Gravure du Chateau de Gorbio

PIERRE INSCRITE DE COURSEGOULES 06140

Un faux épigraphique?    


 mise à jour 2007 

Historique 

Il y a plus de vingt ans, des habitants de Coursegoules 06140, ont pris contact avec Monsieur Brentchaloff alors conservateur du musée de Fréjus, chercheur associé au centre Camille Jullian  d’Aix en Provence (CNRS), pour lui indiquer qu’il avaient trouvé dans un talus au pied d’un mur de leur propriété  au bord d’un chemin dit de Garie au quartier Garia parcelle 655, au nord ouest du village, une pierre avec une inscription. Ce terrain appartient à la villa 9 du lotissement actuellement.

                                          

Ce mur pourrait être ancien car il devait soutenir le chemin communal déplacé lors de l’établissement du lotissement vers les années 1964-1965, et qui passait le long de la fontaine abreuvoir située à quelques mètres à l’est. Ce chemin pourrait même dater des romains car à côté, a été trouvée une pièce de bronze romaine et une pièce de Louis XIV

La pierre a été exposée en 1993 au Crédit Agricole de Fréjus et à ce titre a fait l’objet d’un article dans le Var – Nice Matin du 2 Octobre 1993.

Une photographie 13x18 a été transmise par Daniel Brentchaloff à Monsieur Jacques Gascou, directeur de recherches au CNRS d’Aix en Provence

Elle a  été ensuite transmise à l’école pratique des Hautes Etudes et examinée par Monsieur le professeur Lejeune aujourd’hui décédé. Plus loin se trouve le texte de sa lettre du 12 février 1981 à Jacques Gascou.

Actuellement la pierre serait toujours en possession des propriétaires dont la dernière adresse connue est  Couture sur Loir  dans le Loir et Cher.

Un moulage se trouve à la mairie de Coursegoules accompagné d’un texte qui semble être la reproduction du texte du journal de 1993.

Les relevés sur format A3 sont à l’échelle grandeur de l’inscription.

Cette pierre a été signalée à l’IPAAM par Paule Joelle Picco de Coursegoules, en automne 2001.

Suite à l’examen du moulage et avec l’aide des photos, nous avons essayé de reconstituer l’historique, fait des études sur les caractères en fonction de divers alphabets connus et consulté diverses personnes susceptibles de contribuer à une interprétation voire à une traduction.

Contexte de Coursegoules

Ce village de l’arrière pays niçois se trouve à environ 1000 mètres d’altitude entre Vence et Gréolières. Dans ce secteur se trouvent des témoignages de diverses époques : enceintes celto ligures, habitats antiques, témoignages d’époque romaine, chapelles du moyen âge, anciennes glacières, vieilles bergeries, etc. qui sont étudiés dans divers ouvrages.

A l’époque romaine ce village se trouvait près d’une voie reliant Vence à Digne. Il reste des vestiges de bornes milliaires, de stèles, de tegulae etc…

A l’Autreville près du village se trouve un bassin creusé dans la pierre dont on ne sait pas encore expliquer la destination. Sur les marches quelques lettres majuscules d’époque indéterminée sont gravées.

Une stèle romaine a été découverte par hasard à saint Pons un peu à l’ouest de Gréolières, dans une propriété, et  a fait l’objet d’une publication par Daniel Brentchaloff ().

Une stèle romaine se trouve aussi dans la chapelle saint Michel au nord de Coursegoules. Il s’agit d’une épitaphe du 2ème ou 3ème siècle (avec Ascia). Cette stèle a été étudiée par Edmond Blanc (), et par Th. Mommsen ().

Un alchimiste aurait été en contact avec le village, selon Alex Benvenuto ()

Un témoignage lapidaire curieux se trouve à la clé de voûte de la chapelle saint Jean Baptiste. Il pourrait s’agir soit d’une inscription grecque soit d’un texte en vieux dialecte mais de toute façon le graphisme est original.

On peut voir dans le village plusieurs enseignes d’artisans de diverses époques.

 Description de la pierre.

La pierre est grosso modo trapézoïdale (longueur à la base 28cm, longueur en partie haute 20.5cm, hauteur de la gauche vers la droite de 19 à 14cm, épaisseur moyenne 9,5cm), soit un poids estimé de l’ordre de 9 kg.

Elle serait d’aspect jaunâtre alors que le calcaire du Cheyron  (région de Coursegoules) est plutôt gris bleu en général.

 Le fragment qui reste faisait peut être partie d’un morceau plus grand car en bas et à droite on voit que des caractères sont incomplets. Il y a en tout environ 95 signes exploitables, dont une dizaine avec réserves, répartis sur au moins 7 lignes dont celle du bas qui est très difficile à lire. Pour faciliter le repérage les lignes sont désignées par des lettres et la position des signes dans une ligne par des numéros. Voir copie indicée

Ligne 1, symbole A : 12 signes

Ligne 2, symbole B : 13 signes

Ligne 3, symbole C : 16 signes

Ligne 4, symbole D : 14 signes

Ligne 5, symbole E : 17 signes

Ligne 6, symbole F : 16 signes

Ligne 7, symbole G :   9 signes

La hauteur maximale des lettres est de 4 cm, le minimum de 1,5cm, avec une moyenne de 2,5 cm environ. La gravure est régulière, de plusieurs millimètres de profondeur. Quelques signes présentent des défauts tels que le signe C14.

Le nombre d’apparitions des signes est le suivant, par ordre décroissant :

Signe ressemblant à un « e » latin minuscule : 15 fois :

 A4, A6, A11, B2, C3, C10, C15, D13, E2, E9, E11, F2, F8, F10, G3

Signe ressemblant à un « lambda majuscule grec » ou à un « V » renversé » : 14 fois

A2, A8, B4, B12, C13, D2, D4, E4, E13, F4, F6, F11, F13, G5

Signe ressemblant à un « A » :11 fois

B6, C1, C1,C6, D6, D10, E6, E7, E15, F11, G1, G8

              Signe ressemblant à un « C » : 9 fois dont le dernière avec réserve

B9, C2, C7, C11, D3, D5, D11, F1, éventuellement F12

La lettre en position B9, est affectée d’un point à droite

Signe ressemblant à un « I » pointé : 9 fois

A7, B7, B10, B11, C8, E3, E5, E12, F3

              Signe ressemblant à un « M » : 5 fois plus éventuellement 2 fois avec réserve en D14 et E17

A10, B1, D1, D7, G9

Signe ressemblant à un « O » 5 fois :

C5, D8, F15, G6, G7

La lettre en position C5 comporte un point gravé au centre

Signe ressemblant à un « g » latin minuscule : 4 fois

A5, D9, E1, F16

Signe ressemblant à un « P » ou à un « RO » grec majuscule 4 fois

B5, B13, E8, G4

Signe ressemblant à un « S » inversé, dont une fois avec une gravure centrale en A9 (peut être accidentelle)  3 fois:

A9, C12, D12

Signe ressemblant à un « N » :3 fois

A1, E14, F7

              Signe ressemblant à un « V » avec barre gauche courte : 3 fois

F9, F14, G2

              Signe ressemblant à un « G » : 2 fois, plus éventuellement F12

B3, C16

              Signe ressemblant à un « T » renversé avec barre horizontale courte en bas : 2 fois

C4, C14

              Signe ressemblant à un « X » 1 fois

E10

Signe ressemblant à un « f » renversé et obtenu par symétrie 1 fois

E1

              Dans ce comptage la classification de certains signes peut être sujette à interprétation.

Le signe  ressemblant à un « A » est doublé  en E6 et E7

Le signe ressemblant à un «  I » est doublé en B10 et B11

La séquence A6A7A8 se retrouve en E2E3E4, en E11E12E13 et en F2F3F4.

La séquence C11C12 se retrouve en D11D12

La séquence D8D9 se retrouve en D11D12

La séquence A10 A11 se retrouve en B1B2

La séquence B7B8 se retrouve en B11B12

Les signes diacritiques ou signes de reconnaissance

Un signe diacritique est un signe permettant d’éviter les confusions par exemple entre le « ou » et le « où ».

Tous les signes ressemblant à un  « I » sont pointés. Mais on relève un certain nombre d’autres points pouvant modifier certains signes. En E15 le signe ressemblant au « A » est pointé alors que les autres ne le sont pas. De même le signe ressemblant au « V renversé », en position E4 est pointé alors que les autres ne le sont pas. En B9, le signe ressemblant au « C » est suivi d’un point. C’est le seul cas, ainsi que pour le signe ressemblant au « O » en C5 qui est le seul à comporter un point en son centre.

Le terme « signe ressemblant à»  est employé systématiquement par prudence , car ce qui semble être des lettres comme le signe « I » n’en sont pas forcément. On verra plus loin l’importance de cette notion concernant les signes diacritiques

Une liste de lettres pointées d’alphabets antiques a été aimablement communiquée par Daniel Brentchaloff, à propos de la quelle il indique « aucun de ces signes ne se trouve sur la pierre de Coursegoules à part le « O » avec un point au centre »

Procédé « boustrophédon »

Boustrophédon : Très ancienne écriture grecque consistant à tracer les lignes et les lettres alternativement de droite à gauche et de gauche à droite.

Dans sa lettre du 12 mars 2002, Louis Holtz exclut cette hypothèse en indiquant que les signes ressemblant à « N, M, A » à l’initiale des lignes 1, 2 et 3 sont en début de ligne, que les signes ressemblant à « P, E, C » sont tournés vers la droite.

Par ailleurs on peut ajouter que la séquence A10 A11 se retrouve dans le même sens à la ligne suivante, par exemple, et que la séquence E11, E12 et E13 se retrouve à l’identique à la ligne suivante  en F2, F3 et F4, alors qu’en boustrophédon il y aurait inversion.

 

Autres  remarques 

Il y a d’autres ressemblances entre des blocs de signes

Si le signe A2 est un lambda grec, cela donne pour la séquence A1A2A3 une suite de trois « consonnes » qu’on pourrait lire NLD. De même, le signe A8 est-il un lambda car il se trouve entre deux signes ressemblant à des consonnes à la première ligne et à la quatrième ligne au moins ? Si l’on se réfère aux voyelles latines, elles sont toutes présentes sauf le « U ou V ». On peut émettre l’hypothèse que ce signe  est un U ou V à l’envers.

Il semble y avoir un mélange de majuscules et de minuscules, si les signes sont des lettres, alors que les stèles sont habituellement gravées en majuscules.

Il semble y avoir des signes de ponctuation selon Louis Holtz ()

Hypothèse du texte crypté

Remarquons tout d’abord que la répartition de ce qui paraît être des voyelles parait assez bien équilibrée dans le texte même si on ne peut le traduire pour l’instant.

Notons aussi que dans certains alphabets les voyelles n’existent pas.

On peut évoquer un cryptage simple du type chiffre de César. Ce type de chiffrage consiste à remplacer une lettre par une lettre décalée de une ou plusieurs positions dans l’alphabet.

Comme certaines séquences se répètent plusieurs fois, on peut penser que  s’il y a eu cryptage, c’est ce  type de système qui a été employé, faisant apparaître un décalage constant.

On peut être intrigué par l’absence de signe ressemblant à un « T » dans le texte à moins que les deux grands signes qui ressemblent à des « T » renversés ne soient des « T ». Louis Holtz ( ) suggère pth ou fth. On pourrait aussi interpréter ces deux signes comme de la ponctuation. Daniel Brentchaloff () remarque que le « T » renversé est utilisé pour le chiffre 50 jusqu’à l’époque de César.

Dans le document de Singh Simon (), on trouve, en ce qui concerne la langue française les fréquences d’apparition des lettres sur une base statistique. Bien que le texte (supposé), lisible de la gravure soit bref on pourrait étudier la fréquence d’apparition des « lettres » et voir dans quelle mesure elle se rapproche de la fréquence type pour une langue supposée voisine du français.

Même en  admettant un cryptage avec des acrobaties d’interprétation de certaines lettres, il reste que deux ou trois signes au minimum ne se rattachent à aucun alphabet classique.

Du fait que l’on rencontre un  double signe ressemblant à un « I » et un signe ressemblant à  un double A,  et que l’on ne trouve pas de signes courants ressemblant à des lettres telles que  « P » ou « R » selon l’interprétation, « T » et « L », un essai a été fait de décryptage en remplaçant successivement le double « A » par un double « L », puis « P » puis « T » et en décalant les autres lettres en supposant un chiffrage de César, ce qui donne des suites de plusieurs consonnes, et la même chose a été faite en remplaçant le « I », tout ceci sans succès.

Les signes qui ressemblant à des lettres dites minuscules ressemblent à des lettres latines mais il peut y avoir dans un même texte plusieurs alphabets.

On peut imaginer d’autres sortes de cryptages avec un certain nombre de lettres inutiles, etc…

Correspondance avec d’anciens alphabets

Dix signes sont peut être des lettres pouvant appartenir à d’anciens alphabets. Les signes sont énumérés suivant le codage en fonction de leur première apparition dans le texte. La langue étrusque était parlée dans une région correspondant grosso modo à la Toscane et s’écrivait de droite à gauche. Le lépontien ou lépontique était pratiqué dans la région de Côme en Italie du Nord (culture de Golasecca). L’ombrien était pratiqué en Ombrie autour de Rome. L’osque était un dialecte italiote pratiqué dans la Campanie et les régions voisines. L’ionien appartenait à la Grèce antique. Le cananéen était pratiqué au Moyen Orient, grosso modo Liban Israël. Le punique était la langue des Carthaginois. Le vénète appartenait à la région de Venise.

Mais dans le cas où la majorité des signes appartient à un alphabet, la prospection a été étendue à d’autres alphabets du Moyen Orient antérieurs au  punique (araméen ,syriaque etc… )

Ci-dessous figure une liste des appartenances possibles dans le cas où les signes sont alphabétiques

A1, alphabet étrusque (N), latin primitif (N), ionien (N), grec (A)

B6, alphabet étrusque (A), latin primitif (A), ombrien (A), lépontique (A), ionien (A), grec (A)

A7, alphabet étrusque et autres alphabets sans le point (I), latin primitif (I), lépontique (I), grec (I)

D8, alphabet étrusque (O) non fermé en bas, cananéen (O), lépontique (O), latin primitif (O), ionien (O), grec (O), alphabet punique (R)

C5, alphabet vénète, lépontique et ombrien  (th), selon Morandi (1982), punique (B)

A5, alphabet cananéen (b), alphabet punique et néo punique (b),

B5, alphabet grec (R), ibérique a1 (R), étrusque archaïque à l’envers (R)

A2, alphabet grec (lambda =L), néo punique (g), ionien (lambda =L)

A9, alphabet ombrien (S), étrusque (S), lépontique (S)

B9, alphabet gaulois (C ?), étrusque (C à l’envers)

A10, alphabet grec (M), étrusque (M), ibère (M)

E6E7, alphabet ibérique a1 (A)

E16, ressemble à un (T ou Ti) punique à l’envers

Hypothèse latine

Une tentative de transcription a été faite

A propos de cette hypothèse latine, Daniel Brentchaloff, dans une lettre du 7 décembre 2003 écrit : « Je suis intrigué par le MED de la première ligne qu’on trouve en latin archaïque (7ème-6ème siècle avant J. C. sur la fibule de Préneste (Latium). Manios med fhe fhaked Numasioi (=Manius m’a fait pour Numasios). NUDEGEIUS  pourrait être un nom propre, suivi de MED pour m’ (a dédié ? ou concacré à..) dans le cas d’une dédicace. Le même nom semble revenir trois fois dans le texte : à la ligne 1 l’inscription commence par NUDEGEIUS, à la ligne 4-5 on trouve N {…] GEIU, et à la ligne 5-6, N […] GEIU, auquel cas il ne manquerait que trois lettres à droite.

A la ligne 5 on pourrait lire REXEIUNAS – REX IUNAs (EI =I ou J), pour le roi Junas ? »

Après un nouvel échange de correspondance, dans une lettre du 29 avril 2004, Daniel Brentchaloff indique : «  il y a d’autres exemples de « MED » dans le latin archaïque :

Au Corpus CIL I, 2, 561 : Novios Plantios med romai fecid

Au Corpus CIL  I, 2, 2437: Med Loncilios feced

Au Corpus I, 2, 477: Amor med Flaca dede

Observations diverses

Patrice Brun () page 38 dans un intéressant article écrit notamment  « compte tenu du fait que les inscriptions n’ont guère de valeur marchande et n’ont jamais fait l’objet d’un trafic égal à celui des sculptures  et des pièces de monnaie, la fabrication moderne de stèles gravées est restée des plus limitées ».

On peut envisager aussi l’idée de simulacre de la part de quelqu’un ayant le désir d’écrire quelque chose de concret mais ne possédant pas bien une langue et travaillant d’après des exemples vus antérieurement par exemple des stèles anciennes dont certaines disparues depuis.

Les lettres ont pu exercer une fascination sur le graveur pour écrire (exemple du lettrisme en art). Des malades délirants (cas étudié en psychiatrie) se sont aussi exprimés par l’écriture, mais la longueur du texte nécessite une application soutenue, et la gravure est de profondeur régulière

Si le document  a un sens, qui pouvait avoir intérêt à camoufler ce sens ; les templiers avaient leur propre alphabet, selon C. G. Addison (), qui ressemblait  à des symboles sémaphoriques à partir des éléments de la croix de Malte (). On peut aussi penser à un message transmis entre vaudois ou pendant la période troublée des guerres de religion, ou à un document à caractère ésotérique.

En ce qui concerne le sens de l’écriture, plusieurs signes  sont symétriques de lettres de l’écriture étrusque, écrite de droite à gauche. On est en présence de débuts de lignes à gauche alors qu’à droite du texte manque.

Il parait y avoir un semblant de cohérence car, comme indiqué plus haut on retrouve plusieurs fois des séquences de deux ou trois signes.

Etat des consultations

Le texte de la lettre qu’avait écrit Monsieur Lejeune, de l’école pratique des hautes études, à Jacques Gascou, directeur de recherches au CNRS (épigraphie) le 12 février 1981 est le suivant :

« Cher monsieur,

J’ai bien reçu votre envoi du 8. Je regrette de ne rien pouvoir vous dire d’utile de ce document bizarre.

La question première n’est d’ailleurs pas de savoir de quelle langue, mais de quelle écriture il s’agit, et comment elle se lit.

Non seulement je n’en sais rien, mais je suis terriblement porté, à l’aspect de ce dessin, à croire  à un faux (que ce Monsieur (x) ait été l’auteur ou la victime d’une supercherie).

Inscription à mon avis d’authenticité suspecte (malgré le récit fait à, et reproduit par, le Directeur du musée).

Si authentique, énigmatique.

Bien cordialement à vous.

P.S. Le musée serait peut-être bien inspiré de vouer cette épreuve à ses réserves plutôt qu’à ses salles d’exposition, jusqu’à nouvel ordre ».

Madame Rina Viers, présidente de l’association Alphabets à Nice, consultée au début de l’année 2002, pense que la gravure peut être un faux ou une écriture cryptée, où on utilise des signes semblables à ceux de l’écriture mais modifiés pour en cacher le message, ou que le texte a pu être gravé par quelqu’un de maladroit.

Sur son conseil, Monsieur Holtz de l’institut de recherche et d’histoire des textes, a été consulté le 6 mars 2002. Voir plus loin copie de sa réponse du12 mars 2002.

Madame Annie Echassoux, archéologue départemental, voudrait (comme tous) voir l’original pour se prononcer sur la patine, la calcification, afin de faire éventuellement une datation, mais malheureusement cela n’a pas été possible jusqu’à présent. Sur la très bonne photo du CNRS transmise par Jacques Gascou le 24 avril 2002 sous le numéro 133252 en format 13X18, on voit très bien le grain de la pierre et il apparaît notamment un défaut  dans le secteur A5B3B4B5 et peut-être E6. Il s’agit peut-être d’un choc subi par la pierre. On voit également de petites rayures fines  et droites de quelques millimètres de longueur particulièrement denses dans la zone comprise entre A8A9 et B8B9. Ces rayures peuvent être naturelles.

Cependant le propriétaire de la pierre a fait remarquer  dans une lettre du 27 juin 2002, « des graphes sans doute postérieurs à la gravure, obtenus avec une pointe aigue, dont certains présentent une imitation maladroite des caractères principaux. Différente encore la graphie sur la cassure du bas qui semblerait, quoique de dimensions inférieures, de la même main que les caractères principaux »

 A l’examen de la photo du CNRS, on n’a pas l’impression que la surface de la pierre a été préparée, et il semble que la gravure a été faite sur une pierre naturellement lisse.

Sur les conseils d’Annie Echassoux, Monsieur Mano du  musée civique de Cuneo (Italie), a été consulté le 6 mars 2002. Celui-ci, intéressé, a répondu le 11 avril 2002 souhaitant avoir une photo en éclairage rasant. Il estime que le texte pourrait être authentique mais pas ancien.

Par ailleurs lors d’un examen effectué en janvier 2004, Annie Echassoux a trouvé une ressemblance entre le signe ressemblant à la lettre type A5 et le « lamed », bâton de parole égyptien, et a évoqué à ce propos la tablette d’Izbat Sartch près de Tell Aviv (Israel) datant de 1200 avant JC. En  ce qui concerne le signe A9, elle pense l’assimiler à la lettre C12 ou D12.

Elle a estimé alors qu’une recherche pourrait être menée sur le plus fort pourcentage de présence des lettres, langue par langue dans le répertoire des langues citées. Ceci a été fait (voir tableau) sur les lettres les mieux caractérisées. Tout en considérant les résultats obtenus comme une simple indication, il semble que les alphabets les mieux représentés sont l’étrusque le latin y compris le latin primitif, l’ionien et le grec ce qui est vaste et imprécis.

Daniel Brentchaloff pense qu’il faut approfondir la question des écritures sémitiques, phénico puniques ou autres du Moyen Orient, et dans une lettre du 26 avril 2002 a fait notamment les commentaires suivants :

La conclusion prudente et provisoire de Louis Holtz est séduisante : balbutiements d’écritures primitives mal assimilées par les indigènes, disons vernaculaires.

On ne peut exclure que cette pierre soit une importation antique ou plus récente du bassin méditerranéen (phéniciens, ioniens, tyrrhéniens, autres, etc…). Le protocole de l’identification devrait commencer par un examen minéralogique (lame mince), permettant de dire si le support est, ou non un matériau local ? Vous pourriez demander à R. Mazeran  de se prononcer sur ce point, car le calcaire de la région Vence Gréolières est bien caractérisé. Autres géologues à la faculté saint Jérôme de Marseille. (Monsieur Mazeran est décédé depuis malheureusement)

Je précise que le moulage offert à la mairie de Coursegoules est fidèle dans les trois dimensions ; la pierre apportée par la propriétaire avait déjà été nettoyée et ne comportait pas de dépôts travertin »

Le professeur Danilo Mazzoleni de l’institut pontifical d’archéologie romaine, a indiqué dans une correspondance du 13 décembre 2002 que l’écriture semble moderne et qu’il y a lieu d’exclure un répertoire paleo-chrétien ou haut médiéval

Dans une lettre du 2 janvier 2003, Louis Holtz après avoir consulté Monsieur Dominique Briquel, spécialiste de l’Italie pré-romaine, indique que. « Les avis sont très réservés  concernant les caractères de cette inscription et franchement dépréciatifs à la vue des i pointés, dont aucune figure n’apparaît sur aucune inscription archaïque ni même ancienne du bassin méditerranéen. Jusqu’à la découverte de nouveaux indices (autres fragments de la même inscription, autres témoins de cette écriture), je rangerais volontiers moi aussi cette inscription dans le rayon des faux ».

Daniel Brentchaloff, indique notamment dans une  lettre du 8 septembre 2003 () : « je pense finalement à un message crypté utilisant des alphabets mal assimilés. Il parait impossible pour le moment de le déchiffrer et de le dater, sauf à considérer que la majorité des signes, est empruntée à des écritures antiques, italiques ou puniques.

Nous ne savons rien d’une éventuelle écriture ligure préromaine…balbutiements ; Il faut aussi envisager la copie par un graveur maladroit et (ou) analphabète d’un texte étranger à son pays (ce qui arrive pour les décrets, contrats ou autres actes diplomatiques). 8 signes sur 10 en étrusque.

Sur la pierre, je crois qu’elle est d’un calcaire étranger à la région de Vence Coursegoules.  A vérifier. Elle a bien été préparée : surface lisse et bords arrondis sur les angles non fracturés ; les fines rayures ne sont pas des accidents de la pierre, ce qui peut indiquer qu’elle a été exposée. Les points ne sont pas des défauts ; ils ont bien été gravés (signes diacritiques).

Pour la transcription, il se peut que certaines  « lettres » soient des chiffres ; par exemple le T renversé (=X grec) est utilisé jusqu’à César pour le nombre 50. Mais il se pourrait aussi qu’il s’agisse de ponctuations (séquence de phrase ou paragraphe). Encore beaucoup d’incertitudes »

Dans l’hypothèse d’une importation antique ou récente d’ailleurs, il faut remarquer que le morceau de pierre qui fait l’objet de cette étude n’étant qu’un fragment d’une pièce plus importante, la pierre initiale pesait au moins plusieurs kilos et que dans le cas où le texte complet  été transporté, il devait être suffisamment important pour la personne qui l’a transporté pour justifier son transport sur une certaine distance.

De son côté, Monsieur le Professeur Pascal Arnaud, chef de projet à la maison des sciences de l’homme à Nice, a émis dans un courrier du 28 juillet 2004 une critique prudente :

  « Ce document ne me parait pas susceptible de revendiquer une origine antique. Un certain nombre de caractères qui y sont utilisés me paraissent dérivés assez nettement de la paléographie moderne. Ils me paraissent également dérivés d’inscriptions attiques d’époque archaïque probablement vues par un érudit sur quelque vase à figures noires.

Tout ceci plaide fortement en faveur de l’hypothèse d’un faux.

Je crois en effet peu à une piste ésotérique. L’ésotérisme, initiatique et secret par nature, se réfère généralement plus au symbole qu’à l’écrit ;

S’il a à l’occasion développé des écritures codées, généralement empreintes de symbolisme (par exemple les alphabets maçonniques anciens), le recours à une inscription lapidaire tournée vers l’extérieur, et donc exotérique, me semble peu compatible avec une perspective ésotérique.

Un jeu « glozélien »local me semble à priori plus vraisemblable.

Il faudrait pour en avoir la certitude, examiner la patine des gravures »

Le terme Glozélien : se rapporte aux plaquettes de Glozel découvertes dans l’Allier en 1924 et qui ont fait l’objet de beaucoup de controverses.

Enfin, le professeur Emile Puech, Directeur de recherches – CNRS et professeur d’épigraphie à l’Ecole Biblique et Archéologique Française de Jerusalem, a fait le commentaire suivant le 7 décembre 2006 :

« Après de longues heures passées à observer cette inscription ou plutôt la reproduction et la photocopie plus ou moins fidèle, j’ai beaucoup de doutes à son sujet.

Les remarques de Mme Echassoux demandant à voir l’original pour se prononcer sur la patine, la calcification de la pierre et de la gravure, me parait essentielle et la première chose à faire avant de passer son temps à autre chose. Ce qui me surprend, c’est que l’objet original ne soit pas accessible aux chercheurs, et de ce fait laisse planer un grand doute sur son authenticité.

Que son propriétaire dise l’avoir nettoyé vient fortement ajouter à ce doute, ayant voulu sciemment « supprimer ou effacer » les quelques indications qui auraient pu trahir le faussaire ; dans le cas contraire, il aurait eu tout avantage  à laisser l’original en l’état et à le laisser à disposition des chercheurs pour étude.

L’examen pétrologique pourrait donner des indications, mais on ne peut pas croire à une importation d’une région lointaine, ni à une inscription ancienne. Cela relève du non sens. Il n’y a rien de sémitique, punique ou phénicien, araméen ou syriaque, ou que sais-je encore. Les caractères en dissuadent tout de suite, par leurs formes, leurs séquences, etc…les mélanges sur plusieurs siècles dans des horizons tout à fait divers, ce que l’on ne rencontre jamais à ma connaissance.

J’ai du mal aussi à croire à une écriture alphabétique de langues européennes, un étrange mélange d’alphabet grec et latin, rhô pour pi, etc…

La disposition des signes sur la ligne parait des plus étranges, tout comme le début de la ligne 6 où il parait y avoir une cassure qui devrait, à première vue, être postérieure à la gravure ; la surcharge de la dernière ligne où les signes vont dans tous les sens,… le faussaire semble avoir voulu en rajouter encore. Mon expérience de ce genre de gravure dans plusieurs langues anciennes et sur plusieurs millénaires me fait grandement pencher pour un faux ? Je croirais  revoir des faux du genre des « faux Shapira » de la fin du XIXème siècle à Jérusalem après la découverte de la stèle de Mesha.

Voici mon opinion du moment. Je serai heureux d’en lire un jour un bon déchiffrement cohérent, ce qui serait une grande invention épigraphique !

 

Conclusion

Bien que cette étude n’aboutisse à aucun résultat, le maximum d’informations a été rassemblé afin de pouvoir poursuivre les recherches dans le cas de découverte d’un autre document. L’examen physique  de la pierre pourrait notamment permettre de déterminer l’origine de ce morceau de stèle, locale ou non, et la date de la gravure.

Cela n’a pas été possible jusqu’à présent faute de collaboration du propriétaire, pour accepter le prélèvement d’un échantillon sur la partie arrière suivant un protocole rigoureux, dans un laboratoire de l’Equipement par exemple.

Comme indiqué plus haut si la pierre n’est pas d’origine locale, cela implique que le texte devait être suffisamment important aux yeux de l’acquéreur pour justifier le transport de la pierre.

Le contact avec le professeur Emile Puech a permis de compléter le nombre de langues sur lesquelles l’investigation a porté.

Pour l’instant, les examens effectués par la plupart des spécialistes semblent inciter à conclure que cette inscription est un faux.

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