Point du Ramingao à Roquebrune Cap-Martin

ROUTE ROYALE DE NICE A TENDE - CINQUIEME PARTIE - GIANDOLA-TENDE

Cette étude est divisée en six parties :

Généralités: généralités sur la route royale

Nice- l’Escarène: route royale Nice l'Escarène

L’Escarène Sospel: route royale l'Escarène Sospel

Sospel – Giandola: route royale Sospel Giandola

Giandola - Tende

Tende  - Col de Tende

 

 

Prospections Louis Carlot Jacky Sarale Raoul Barbès

Mise à jour octobre 2014

 

Comme on le voit sur la carte de 1763 () des Archives Royales de Turin, certains ponts étaient réalisés avant cete date soit plus de vingt ans avant que la route ne soit ouverte, mais avaient-ils une largeur compatible avec le trafic routier?

Sur la carte de 1763

pour les "ponte Gemilioni" le nom gemioni est indiqué

le nom du pont de la Bendola n'est pas très lisible (Caste?)

le nom du pont du Commun n'est pas mentionné

Pour Ambo la mention notée semble être: ponte ou ponti d'Ambo

l'usine  de pâte à papier d'Ambo est notée "papreria"

Sur un autre plan des archives de Turin elle est notée"tapeceria"

Entre la Giandola et Saorge la route effectuait un bref passage en rive gauche de la Roya au lieudit sur la carte de Saluzzo « ponte gemilioni », ponts jumeaux,

Les lieux ont peu été modifiés par la création du viaduc en aval du tunnel sud  de Saorge.

Pont aval "gemilioni":

De gauche à droite: voutes aval rive droite

détail engravures pont

détail voutes rive droite, en bas à gauche perré

aqueduc présumé

En amont du pont moderne métallique, on peut voir en rive droite un mur et deux arches anciennes dont l’une a été renforcée pour soutenir la route moderne c’est à dire celle qui existait avant la construction du tunnel et qui restait en rive droite. Ce mur est probablement le départ du pont aval des « ponte gemilioni » On distingue quatre trous de boulins et sept grosses encoches (quatre visibles sur la photo) et qui représentent le support en rive droite des coffrages du cintre . La Roya fait  à cet endroit une quinzaine de mètres de large. En rive gauche on voit un morceau de perré et des traces de maçonnerie. L’assise du tronçon de route en rive gauche est bien visible et on voit une partie du parapet ancien. Les ponts aval et amont sont séparés par quelques dizaines de mètres.

Sur une gravure publiée par Charles Botton et Jean Gaber () page 148 on peut voir les deux ponts de Gémion.  Si comme probablement cette gravure est une vue vers l'aval, on voit à gauche des arches qui pourraient appartenir à un aqueduc.

Or immédiatement en aval du nouveau pont métallique sur la rive gauche on voit les arches d'un aqueduc.

Il est probable qu'il s'agit de la suite de celui qui figure sur la gravure.

De gauche à droite:

Pont "gemilioni" amont moderne

départ voute en pierre et ancrages cintre

voute sous le route ancienne et départ voute en pierre du pont ancien

A une dizaine de mètres en aval du pont  de Gémion (refait), on voit bien en rive droite la culée du pont ancien avec six trous pour fixer le départ du cintre du pont en pierre.

Ce pont a été aussi dénommé pont Djeumion en saorgien  ou Gémion (déformation peut être de gemilioni). Le bref passage en rive gauche de la route était justifié par la présence d’une falaise très importante côté rive droite de la Roya comme en amont de Viévola, et un peu moins proche de la rivière en rive gauche.

 

Sur la carte de saluzzo, le pont sur la Bendola en aval de Saorge était signalé « ponte della Bendola » où la route passait en rive gauche. Au niveau du pont de la Bendola, côté rive droite, en amont du pont récent on voit deux traces de ponts anciens. La maçonnerie de la culée contre la culée du pont actuel en rive droite appartient probablement à la route royale et celle de la culée immédiatement en amont à  un pont plus moderne.

En rive gauche les traces d’ouvrages anciens ont été effacées par la construction de la culée rive gauche du pont moderne.

En amont du pont actuel et côté rive droite de la Bendola on observe des ruines de bâtiment. Il s’agit d’un ancien relais ayant appartenu à une famille connue de Breil, mais qui ne semblait pas pourvu d’écurie.

De gauche à droite:

relais de la Bendola

Pont de la Bendola RD

pont commun départ voute du pont RG

voutes route RG

On peut suivre la route en rive gauche jusqu’au pont du Commun dont il subsiste la culée rive gauche avec des trous pour le cintre, la pile centrale et la culée rive droite. On voit également les arches de soutènement de la route en rive gauche. Au débouché de la route en rive droite se trouvait la chapelle de Beato Amedeo détruite en 1950, qu’on peut reconnaitre sur d’anciennes gravures. Au départ du chemin vers le fort de Marth et à droite on voit un morceau de maçonnerie au mortier mais il est difficile de dire s’il s’agit d’un reste de la chapelle

Au niveau de Saorge deux grands panneaux gravés dans le rocher largement décrits par ailleurs rappellent les travaux de création et d’amélioration du passage, le premier sur la rive gauche de la Roya célèbre la création du grand chemin ducal vers 1592 longuement décrit par Charles Botton et Michel Braun () page 16 et 17. La seconde plaque sur la rive droite de la Roya a été gravée en l’honneur de la création de la route royale peu avant la révolution française. Elle est décrite en détail par Charles Botton et Michel Braun () page 25.

Sur un dessin d'Albanis Beaumont gravé par Apostool, Londres 1796, bibliothèque de Cessole, exposition CAUE des Alpes Maritimes Real Strrada, souvent mentionnée et notamment par Edmond Mari () page 39, sous le titre "Gorges de Saorge et Pont de l'Inscription", on voit une passerelle traverser la Roya au droit de la grande plaque de la rive gauche.

On voit aussi le chemin se poursuivre vers l'amont en corniche, côté rive gauche. Il s'agit probablement de l'ancien chemin ducal.

Le futur président des Etats Unis, Thomas Jefferson 1743-1826 (), a décrit avec emphase le passage de Saorge, dans une lettre du 1er juillet 1787:

« ….quand vous vous rendrez en Italie, vous devez passer par le Cole de Tende. Il vous est possible de vous rendre dans votre voiture au grand trot, de Nice à Turin, comme s’il n’existait pas de montagnes ; mais tenez votre palette et votre crayon prêts, car vous serez certaine de vous arrêter au passage au château de Saorge. Imaginez, Madame, un château et un village face à face, suspendus à un nuage. D’un côté une montagne verticale, entaillée pour laisser le passage à un cours d’eu mugissant, de l’autre une rivière sur laquelle est jeté un pont magnifique, le tout formant une cuvette dont les bords sont hérissés de roches et tapissés d’oliviers, de vignes, de troupeaux, etc…

F. Gaziello  qui a publié la traduction  de cette lettre () page 116, indique  que plus loin Jefferson remarquait « cette route est probablement le plus grand travail de cette sorte qui ait jamais été exécuté dans les temps anciens ou modernes. Et elle n’a pas couté autant qu’une seule année de guerre »

 

Diverses gravures montrent le passage des gorges dans le livre de Charles Botton et Jean Gaber page 148 et 149.

 Sur la carte de Saluzzo les deux plaques dans la falaise sont signalées (iscrizion vecchia sur la rive gauche et iscrizion nuova sur la rive droite). La route traversait deux fois la Roya en aval d’Ambo, peut être pour éviter le confluent du vallon de Cairos et se trouvait donc en rive droite jusqu’à Fontan « Fontano ».

Au droit de la plaque qui se trouve en rive gauche, on peut voir sur un dessin d'Albanis Beaumont, gravé par Apostool, Londres 1795, une passerelle avec une amorce de chemin dans la falaise en rive gauche. Cette gravure est présentée par Edmond Mari () page 39 et le pont  est nommé pont de l'Inscription. Exposition CAUE des Alpes Maritimes Real Strada

Ci dessus de gauche à droite:

départ pont d'ambo sud (pont de Cairos)

engravures départ voute pont d'ambo nord rive droite

Restes du départ du pont d'Ambo rive droite

Traces de soutènement en rive droite en aval du pont de Cairos

Côté aval du pont de Cairos, et immédiatement à l’ouest du pont actuel on voit les traces du départ du pont ancien. Côté nord du pont et en rive gauche de la rivière on observe un reste de mur de soutènement à une dizaine de mètres à l’ouest de la route.

Ambo signifie deux en italien.

Au quartier Nocé, selon les informations de Charles Botton () dans l’Histoire de Saorge, page 138 et 139, sur la rive droite en amont de Saorge se trouve une maison où s’est arrêtée la Princesse Marie Louise Gabrielle de Savoie, future Reine d’Espagne et épouse de Philippe V, le 17 septembre 1701 donc avant la création de la route royale. Le lendemain c’était le légat du Pape qui passait au même endroit. Cette maison a probablement servi de relai plus tard sur la route royale.

Au niveau d’Ambo les lieux ont été très modifiés par suite des destructions de la deuxième guerre mondiale.

Sur d’anciennes photos on peut voir le pont qui a précédé le pont actuel qui comportait deux arches, et n’était pas perpendiculaire à la rivière, peut être pour bénéficier d’un sol rocheux au centre de la Roya découvert aux basses eaux pour  y asseoir une pile centrale.

Sur la rive gauche assez basse à cet endroit on observe des restes de maçonnerie dispersés sur la plage, à l’ouest de la culée aval du pont actuel.

Sur la rive droite on peut voir la culée du pont détruit lors de la seconde guerre mondiale et un certain nombre d’engravures dans la paroi rocheuse immédiatement en aval  ayant servi pour les assises du soutènement  de la culée rive droite de la route royale

Entre Ambo et Fontan un pont est signalé « Ponte du Campanine ».

Il ne concernait pas la route mais un chemin qui passait en rive gauche en amont de ce point. Il s’agit du pont de Campanet photographié par Charles Botton ()

Charles Botton et Jean Gruber dans leur livre sur Saorge ont recueilli de nombreuses gravures anciennes montrant divers aspects du passage des gorges.

A Fontan une grande construction à l’entrée du village à gauche présente deux grandes portes voûtées. Etait-ce un relais ? La douane était à la sortie du village côté amont après 1860. On voit encore dans un bureau attenant à la station service le guichet de la douane mais ceci après 1860. Sur le bâtiment de gauche en montant, en face de la station service on voit des inscriptions très effacées peintes en italien sur les portes et fenêtres.

La création de Fontan a été motivée par la nécessité de créer un relai supplémentaire sur la route entre la Giandola et Tende.

Cette question a été développée par ailleurs.

Voir aussi: Fontan murs et linteaux

Sur la photo de la page 49 du livre de Charles Botton et Michel Braun sur le Col de Tende, on distingue sur la bâche de la diligence arrêtée devant la douane « So … .Corriera Vintimiglia… »

A Fontan à la sortie nord du village en face de la station service on peut voir un bâtiment qui a été occupé par des militaires italiens avec des devises peintes en italien

A quelques kilomètres au nord du village au niveau de l’usine électrique se trouvait la frontière entre les années 1860 et 1947 au vallon de Groa en rive gauche et de Paganin en rive droite.

Les indications données par PCAM () au sujet de l’ancienne frontière au nord de Fontan n’ont pas été localisées.

En aval de Saint Dalmas l'ancien pont permettant de traverser le ruisseau de Bieugne n'a paa été retrouvé. En rive gauche du ruisseau de Bieugne et immédiatement en amont du pont moderne on voit de la maçonnerie sous un gros rocher, mais c'est peut être un simple soutènement

A Saint Dalmas de Tende  « S. Dalmasso » les lieux ont été très modifiés par la construction de la gare  et de la voie ferrée, et le relais probable n’a pas été localisé encore.

Cependant en 1890 le monastère, actuellement relais du Prieuré,  était bien signalé en contre bas de la route ce qui est encore le cas (mais côté gauche  par erreur sans doute)

A Saint Dalmas de Tende Jean Bernard Lacroix mentionne le pont du prêtre Joanini mais il s’agissait peut-être du pont pour aller à La Brigue. En amont de Saint Dalmas un pont ancien traverse la rivière mais il ne semble pas appartenir à la route royale qui restait en rive droite. La justification de ce beau pont n’a pas encore été trouvée.

En aval du virage des anciennes carrières, entre la vallon de Coué qui porte toujours ce nom et le vallon de Cialestrele maintenant dénommé Célestrèle, est mentionnée une chapelle S. Gerolamo sur la carte de 1763

Sur la carte de Saluzzo est indiqué un pont « dit Ponte delle Castre » à hauteur des anciennes carrières qui se trouvent en rive gauche dans le coude de la rivière. Comme la route restait à cet endroit en rive droite il s’agit d’un pont sur le ruisseau Célestrière.

On peut voir ce pont sous la route actuelle au droit du pont qui accède aux carrières en rive gauche.

C'est un pont en demi cintre de 1.50m environ d'ouverture entre piédroits.

En aval de Tende, d'après la carte de Saluzzo, la Roya était franchie deux fois : « ponte di Gateirola  » pour passer en rive gauche correspondant à peu près au pont des neuf arches actuel, probablement, puis « ponte del Orsello  » pour repasser en rive droite jusqu’à Tende « Tenda ».

Sur la carte de 1763 la voie reste en rive gauche. La modification a du être réalisée pour passer en rive droite un peu avant la fin du XVIIIème siècle, et pour passer en aval du village afin d'éviter des encombrements inextricables.

On peut se demander pourquoi cette double traversée alors qu’en rive droite il ne semble pas qu’il y ait eu d’obstacle majeur. En rive droite de la Roya se trouve une petite route dite  « camin frusto » Il s’agit de la route antérieure à la route royale car elle permet d’accéder à la rue principale ancienne du village.

Ci dessus photo du pont de la borne 52

Au bord de la petite route en rive droite peu après le dépôt de la DDE en amont se trouve une ancienne chapelle qui appartient à une propriété privée. Un peu plus loin se trouve le pont de la borne 52 bien entretenu en 2010

Sur la gravure de la page 26 du livre de Charles Botton et Michel Braun (), datant peut être du XVIIIème siècle on voit au premier plan un pont en ruines. Il pourrait s’agir du pont au niveau de la borne 52, à ce moment en ruines mais bien restauré aujourd’hui. Sur la carte de Saluzzo et sur la carte de 1763 il est mentionné "ponte di Cascirola".

Sur la même gravure on ne distingue pas de ruines de la chapelle Saint Lazare, mentionnée par contre sur la carte de 1763

Sur celle ci il est fait mention de deux chapelles: S.Croce et plus en aval S. Madalena. C'est probablement celle-ci qui correspond à la chapelle désaffectée. Quant au pont de la borne 52 il correspond à un ancien chemin vers la Brigue qui existe toujours et est en partie carrossable. C'est le GR 52 A.

De gauche à droite: la chapelle désaffectée et la chapelle Saint Lazare. En poursuivant le « camin frusto » on observe sur un petit promontoire à droite les restes de la chapelle Saint Lazare (x=1020.910, y=3211.440, z=795) qui se réduisent à un simple mur avec des amorces de retour.

Cette chapelle du XIème siècle est orientée à l’est. Elle aurait été détruite en 1837.

Mais selon un texte anonyme traduit en 1957 par Antoine Giglielmi elle aurait été consacrée en 690. Voir Les annales de la Roya Bevera 2012 page 60. Selon cet auteur elle aurait été abandonnée en 1765 après diverses tribulations. La petite route est maintenant raccordée en rive droite du pont routier à la route principale, mais à l’époque de l’utilisation du chemin il y avait là des prés. On voit que le pont de l’Orsello a deux arches, parait être en aval de grands bâtiments. S’agit-il de l’ancien hôpital Saint Lazare ?

Sous le pont actuel de la route en entrant dans Tende, en rive droite on voit des vestiges de maçonnerie ; le pont de l’Orsello aurait pu être à l’emplacement du pont actuel.

Il faudrait pouvoir étudier d’autres documents pour clarifier cette question.

Photo de gauche: le départ du pont en rive droite à l'entrée de Tende

A Tende - photo de droite - le relais était probablement à l’Hôtel National mentionné en 1890 ().

           

Rue Beatrice Lascaris on remarque de nombreuses portes cochères qui auraient pu servir de relais et d’écuries. La rue est assez large ce qui facilitait les manœuvres.

Dans le village on voit d’autres écuries mais certaines n’étaient pas réservées aux mulets ou à remiser les diligences.

 

A Tende dans le quartier sur la rive gauche de la Roya on voit de nombreuses inscriptions relatives à la période du rattachement après la seconde guerre mondiale.

 

Bibliographie

Banaudo José, Le Haut Pays N° 69 Juillet 2007

Botton Charles et Braun Michel, le col de Tende, éditions du Cabri 1991

Botton Charles et Jean Gaber – Histoire de Saorge et de Fontan, éditions du Cabri 2009

Carte de Bourcet milieu du XVIIIème siècle

Carte de 1763 - Carte Top  A e B, Nizza

Casalis Georges - Dizionario geografico storico statistico commerciale compilato per cura del Professore e Dottore di Belle Lettere - 1850 Turin

Gaziello F. Nice Historique N° 166 page 116 et 117, lettre de Thomas Jefferson à Maria Cosway, extrait de : the papers of Jefferson , université de Princeton USA 1955

Hare AJC, South Eastern France, George Allen 8 Bell Yard,Temple Bar London, and Sunnyside Orpington

Jefferson  Thomas 13 avril 1743 – 4 juillet 1826 président des Etats Unis de 1801 à 1806, ministre en France de 1785 à 1789

Non signé « Routes d’Antibes à Coni et de Coni à Asti, et la traverse d’Antibes à Barcelonnette » Ce texte est un rapport extrait de la collection du Ministère de la défense, SHD, département de l’armée de terre, 1 VD 34 art 4 sect 1 parag 5, 4°  C1, N°13,

Lacroix Jean Bernard – les ponts des Alpes Maritimes du Moyen Age au XXème siècle – Nice

Historique octobre Décembre 2005

Mari Edmond - Batisseurs de l'impossible - 1994

PCAM - Patrimoine des communes des Alpes Maritimes éditions Flohic 2001

Sillons, les cartes postales racontent les Alpes du Sud, éditions Serre 1979

Strada Real Cahier des Alpes maritimes N° 10 brochure du CAUE 1993

Wagner –les travaux du tunnel de Tende en 1878 www.archeo-alpi-maritimi.com

(dossier Histoire)

Voir aussi:

Generalites sur la route royale

Route royale Nice Escarene

Route royale Escarene Sospel

Route royale Sospel Giandola