On peut observe un curieux C goothique avec deux criochets à droite Le texte q  

Gravure des Blancons à Belvédère

DATATIONS GOTHIQUES GRAVEES ET GRAPHISMES PARTICULIERS


                  

Mise à jour juin 2013

Cette étude est destinée à faire progressivement un inventaire des sites et monuments, comportant des datations gothiques, qui sont assez courants en Ligurie et plus rares dans les Alpes Maritimes, à permettre de comparer des graphismes en fonction du temps.

En outre, comme ces dates sont dans bien des cas gravées à l’extérieur des bâtiments et soumises à de possibles dégradations dues notamment aux intempéries, les photos jointes à ce dossier peuvent être utiles pour la conservation de la mémoire.

Dans le cas de l’inscription extérieure du clocher de la Madone del Poggio à Saorge , par exemple, on ne peut pratiquement plus lire ce qui est gravé, et étudier le graphisme. La date serait MCCCCXI, selon Luigi Polvéré (). Voir dossier Internet: Saorge murs et linteaux

Les datations gothiques sont faites en chiffres romains mais avec des graphismes particuliers, susceptibles de variations, avec un emploi plus ou moins important de signes diacritiques ; (les signes diacritiques sont des signes de reconnaissance destinés à éviter les possibles confusions). Plus loin quand un point est mentionné il s’agit d’un point diacritique pour distinguer les lettres  ou groupes de lettres employés comme chiffres des lettres employées comme lettres.

On peut trouver également des chiffres arabes avec des chiffres romains, par exemple dans un tableau de Van Eyck daté : MCCCC 33.

La plus ancienne date répertoriée à ce jour est 1272 à Noli en Ligurie, et la plus récente 1550.

Pour la Ligurie beaucoup d’indications ont été empruntées à Franco Ferrero () avec son accord.

Il existe dans les Alpes Maritimes comme en Ligurie des tableaux ou figurent des dates, mais la plus ancienne datation sure serait celle de Montegrazie en Ligurie, 1433, soit un siècle après les premières dates gravées.

Comme les auteurs principaux sont Canavesio, les Brea, Baleison, actifs à partir de la deuxième moitié du XVème siècle, cela limite la variété des modes d’écriture, qui ne fait pas partie de cette étude.

Les dates repérées en Ligurie italienne sont citées en premier car plus nombreuses que dans les Alpes Maritimes.

LIGURIE


 

Ceriana

    

La date est 1510, avec 5 « C » à la suite au lieu du « D ».

Les lettres sont peu dessinées à part un renflement sur la gauche des « C ».

Le « M » est en cloche avec au dessus un point.

Voir Franco Ferrero () page 372

Civezza

           

Sur le mur de la chapelle Santa Brigida, entre Civezza et Dolcedo, on peut lire la date 1425. Le « M » est en cloche avec un point . Il est séparé des 4 « C » par un point. Les quatre « C sont constitués par un ovale complètement fermé avec deux pointes sur la droite . Il sont séparés des « X » par un point.

Un point  se trouve au dessus du dernier « C » , ainsi que sur le deuxième « X ».

Celui-ci est séparé par un point du « V » surmonté par un point.

Cosio d’Arroscia

 

             

La date est 1526. les caractères gothiques ont  presque disparu dans l’inscription qui est jointe à la date. On retrouve les 5 « C » successifs

Diano Castello

                            

On peut observer deux dates gravées dans la loggia municipale.

Sur l’une datée de 1366, le « M » à peine en cloche est surmonté d’un point. Les « C » sont barrés verticalement à droite et sont surmontés d’un point . Le « L » comporte une branche qui remonte à droite qui le fait ressembler à un « U »

Sur l’autre ( 13…), les dernières lettres sont difficilement lisibles. Le « M «  en cloche est surmonté d’un point  ainsi que les 3 « C » qui n’ont pas de barre verticale.

Dolcedo vallée du Prino au nord d’Imperia

           

Sur l’architrave dU 86 Via Mamelli datée de 1494, le « M » est en cloche cintrée avec le point, les 4 « C » sont assez anguleux , le L comporte une remontée à droite très marquée, le 4 « X » ont une barre presque verticale, et l’autre en « S » inversé, suivis de 4 « I »

Mendatica

      

Le caractère gothique de la date 1535 sur l’église est à peine marqué sauf pour le « M » en cloche. Il y a 5 "C" à la suite

Molini di Triora

 

   

Le « M » est en cloche avec un point au dessus, les 4 « C » sont anguleux mais simples. Le « L comporte une hampe en crosse à droite. Les 3 « X » ont au centre de la lettre une petite décoration du genre nœud de rosette. L « V » a également une petite rosette en bas.

Le matériau a permis de faire apparaître les lettres en saillie.

Noli

 

La date de 1272 figure sur une tombe en caractères romains gothiques. Elle est en caractères assez simples facilement lisibles avec un chapeau de gendarme sur le XX

 

Montegrosso

Le caractère gothique de la date 1535 est à peine marqué sauf pour le « M »  en cloche. Il y a 4 « C » à la suite.

Pornassio Ponti

 

Les lettres sont en saillie. Le « M » est un cercle avec une barre verticale dans l’axe.

Les pointes supérieures des 4 « C » sont prolongées comme à Terzorio.

Après les 4 « X » simples , les 7 « I » sont en forme de « S » inversé très légèrement marqué.

 

San Remo

         

Le style est très rustique. Le « M » est en cloche avec un point. Les 3 « C » ont une barre verticale et un point. Les « X » ont une barre presque horizontale.

Les groupes de lettres sont séparés par des points

Taggia

 

Dans la chapelle de droite de l'église du couvent des dominicains de Taggia se trouve une inscription gravée qui peut se transcrire par

"1472 DIE P(ri)MA MARCII CAPELLA CUM SEPULCRO EGREGI D(omi)NI EDUARDI REGECIE ET HEREDUM SUORUM"

Voir: Il convento di San Domenico a Taggia, Massimo Bartoletti éditions Sagep 199

En ce qui concerne la date, le M est en cloche avec le point. Les quatre C sont surmontés du point. Les X sont très simples contrairement à ce qui se pratiquait dans beaucoup d'inscriptions de cette période. Le L et les I sont simples. Comme souvent on voit quatre C successifs. Le D est représenté comme un O avec une sorte de virgule en haut à gauche

 

Terzorio en amont de Riva Ligure

 

Pierre gravée au dessus du linteau de la porte de la maison Restagno dite A cà di Fea’i en face du  numéro 25 rue Dom Lombardo. La date est peut-être 1491. Le « M » est presque circulaire avec un point au dessus. Les « C » sont assez simples mais reliés en  « coup de vent » par le haut . Les « X » sont assez simples en croix de Saint André avec la barre gauche en léger arc de cercle.

Triora

               

Linteau gravé datant de 1390. Le « M » est en cloche avec un point. Les « C » son en ovale fermé avec deux points à droite comme à la chapelle de santa Brigida à Civessa. Le « L » a une crosse à droite. Les 4« X » sont simples avec un point sur le dernier « X »

Viasa

 

Architrave de la chapelle

Le « M » est en cloche. Les 5 « C » sont anguleux. Le « X » a une barre verticale.

ALPES MARITIMES


Luceram 06440

Photo J Sarale

Le texte qui est gravé sur une plaque de marbre à la base de la tour de l'église Sainte Marguerite a été transcrit par F. Brun dans le numéro de Nice Historique de 1898 page 89

"mille quater centum et octuoginta per annos octoque et decima  octava luceque junii. ad operis tantis Jacobus Bonfili et ipse.

Largifluis manibus auctor fuit atque promotor. Johanes Bonfili presbiter.

1487 et die sexto Junii incepta aucta que fuit hec ecclesia per me Cristofer Margico"

Ce qui est curieux dans cette gravure, c'est de voir la date de 1487 en chiffres arabes au milieu d'un texte gothique, et par ailleurs le texte commence par des chiffres latins en toutes lettres.

L'abbé Bonaventure Salvetti dans son livre sur Luceram ref 944.94 SAL de la bibliothèque Nucéra à Nice donne la même traduction à quelques détails d'orthographe près.

Dans son article F. Brun mentionne également "En l'année 1504 l'église paroissiale de Luceram fut achevée  et décorée par les soins de Jean Bonfils, recteur de la paroisse, ainsi que l'indique l'inscription gothique tracée en noir à l'intrados de la voûte"

Biot 06410

Sur le côté latéral de l’église rue du Barri, sous un IHS en caractères gothiques figure la date M Vc V I en caractères romains.

Le « c » après le V est un caractère diacritique.

Voir dossier: Biot

 

Brigue (la) 06430

 

La date du  linteau de la porte du 24 rue Famille Arnaldi face à la rue des Costettes est gravée en relief. L’inscription date de1476. Elle est très finement travaillée grâce au matériau facile à sculpter.

Le  « M » et les 4 « C » sont anguleux. Le « L » est simple. Les 2 « x » sont sculptés avec délicatesse et présentent une crosse en bas de la barre de gauche et un trait en haut de la même barre en haut. Le « V »  est très renversé vers la gauche Ce linteau est mentionné dans PCAM

Au 13 de la rue Rusca sur un linteau on peut lire avec difficulté la date de 1492.

Ce linteau est également mentionné dans PCAM ()

Nice 06

Eglise saint Martin saint Augustin

 

Sur le bas relief des tailleurs de vêtements est inscrite la date 1444.

Le « M » est en cloche (presque en oméga majuscule, avec le point diacritique habituel, les 4 « C » sont simples avec un point diacritique au dessus. C’est le seul exemple répertorié ou le « 40 » est écrit avec le « X » précédent le « L ». A part le « M » le autres lettres sont simples. La gravure est de très bonne qualité.

Le texte explicatif en dessous du bas relief est le suivant : « En 1444 le 1er Février cette chapelle a été offerte par la confraternité des tailleurs et chaussiers à la louange de la Vierge marie.

En bas à droite des forces ciseaux du Moyen Age et à gauche les ciseaux du type actuel qui apparaissent précisément au XVème siècle. »

Palais Lascaris

A l’entrée du palais Lascaris est exposé le couvercle du sarcophage de Giovanni de Bardi, chanoine florentin, mort le 22 septembre 1331. Il provient suivant PCAM () page 603 du couvent des Cordeliers.

Sur le couvercle , est gravée une date 1331 en caractères romains gothiques. Le « M » symbole de mille comporte un jambage vertical au milieu et les deux autres jambages représentent une cloche. Le « M » est  dans le même style  que la plupart des dates gothiques gravées. La lettre est surmontée d’un point.

Les « C » qui représentent la lettre cent sont assez simples ; ils sont  surmontés d’un point.

Les « X » qui représentent le nombre dix ont une branche droite, celle qui descend vers la droite  et une arrondie comme  à Dolcedo.

 

Dans le palais Lascaris sont également exposées dans l’entrée  deux plaques  des années 1480.

Sur l’une le « M » est en cloche comme habituellement avec un point au dessus.  Les 4 « C» sont anguleux

Saint Sauveur sur Tinée 06420

Dans un document des frères des Ecoles Chrétiennes de 1850 () est signalée une date gravée sur le clocher de la façon suivante  « la base de l’édifice est ornée de la statuette de saint Paul en marbre blanc, placée dans une niche à double hauteur d’homme. C’est un très beau travail du Moyen Age ; l’inscription gothique autour du piédestal, sous le millésime 1309, indique la personne qui en fit don à la paroisse ».Cette inscription n'a pas été retrouvée. Ele se trouve peut être sous l'enduit.

 

Saorge  06540 Madone del Poggio

Comme indiqué plus haut le graphisme de la date gravée sur la base du clocher à l’extérieur est inexploitable. Cependant des transcriptions en ont été faites. Voir dossier Internet:

Saorge murs et linteaux

En page 94 Luigi Polvéré () reprenant un article de Nice Historique page 59 () et un dossier de Léo Imbert () page 74, mentionne l’inscription gothique (M) CCCCLXX relative à une fresque située sous l’auvent

Sauze 06470

Sur le mur de l'église on peut observer un curieux C gothique avec deux crochets à droite avant la date 1826

Sigale 06910

Sur un chapiteau de l’église à droite figure la date 1520 ou le 5 est remplacé par la lettre romaine D qui signifie 500. voir dossier Internet: sigale inscription de l'église

Tende 06430

 

La pierre tombale de Honoré Lascaris qui date de 1474 peut se voir dans la chapelle de gauche de la collégiale.

Le portail latéral de la Collégiale est daté de 1551.

Le linteau du 61 rue Cotta daté de 1509 est à peine gothique. Le « M » est en cloche, les 5 « C » ont leur pointe supérieure plus longue que la pointe inférieure. Le « V » est simple  ainsi que les 4 « I ».

Tour sur Tinée (la)  06710

Selon Paul Roque () page 241, la date de 1460, dansla chepelle des pénitents blancs,à gauche de la fenêtre en dessous d’un personnage serait écrite MILL. CCCC. LX, avec MILL pour Millesimo

Sur la place, une date en linteau  est très sophistiquée. voir dossier:

inscriptions-de-la-tour-et-tournefort

Tournefort 06710

Sur la clé de votre de l'église une date difficile à interpréter. Voir dossier

inscriptions-de-la-tour-et-tournefort

 

Alpes de Haute Provence

Annot 04240

On peut voir une date en caractères gothiques avec un « c » servant de signe diacritique

Voir dossier Internet :  Annot

 

Autres régions

Plaque commémorative église Saint Jean de Malte Aix en Provence

 

Date gravée dans un texte de 1321 sur une plaque commémorative à droite de l’église près du chœur. Le « M » est en cloche avec une barre verticale centrale et un point diacritique au dessus ; les « C » comportent une barre verticale à droite qui les fait ressembler à un D inversé. Les « X » ressemblent à deux demi cercles opposés. Le « I » est simple. Il y a deux points verticaux à gauche du « M », deux entre le « M » et le premier « C » deux entre le dernier « C » et le premier « X » et deux entre le premier « X » et le deuxième.

Commentaire de synthèse

On constate une assez grande liberté d’expression dans le graphisme gothique

Il s‘est épanoui essentiellement dans le courant du XVème siècle pour les Alpes Maritimes et la  Ligurie. Les témoignages du XIVème siècle sont plus rares.

Selon la qualité de la pierre les lettres étaient plus ou moins sophistiquées.

Les « M » sont en général en cloche.

Les « C » sont parfois complètement fermés en ovale avec deux pointes ou barres à droite.

Les « L » ont souvent une hampe relevée à droite

Les séries de lettres successives par exemples pour les « C » et les « X » peuvent aller jusqu’à cinq.

Il y a des points diacritiques sur le «M » en général et un par groupe de lettres.

A partir du début du XVIème siècle le caractère gothique disparaît de plus en plus et d’ailleurs on rencontre souvent des chiffres arabes.

Inscriptions de l’abbaye de Sant Antimo – sud ouest de Sienne – Toscane- Italie

Deux plaques funéraires sur le côté gauche de l’église utilisent le même graphisme.

Le caractère latin « M » pour 1000 est remplacé par un C suivi d’une barre verticale et le symétrique d’un « C » orienté vers la gauche. On peut imaginer que ce graphisme est une déformation du « M » gothique dont la barre centrale est verticale avec deux parties arquées à droite et à gauche,

Le « D » représentant habituellement 500 est remplacé par une barre verticale suivie d’un « C orienté vers la gauche. On peut imaginer que si la barre et le « C » inversé étaient accolés on retrouverait le « D » habituel.

Les chiffres « C » pour 100, « X » pour 10 et les barres verticales pour les unités ont leur forme latine habituelle.

La première date qui se lit 1622 est en l’honneur d’un Borghèse, l’autre inscription datée 1804 est en l’honneur de Elisabeth Octaviani

Evolution de la méthode de gravure des dates en caractères latins

La lecture habituelle des chiffres latins se fait de la façon suivante : Quand une unité est suivie de trois unités de degré inférieur il y a addition par rapport à l’unité supérieure située à gauche. Quand deux unités se trouvent avant une unité de degré supérieur il y a soustraction.

Or on constate que dans beaucoup d’inscriptions du Moyen Age, gothiques ou non, la pratique était souvent différente.

En effet il pouvait y avoir à la suite quatre et même cinq unités semblables, par exemple :

CCCC au lieu de CD et CCCCC au lieu de D

Bibliographie

Frère des Ecoles Chrétiennes, le Jeune Niçois instruit de sa patrie ou notices historiques sur la ville et le Comté de Nice, Société  typographique Nice 1850 voir dossier Internet:

Le comté en1850

Imbert Léo – Les chapelles peintes du pays niçois – Nice Historique 1951

Nice Historique N° 2 avril septembre 1959

PCAM, patrimoine des communes des Alpes Maritimes

Polvéré Luigi, Saorge , monographie des villes et villages de France, Paris 2004

Roque Paul, les peintres primitifs niçois , Serre éditeur 2001