Point du Ramingao ŗ Roquebrune Cap-Martin

LOUISE DE MIRABEAU SELON HAWKINS ()

Mise à jour juin 2023

 

Préambule
Divers ouvrages ont été écrits sur cette sulfureuse marquise et son environnement et notamment :

« Louise de Mirabeau marquise de Cabris 1752-1807 » par Dauphin Meunier – Emile Paul Frères éditeur Paris 1914

« Louise de Mirabeau la marquise rebelle » par William Luret et Jean Sicardi 15 octobre 2002

On peut lire aussi : « le marquisat de Cabris » par Pierre Jacques du Castel – TAC motifs 1991

 

Mais Charlotte Dempster Hawkins a longtemps vécu à Cannes au XIXème siècle ; elle avait des relations à Grasse et elle a probablement été en contact avec des personnes qui avaient

connu la marquise ou entendu parler de cette personne

 

Traduction page 90 et suivantes

 

Quand Marie Catherine Louise de Mirabeau marquise de Cabris régna sur cette grosse et sombre maison près des escaliers du Cours qui est encore connue comme hôtel Mirabeau, la vie n’a jamais manqué d’incidents ou de scandales. Louise était la plus jeune et la plus proche des sœurs de l’orateur. Elle avait le même don d’éloquence, le même pouvoir d’attirer des amis ou de se faire des ennemis, la même impudence et la même énergie sans repos. Sa sœur ainée était religieuse dans un couvent de Montargis et l’autre, Madame de Saillans avait moins de dons singuliers que Louise ou même que leurs parents qui avaient fait la risée de toute l’Europe avec l’histoire de leurs disputes inconvenantes.

Louise alors qu’elle était encore très jeune fille fut mariée à un bonhomme mal assorti, Jean Paul de Clapiers, marquis de Cabris fils d’une coléreuse marquise qui vivait dans la maison de famille en ville et qui n’avait pas lieu d’être fière de son descendant.

En partie fripon et en partie idiot, les vices et les imaginations impies de ce marquis l’entrainaient parfois dans des attaques d’authentique folie.

Son mariage avec une fille qui joignait toute la violence des Mirabeau à toutes les licences des Vassans fut très malheureux et pas près d’être amendé par les amours de Louise avec un certain inqualifiable coquin, Denis Jean Augustin de Janserandy de Verdache, coseigneur de Briançon ou encore par l’apparition à Grasse de son frère l’orateur, Honoré de Mirabeau âgé de vingt-quatre ans et déjà marié. Il était sous lettre de cachet dans la terne ville de Manosque près des terres paternelles et du Chateau de Mirabeau.

Il brisa soudain ses liens et se présenta lui-même à la maison de sa sœur.

Quand deux jours après, on vit les murs de Grasse placardés avec un indécent pamphlet aux frais de toutes les dames du voisinage, il ne parut pas extraordinaire que cette publication fût en rapport dans l’esprit des gens avec l’aventure d’encore un de ses enfants dont leur père le marquis de Mirabeau déclara une fois que jamais il n’avait rien vu de pareil qu’eux.

Tout Grasse discuta ce pamphlet. Les juristes du Cours prédirent les affaires célèbres qui ne manqueraient pas de s’ensuivre et même les nonnes derrière leur clôture, qui devaient en savoir plus, spéculèrent au sujet de leur auteur.

Monsieur de Villeneuve Mouans dit qu’à son avis personne ne pouvait être fautif si ce n’est Mirabeau et sa triste sœur.

Le frère et la sœur, qui furent en vérité autant surpris que leurs voisins, furent déterminés à se venger de l’homme qui avait pris cette liberté avec leurs noms.

Ce qu’ils étaient décidés à faire devait être fait rapidement car non seulement Honoré était en rupture de ban, mais il était concerné par une autre affaire dans le voisinage.

Il était en réalité venu dans le sud pour voir s’il pouvait arranger un mariage entre Mademoiselle de Villeneuve Tourrêtes avec un homme du nom de Gassaud qu’il suspectait à tort ou à raison d’être un admirateur de sa propre femme née Mademoiselle de Marignan. Il alla donc à Vence consulter l’aimable Sophie de Vence mais il trouva aussi le temps pour se rendre lui-même célèbre dans la Provence maritime.

Sa sœur et lui arrangèrent un petit déjeuner dans la campagne sous un palmier qui est encore supposé marquer l’endroit près de Mouans.

Les couverts furent mis pour quatre car Louise était accompagnée de son amant de Briançon et pour amuser son frère, Louise avait invité une certaine Mademoiselle de la Tour-Roumoule dont il était supposé être un admirateur.

Après le petit déjeuner ils marchèrent en direction de Mouans et à environ 12 heures 30, ils rencontrèrent Monsieur de Villeneuve. C’était un homme âgé, tête nue mais avec une ombrelle au-dessus de sa tête qui était à ce moment en train de surveiller le travail de quelques ouvriers.

Mirabeau se jeta sur lui et le battit de la manière la plus sauvage.

Un tel acte ne pouvait rester impuni. Monsieur de Villeneuve mit cette affaire dans les mains du tribunal et l’absence illégale de Mirabeau ne fit qu’augmenter le scandale de ce procès.

Tous les papiers s’y référant sont encore en possession du notaire dont les ancêtres s’occupèrent des affaires de la famille de Cabris.

Les détails de cette affaire sont, m’a-t-on dit, d’une indicible grossièreté mais cela n’excuse pas le fait d’apprendre que la sale pasquinade qui a provoqué toute la rumeur émanait en réalité de la plume du demi fou et complètement immoral marquis Jean Paul de Clapières-Cabris.

La rupture entre Louise et sa famille était maintenant complète. Son père qui aimait se quereller de son côté, quels qu’aient pu être les motifs, prit l’affaire en mains et fit ce qu’il pouvait difficilement éviter de faire contre la Maitresse de Briançon. Il obtint une autre lettre de cachet mais cette fois pour Louise qui fut envoyée à Sisteron afin de se repentir à loisir de ses péchés dans un couvent d’Ursulines. Son fou de mari et leur seule enfant (depuis madame de Novailles) vivaient à Grasse avec la douairière et Honoré après avoir remarqué que dans cette affaire toutes les parties avaient été bêtes partit à Aix.

Quand il s’en vint à solliciter les suffrages de ses égaux dans la cité, il se trouva que l’outrage de Mouans n’était en rien oublié ici et il se présenta en vain, de sorte que ce fut seulement comme représentant du Tiers Etat dans la sénéchaussée d’Aix qu’il fut élu comme député et pour la première fois se plongea dans les profondeurs de la politique révolutionnaire.

Louise pendant ce temps semait le trouble à Sisteron comme elle l’avait fait à Grasse.

Les Ursulines eurent bientôt raison de regretter la charge de cette femme qui à cause de ses différents procès à mener invitait tous les hommes de loi du district dans sa maison et à sa table. Cela, disait-elle, c’était pour le travail, mais en même temps elle invitait la garnison, admettant cette fois qu’elle le faisait par plaisir.

Elle racontait de telles anecdotes qui effrayaient non seulement les bonnes sœurs, mais à ce moment Sisteron se divisa en deux camps au sujet de sa réputation.

Mais la plupart des gens qui parlaient d’elle disaient que c’était une vipère.

Elle avait cependant assez d’amis et témoins pour la soutenir, et après quelques mois remplis des incidents les plus surprenants elle s’occupa de se faire relever de sa condamnation, et de laisser aux Ursulines de Sisteron un repos bien mérité pour retourner chez ses parents.

Louise était vraiment une femme extraordinaire. Si elle avait les appétits grossiers de sa mère et une langue bien pendue, elle avait comme son père de vigoureux gouts intellectuels et sa correspondance avec des hommes célèbres (1) permet de mettre en évidence un aspect de son caractère versatile, un aspect sans lequel un aperçu de la société de Grasse à la fin du dix-huitième siècle serait très incomplète.

Les années 1788-89 la trouvèrent à Grasse au milieu de ce qu’elle appelait les effervescences d’une foule qui attaquait son château et menaçait sa propriété.

Louise bien que souvent sur le penchant du plaisir avait un esprit tellement réaliste qu’elle se plaignait fort du danger de son habitation de Cabris et prit des mesures en conséquence.

Elle se débarrassa de tous ses papiers de Grasse, les plaça chez son avocat et les fit tous inventorier et enregistrer, dans l’espoir disait-elle qu’il lui serait possible un jour d’être réintégrée dans ses droits et dépendances.

Ce jour n’arriva jamais mais des jours plus sombres menaçaient.

Son mari s’enfuit, la populace s’accoutuma au succès et au crime, la Société se ferma (comme un golfe) sur l’ancien régime.

L’esprit, la galanterie et la bonne compagnie disparurent du Cours à Grasse ainsi que le Chapitre car Mirabeau étant mort, le trône et l’autel n’avaient rien de plus à espérer. L’évêque de Grasse vivait d’aumônes en exil.

Les prisons de Draguignan se remplirent progressivement de détenus publics et privés mélangés pour des raisons nationales

Vingt et un jugements furent prononcés à Grasse contre les émigrés.

Louise elle-même dut s’enfuir de la ville dont les passions révolutionnaires furent justement représentées par Isnard.

L’espoir et les émigrés priaient pour retourner en France après dix ans de pauvreté et d’abandon par les pouvoirs qui reconnaissaient le nouveau régime. Ils nourrissaient un espoir qui dans bien des cas ne se réalisa jamais.

Quelques familles furent réellement exterminées, tous ceux que la guillotine, le vol, les terres de Vendée avaient laissées succombant à la fatigue, à la pénurie, aux fièvres putrides de leurs logements et malades d’un espoir qui s’éloignait.

Louise ainsi que son mari furent de ceux qui vivaient pour retourner pour une autre vie, tellement différente sauf que leurs propres pires et plus extravagantes qualités furent reproduites à travers leur seule fille mariée.

Mais le temps arriva enfin, en faisant de Louise ce que jamais ni les cloches du couvent ni les lettres de cachet ni sa belle-mère n’avaient été capables de faire.

Il l’apprivoisa ;

 Ce n’est pas pour rien qu’elle avait traversé le torrent de sang qui la séparait du monde qu’elle avait quitté pour le seuil d’un monde où elle allait se couler, sans pitié et inconnu.

Elle ne retourna ni à Grasse ni à Cabris, scènes de son extravagance et de ses fautes mais à la source de son étrange famille, les ruines de Mirabeau.

Les paysans avaient saccagé le château ; mais avec les pierres qu’elle recueillit elle se construisit elle-même une maison et là avec la plus grande patience et dévotion elle s’occupa de son misérable mari tombé en enfance et là, clôturant son temps de volupté, elle mourut.

Grasse et son petit Trianon décoré de têtes de chèvres sur les alcôves, elle ne le revit jamais et de son château de Cabris il ne reste maintenant que quelques voutes où les paysans stockent leur foin et quelques verts monticules escarpés que sautent et parcourent les chèvres

 

Note d’Hawkins

 

Ses lettres comme le reste des papiers de Mirabeau furent placés entre les mains de Monsieur et Madame de Loménie. Les décès de ces deux personnes douées et charmantes ont retardé la publication des mémoires et surpris bien des coeurs

 

Notes

 

Sur Internet on peut lire l’histoire de l’hôtel de Clapiers Cabris

L’épouse d’Honoré Mirabeau aussi prénommé Gabriel était née Emilie de Covet de Marignane

William Luret et Jean Sicardi ont publié en annexe de leur livre page 376 le texte du fameux pamphlet

Louis de Loménie en 1879 1891 a consacré un livre aux Mirabeau – Nouvelles études sur la société française au XVIIIème siècle consultable sur Internet. Avait-il un rapport avec les Loménie cités par Charlotte Dempster Hawkins?

Il cite notamment Louise de Mirabeau et la construction qu’elle fit édifier avec les pierres issues des ruines du chateau de Mirabeau sur la Durance