enfin, vu la situation de cette portion de route et des signes que l’on y rencontre, à savoir, à proximité immédiate la présence de troncs d’arbres enracinés d’une certaine grosseur, on peut avancer que ce tronçon de route devrait être établi ailleurs et il faudrait éclaircir un peu plus cette affaire par voie de témoignages. J’ai de plus, procédé à la mesure des tournants suivants et j’ai constaté que ces derniers sont aussi rapides et nombreux, l’un de trois trab. un autre de trois et demi, un autre de quatre et sur celui-ci on observe quelques réparations effectuées, puis j’ai constaté la présence d’un autre tournant de quatre, un autre de cinq et demi de la même nature que les autres c’est à dire rapides comme indiqué ci-dessus, et d’une largeur d’environ six palmes et j’ai observé que le dernier des tournants est soutenu par de petits pieux de bois tendre de peu de durée, pas vraiment suffisants pour le soutien du terrain du dessus.

 

Il y a là une rampe de 5 trab beaucoup plus rapide que les tournants décrits plus haut, 

Soutenue par divers morceaux de bois insérés en travers afin de la rendre praticable. Selon les représentants de la Communauté, cette rampe a été exécutée il y a peu car auparavant, toujours selon les allégations de Messieurs les Administrateurs ce tronçon de route se trouvait ailleurs, sur les terres latérales de Messieurs Rossetti.

 

Il y a ensuite une autre rampe de quatre trab. de la même qualité que celle décrite ci-dessus et puis un autre tournant de trois trab., un autre de deux et demi, un autre de deux toujours présents le long de la terre concernée et j’ai en outre constaté que le long de ces tournants, d’autres réparations récentes sont visibles, puis en continuant, il y a  un autre tournant de rapidité semblable de sept trab., un autre de trois et il m’a été signalé par la Communauté que ces tronçons de route étaient auparavant situés ailleurs et que le terrain où se trouvent les tournants sus mentionnés et la rampe est boueux.

J’ai pu observer également sur le dernier tournant que le sol est en effet de consistance boueuse cela étant dû à la naissance d’une fuite d’eau d’environ cinq trab.

Puis il y a encore un autre tournant ayant une extension de fuite de quinze trab, qui doit encore être réparée, mais, d’autre part, j’ai aussi dû observer, à la demande expresse de la Communauté, que ce morceau de route est aussi saturé d’eau et impraticable et qu’ensuite se succèdent d’autres écoulements de vingt trab, toujours situés le long de la terre de Messieurs Rossetti, laquelle se révèle en bon état, comme il se doit.

 

Onzième point, une fois la route existant le long de la terre Rossetti terminée, il y a un autre tronçon de route existant le long d’une autre terre appartenant aux héritiers d’Antoine Fighiera qui s’avère en bon état et d’une largeur de huit palmes et plus et dont la partie inférieure est située le long d’un vallon préexistant où s’écoulent les eaux qui permettent le moment venu de faire tourner l’édifice banal à huile existant un peu plus bas. Et bien que ce tronçon de route soit en bon état jusqu’au site où est situé le dit édifice, pour le rendre plus praticable il faut effectuer des réparations en certains endroits où l’on rencontre des rochers irréguliers, et relevés  qui doivent  donc être aplanis pour rendre en tous points praticables ces tronçons de route. Les réparations doivent servir à  niveler complètement ces tronçons de route. J’estime les frais de cette nécessaire réparation à 20 écus.

 

Douzièmement, lorsque cette route arrive sur le site où se trouve le dit édifice à huile, elle bifurque alors vers la plage, ou rivage de Saint Laurent (« Lido di San Lorenzo »), cette plage est très facile à aborder, il est aisé, en cas de  besoin, de tirer à terre des bateaux ou autres, et à la requête  des représentants de la Communauté d’Eze, j’ai dû constater à quel point cette plage est intégrée dans l’anse, ou Golfe dit de la Mala (« delle Malle ») et aussi comment elle est comprise dans la baie qui forme et constitue le Golfe de St Hospice (Golfo di S.Ospizio).

 

D’après les circonstances et observations indiquées ci-dessus, je dois conclure, qu’en premier lieu, la route concernée, est royale et aussi publique, puisqu’elle commencerait par une route royale et se dirigerait vers la mer, la plage sus mentionnée de Saint Laurent, intégrée à la baie constituant le Golfe de St Hospice, elle serait donc aussi publique car  il faudrait garder  à l’esprit que cette route est destinée à l’usage de l’ensemble des particuliers d’Eze en tant qu’unique moyen de se rendre d’Eze au dit édifice à huile banal.

 

D’autre part, j’ai également le sentiment que dans les sites divisés dont nous avons parlé, il serait possible d’établir une route solide à condition d’y effectuer quelques réparations dans les règles de l’art, suivant les recommandation que j’ai émises ci-dessus.

 

En ce qui concerne les autres portions de route existant le long de la terre des Sieurs Rossetti, étant donné la qualité du terrain, la déclivité du site, la brièveté et la petite extension des rampes et des tournants que l’on y rencontre, j’ai le sentiment qu’on ne peut laisser subsister l’état d’impraticabilité dans lequel on se trouve actuellement et par conséquent,  pour pouvoir rendre stables et solides ces tronçons de route et stabiliser le site où ils se trouvent actuellement, je pense qu’il faut rendre à ces tronçons de route toute leur largeur de six palmes,compte tenu de la nature et de la qualité des sites et terrains où se trouve cette route. Quant aux tournants ou contours de huit palmes qui devront être assortis, latéralement à la route, de canaux d’une largeur d’au moins deux palmes, destinés à recevoir les eaux venant de la partie supérieure, et donc, dans les tournants  et au voisinage des eaux il faudra  veiller à ce que ces dernières ne se déversent pas plus bas, le long de la route, en l’endommageant.

 

En outre, il faut rendre ces tournants plus longs et moins rapides, ce qui est faisable en passant également dans les terres voisines, un nivellement proportionné rendra la route plus praticable et plate transversalement, il faudra poser des pierres en ligne dans les sites mentionnés afin que les canaux traversent la route où il serait judicieux de pratiquer ça et là de petits gradins constitués de pierres prises sur le site où les eaux pourront s’écouler et apporter une certaine quantité de gravier pour faire obstacle à la boue, surtout l’hiver et en particulier dans les endroits difficiles , dans les courbes , dans les endroits dangereux et dans ceux où ont été effectuées les excavations et les protections mentionnées dans ce rapport, munir ces sites d’un mur et de renforcements solides et aptes à soutenir le poids supérieur, empêchant ainsi la chute des bêtes et des personnes. De plus, il faudra éradiquer, ou autrement rabattre les plantes sauvages, les troncs de ces dernières ou d’autres existant dans ces portions de route afin que l’on puisse plus facilement, notamment avec les bêtes portant des charges, transiter par ces lieux sans véritable danger.

 

De plus, il semble évident, au vu des constatations concernant l’extension, les tournants de cette portion de route, la déficience des canaux latéraux, la nécessité d’apporter du gravier, de poser des soutiens, la déclivité des dites portions de route, que cela serait imputable pour la plus grande partie à Messieurs Rossetti, aux termes des ordonnances de ce Bureau des 29 mars et 16 avril 1774 qui m’ont été présentées.  En ce qui concerne les réparations suggérées par le dit maître maçon Spinelli dans son rapport de ce même 29 mars il doit en être d’autant plus ainsi que Messieurs Rossetti, selon les allégations de la communauté,  ont récemment fait exécuter de leur propre chef les réparations sus mentionnées et il m’a été signalé que des Sieurs Rossetti ont encore moins transporté la route sur les sites indiqués par le rapport Spinelli.

 

Ensuite, nous avons procédé à la visite de l’autre route, qui bifurque à partir de celle que nous avons mentionnée plus haut, dans les sites avoisinant la terre Rossetti, elle s’étend vers d’autres régions supérieures et aussi vers le lieu de la Turbie et comme dans ce cas les frères Rossetti ne sont pas impliqués, nous avons procédé à la vérification de l’état dans lequel se trouvent les lieux à l’exception d’un tronçon de route existant à peu de distance où commence la dite bifurcation, site dans lequel, Messieurs Rossetti ont déclaré qu’ils faudrait réparer et aplanir les rochers qui s’y trouvent, et donc, à la demande seule de la Communauté j’ai observé :

Qu’en de nombreux endroits en enfilade se trouvent, le long de la dite route, des rochers élevés, parmi lesquels il est difficile de reconnaître un vestige de route. On y distingue seulement le piétinement des bêtes et  les représentants de la Communauté m’ont fait observer que le long de ce territoire, en divers endroits de la route, s’est formé un site qui était autrefois cultivé comme en témoignent encore des ruines, des vignes et d’autres arbres qui y ont été plantés. Il semble que cette route ait été uniquement formée pour faciliter l’accès de particuliers à quelque local d’Eze ou de la Turbie cela leur permettant de se rendre plus vite sur leurs terres situées en ces lieux, puis longeant le territoire de La Turbie, de rejoindre cette Route Royale supérieure où l’on voit vraiment qu’il existe une route. Les représentants de la Communauté m’ont fait remarquer que la dite route doit avoir été faite uniquement pour se rendre le plus rapidement possible à Monaco, et à  Eze, puisque l’on a constaté que cette route finit par rejoindre d’autres routes allant l’une vers le lieu d’Eze, l’autre vers Monaco.

 

De plus, il m’a été rapporté par la Communauté que très souvent  les particuliers du lieu de la Turbie pour aller et revenir des terres qu’ils possèdent dans la dite région de Saint Laurent se sont servis de la route en question laquelle bifurque, comme indiqué dans ce rapport, de la Route Royale au dessous de la terre Fabri pour mener à la région de Saint Laurent. Etant donné les diverses répercussions envisagées, j’ai le sentiment que la route en question n’est ni publique, ni quoi que ce soit d’autre et qu’elle a été établie pour la commodité de quelques particuliers désirant se rendre plus rapidement sur leurs terres et je dois également souligner pour la commission qui m’assiste, que la dépense serait lourde lorsqu’il s’agirait, autour de cette route, d’effectuer les réparations nécessaires pour pouvoir la rendre praticable et solide en permanence.

 

Ce rapport  étant conforme et lecture lui en ayant été faite, le soussigné Ghiotti, Arpenteur Royal, persiste et signe pour patentes royales Calozzi, Secrétaire enregistré à six heures, et plus.

Bibliographie

Carte de 1763 - Carta top A e B Nizza m1 - Archives Royales de Turin