Point du Ramingao ŗ Roquebrune Cap-Martin

LE REVOLUTIONNAIRE ARMAND BARBES

Mise à jour mai 2023

De gauche à droite: deux jours d'un condamné à mort, page de garde du livre, photo 1848 en buste, photo 1848 en pied, photo de soucription

Extraits de sa biographie par son arrière petit neveu Roger Merle ()

 

Il est né le 18 septembre 1809 à Pointe à Pitre (Guadeloupe), d’une famille originaire de Capendu dans l’Aude.

Il était le fils d’Auguste Barbès né en 1869 à Capendu, docteur en médecine, engagé dans le corps sanitaire d’Egypte, puis médecin chef des hôpitaux de Marie Galante puis Pointe à Pitre, époux (en 1805 ?) de Marguerite Berbas (curieux anagramme).

Auguste et Marie ont eu pour enfants : Armand, Augusta devenue Madame Carles, Louis.

La famille est revenue sous la restauration au château de Fourtou près de Villalier dans l’Aude.

Armand Barbès a été au collège de Soreze jusqu‘en 1828.

Départ en 1832 pour Paris.

Influence de Blanqui à partir de 1834. Il est inquiété au moment de la révolte des canuts à Lyon

A été condamné à mort le 12 juillet 1839 suite à ses actions révolutionnaires. 

Gracié au moment d’être guillotiné le 14 juillet 1839 par Louis Philippe sur l’intervention de Lamartine, Victor Hugo et de sa sœur Augusta auprès de la reine Marie Amélie.

Condamné à perpétuité en compagnie de Blanqui et d’autres

Emprisonné au mont Saint Michel.

Le 26 janvier 1843, transféré à Nîmes

80 jours de liberté sous la révolution de 1848.

Correspondance suivie avec George Sand de 1848 à 1870. Il était lié avec elle par une grande amitié et peut être plus, ce qui est incertain, quand il n’était pas en prison. Elle a souvent essayé de la modérer, et a critiqué ses excès.

Elu représentant du peuple à l’Assemblée nationale et colonel de la 12ème légion de la garde nationale

Emprisonné le 15 mai 1848 à Vincennes suite à un coup d’état improvisé et manqué

Condamné à la déportation perpétuelle.

Enfermé à Doullens près d’Amiens.

En 1850 transféré à Belle Isle.

Gracié par Napoléon III le 5 octobre 1854 en partie suite à ses positions pour la guerre de Crimée

Exilé à partir du 14 octobre 1854 en Belgique, puis Hollande, Genève, Barcelone, Portugal, Londres, et retour à la Haye en 1856. Malgré sa célébrité à l’époque, plusieurs pays ne souhaitaient pas l’avoir sur leur territoire.

Mort à la Haye le 26 juin 1870.

Inhumé à Fourtou près de Carcassonne en 1885.

 

La bibliothèque administrative de la ville de Paris possède de nombreux documents sur Armand Barbès dont certains sont cités ci-dessous

 

 

Note :

 

Armand Barbès a fait l’objet d’un article dans le journal l’Avenir de Nice le 22 octobre 1854 dont copie ci-joint consultable sur Internet, ainsi que dans le Journal de Nice du 30 juin 1870 à l’occasion de son décès et du 3 juillet 1870 ci-joint également consultables sur Internet.

Il n’avait pas de lien particulier avec les Alpes Maritimes qui d’ailleurs à cette époque n’étaient pas françaises.

Cependant une partie de ses actions a eu lieu en compagnie d’Auguste Blanqui fils du sous-préfet de Puget Théniers.

Armand Barbès a beaucoup souffert de la cohabitation en prison avec Auguste Blanqui qui fut son âme damnée et dont il était devenu l’ennemi.

Le Journal Avenir de Nice                                          

 

Nice le 22 octobre 1854

 

BARBES

 

Barbès est l’une des personnifications les plus ardentes et les plus pures de la passion révolutionnaire dans notre temps. Personne n’a montré un dévouement plus héroique et plus désintéressé à ses convictions.

S’il a commis de grandes fautes comme par exemple la part qu’il prit à la fatale journée du 15 mai 1848, où des républicains donnèrent eux-mêmes l’exemple de la violation d’une assemblée dans laquelle s’incarnait la souveraineté nationale et préparèrent la voie au coup d’état, du moins on ne l’accusera jamais d’avoir obéi à l’ambition personnelle. Jamais aucune de ces suspicions qui ont atteint la plupart des chefs de la démocratie militante et qui ont plus ou moins déconsidéré aux yeux de leur propre parti, n’aura prise sur le nom de Barbès.

Sa vie politique n’a été qu’une lutte et un martyre continuels. (1)

Dès 1831 Barbès adolescent était arrêté aux affaires d’avril et subissait une captivité de plusieurs années. Cela ne l’empêcha pas d’organiser et de diriger l’échauffourée de 1839. Pris les armes à la main, Barbès fut condamné à mort. Louis Philippe commua sa peine et il demeura en prison, si nous ne nous trompons pas, jusqu’à la révolution de février qui lui rendit la liberté et lui donna une place parmi les hommes les plus populaires du moment. Il fut élu représentant à la Constituante et colonel de la 12ème légion de la garde nationale de Paris.

Nous ne pouvons toutefois nous empêcher de faire ici une remarque. Ce ne sont presque jamais les hommes qui ont fait de la révolution le but spécial et unique de leur vie qui concourent directement à l’accomplir lorsque le moment est venu.

Ce métier de conspirateurs en permanence que certains patriotes croient devoir prendre n’a d’autre résultat que de les perdre eux-mêmes, de priver par là la part démocratique d’intrépides soldats et de fournir aux réactions les moyens et le prétexte de se fortifier. C’est le rôle que Mazzini fait jouer à bien des patriotes italiens au grand détriment de la cause qu’ils imaginent faire triompher. Barbès à notre avis n’a donc pas rendu grand service à la révolution en y travaillant contre vents et marées par conspiration et coups de mains et l’on pourrait même dire qu’il lui a nui et qu’il doit prendre sa part de responsabilité dans le triste dénouement qui est échu à la seconde république française. Mais si Barbès a obéi à de funestes illusions et a montré toujours plus d’audace que de sens et de coup d’œil, on ne saurait lui refuser les qualités d’un noble cœur et d’un caractère chevaleresque. Son âme est une glace que l’égoisme et les lâches sentiments n’ont jamais ternie. Les faits récents qui viennent ramener sur lui l’attention publique ne feront qu’ajouter à l’estime et à la sympathie générales qu’il inspire.  Une lettre écrite par Barbès à un ami contenait un blâme contre cette façon d’envisager la guerre d’Orient de la part de certains démocrates, que nous avons-nous mêmes plus d’une fois combattue. Cette lettre fut communiquée on ne sait par qui et comment à l’empereur.

L’empereur de décembre crut devoir récompenser les sentiments patriotiques manifestés par Barbès en lui faisant spontanément grâce et en ordonnant qu’on lui ouvrît les portes de la prison. Il y avait probablement plus de calcul que de générosité dans cet acte. C’était un argument à l’adresse des républicains intraitables qui vont jusqu’à déplorer les triomphes des drapeaux français en Orient pour l’accroissement de popularité et de puissance en rejaillissant sur le gouvernement impérial, qui se figurent que si les armées du Czar étaient victorieuses il en résulterait une guerre de révolutions européennes

En tout cas, calcul ou générosité, la clémence est toujours bonne mais la fierté du proscrit s’en est irritée. La reconnaissance envers son ennemi lui a paru un fardeau trop lourd à porter. Certes cette susceptibilité est honorable. Elle sauve la dignité du prisonnier et lui rend le beau rôle.

Nous disons même que la protestation de Barbès était nécessaire pour le mettre à l’abri des accusations que l’ombrageuse défiance des proscrits n’aurait pas manqué de porter contre lui. On l’aurait tout au moins soupçonné d’avoir sollicité sa grâce. Toute l’Europe a lu ou lira la lettre énergique et dédaigneuse par laquelle Barbès repousse comme un affront le bienfait qu’on lui impose en quelque sorte. Cette lettre saisit d’abord par l’indomptable fermeté d’âme qu’elle révèle. Ce cri vibrant de la conscience sorti de la poitrine d’un homme déjà aux trois quarts tué par quinze à vingt ans de cachot, ce cri retentira au loin et vengera les républicains français de bien des calomnies. Pour tenir un pareil langage en face d’un ennemi tout puissant, il ne faut pas un médiocre courage ni de faibles convictions et à part toute question de parti, ce pauvre prisonnier repoussant la liberté comme un outrage et mettant l’indépendance morale au-dessus de sa vie est un grand spectacle.

 

1 – La vie privée de Barbès est plein d’actes des plus honorables. Né riche, il a employé une bonne partie de sa fortune à fonder dans son pays des écoles gratuites pour les enfants pauvres. Il y a quelques années, il refusa un héritage considérable qui lui était légué par un membre de sa famille parce que le défunt avait d’autres parents dans un état voisin de la misère

Journal de Nice du 30 juin 1870                                       

 

Mort de Barbès

 

Une dépêche télégraphique de la Haye datée du 26 juin, nous apprend la mort dans cette ville de M Armand Barbès qui a succombé aux graves atteintes de la maladie dont il souffrait depuis longtemps.

M Armand Barbès, né le 18 septembre 1809 à Pointe à Pitre, fut élevé au collège de Sorèse (Tarn) et se trouva très jeune encore, héritier de son père d’une fortune assez considérable amassée dans le commerce. Envoyé à Paris en 1830 pour faire ses études de Droit, il ne tarda pas à y manifester des intérêts révolutionnaires qui ont été ceux de toute sa vie. Devenu membre de plusieurs sociétés secrètes, il fut successivement compromis dans les troubles de 1834 et 1835. L’audacieuse tentative d’insurrection du 12 mai 1839 le fit envoyer devant la Cour des Pairs qui prononça contre lui la peine de mort, commuée par Louis Philippe en détention perpétuelle. Interné à Doullens puis à Nimes, M Barbès dut aux évènements de 1848 d’être rendu à la liberté.

Nommé alors Gouverneur du Luxembourg, puis Colonel de la 2ème légion de la Garde National de Paris, il fut appelé à représenter le Département de l’Aude à la Constituante où il ne siégea que peu de jours. On se  rappelle la part qu’il prit à l’attentat du 15 mai lorsqu’il résolut avec Blanqui, Raspail et Huber de constituer à l’Hôtel de Ville un Gouvernement révolutionnaire.

De Vincennes où il fut enfermé, il fut traduit devant la Haute Cour Nationale de Bourges, sous la prévention de complot tendant à renverser le Gouvernement Républicain. Condamné de nouveau le 2 avril 1849, à la déportation, il vit sa peine commuée, comme la première fois en détention perpétuelle, qu’il subit à Belle Isle jusqu’en 1854. Une lettre que Barbès écrivit à cette époque, lettre empreinte de sentiments vraiment patriotiques, lui mérita de la part de l’Empereur, sa mise en liberté. Arrivé à Paris il refus la faveur qui lui était accordée  et se constitua prisonnier.

Demeuré libre, malgré ses instances, il s’exila volontairement. Nous apprécierons plus tard  la vie politique de M Barbès.

 

Journal de Nice du 3 juillet 1870

 

Mjour 17 avril 202

 

… Barbès était le seul révolutionnaire qui tint à l’honneur d’usurper sur Victor Hugo le prestige de l’exil volontaire ? « Et s’il n’en reste qu’un je serai celui-là » s’était écrié l’auteur des Châtiments.

Il en restera deux, avait répliqué Barbès, et il alla s’établir à la Haye, après avoir éprouvé la clémence de l’Empereur en 1854. Barbès retenu depuis six ans à Belle Isle en Mer, à la suite de son audacieuse entreprise du 15 mai 1848, avait écrit à propos de la Campagne de Crimée, une lettre dans laquelle il manifestait les plus patriotiques sentiments.

Ce fait seul prouve combien les républicains de nos jours diffèrent de ceux d’autrefois.

L’Empereur eut connaissance de la lettre ; touché du langage de ce prisonnier qui faisait les vœux pour les armées françaises, sous un règne dont il avait maudit l’avènement, l’Empereur donna l’ordre de rendre à Barbès sa liberté. Barbès refusa cette grâce et vint se mettre à Paris à la disposition du préfet de Police. Je ne puis déférer à votre vœu, répondit simplement le préfet, je ne veux plus de vous.

Barbès fut alors libre contre son gré. Il prit le chemin de l’exil quoi qu’il pût vivre en France. C’est dans sa retraite de La Haye que depuis il a vécu et qu’il et mort, la santé ruinée par les souffrances et les maladies qu’il avait contractées dans les prisons.

Je n’entends que des dithyrambes en l’honneur de Barbès. Il faudrait cependant en rabattre. Barbès fut un honnête homme voilà tout. Par le temps qui court, c’est là un assez grand éloge ; mais après tout, l’homme qui reste honnête dans toutes les phases de son existence n’a fait pour lui-même que ce qu’il se devait et il n’appartient qu’à une époque démoralisée, d’une société pourrie de trouver quelque chose d’extraordinaire à un homme dont la seule vertu est d’être honnête.

Un parti peut s’honorer de Barbès, mais une nation n’a pas à s’enorgueillir d’un pareil citoyen. L’existence de Barbès s’est déroulée tout entière dans les conspirations. Il a conspiré contre Louis Philippe.

Condamné à mort à la suie de l’affaire Doineau, ce n’est qu’à l’intercession du Duc et et de la Duchesse d’Orléans qu’il a dû la vie.

Il a conspiré contre la République alors même la que, l’ayant appelée de ses vœux étaient réalisés. Il a conspiré partout et toujours, c'est-à-dire il a mal dépensé l’indomptable énergie et le grand cœur que la nature avait mis en lui.

Or tel était le caractère de Barbès que, né libre, riche et pouvant consacrer son existence à de meilleurs desseins, son instinct l’a sans cesse poussé vers des révoltes stériles.

Barbès appartient aujourd’hui à l’Histoire, mais l’Histoire sera sévère pour lui. Victor Hugo est maintenant le dernier exilé volontaire.

 

Bibliographie

 

Roger Merle, arrière petit neveu d’Armand Barbès, a écrit un livre sur lui sous le titre « Armand Barbès, un révolutionnaire romantique » paru aux éditions Privat de Toulouse, 14 rue des Arts, 1977. Ce livre est maintenant pratiquement introuvable.

 

On peut lire aussi un certain nombre de lettres que lui a écrites George Sand

Classiques Garnier

Tome XI (04-1852, 06-1854) N° 5748 Nohant 18 décembre 1852

Tome XII (07-1853, 06-1854) N° 6428 Paris 28 octobre 1854, N° 6468 Nohant 27 et 30 novembre 1854

Tome XVI N° 9220 Nohant 4 octobre 1861

Tome XVI N° 9343 Nohant 8 janvier 1861, N°9278 Nohant 1er décembre 1861

 

La révolution de 1848 Tome I - Armand Barbès Chapitre XI Paris éditions Cornély

 

Barbès et Blanqui à Belle Isle - Camille Leymarie Nouvelle revue N° 2  le 1er Juin 1898

 

Deux jours de condamnation à mort

Première édition 1848 J Bay ainé

Deuxième édition 1849 Pellet

Troisième édition 1870 Pagmère

Quatrième édition 1893 Boulanger

 

Notice sur la vie d’Armand Barbès, la révolution de 1848 N° 10 septembre octobre 1905 pages 209 à 219

 

Blanqui l’insurgé par Alain Decaux

 

Voir aussi étude de Malcolm Théoleyre sur Louis Leo Barbès né à Médéa (Algérie) mort en 1986 à Perpignan. C’était peut-être un parent mais pas un descendant.

 

Malcolm.Theoleyre@sciencespo.fr