Blessington Lady - Theidler in Italy Blessington Mart Mise à jour février 2013

 

PYRAMIDE DE FALICON 06950

Mise à jour décembre 2016

 

Cet ouvrage se trouve au nord de Nice en limite de la commune de Falicon au lieudit les Giaines. Il se trouve au dessus de l’entrée d’une grotte et il est malheureusement très dégradé.

Il a fait l’objet de nombreuses publications et en particulier un numéro complet de la revue de l’IPAAM () lui a été consacré.

Cependant ce monument garde un certain mystère.

On peut se demander pourquoi il a été fait et pourquoi à cet endroit, par qui et quand ?

La grotte dite de Ratapignata a été décrite à partir de 1803 par Domenico Rossetti, mais il ne semble pas que la pyramide ait été décrite immédiatement. La question s’est posée de savoir si la pyramide a été créée après cette date. On a évoqué la date de 1812 et une mention  en est faite par Louvois selon la revue de l’IPAAM pages 103 et 157.

 

D. Rossetti était franc maçon  et l’association grotte pyramide pourrait avoir une symbolique maçonne.

 

La grotte devait être connue bien avant au moins par les propriétaires avant la Révolution, en dernier lieu les familles Peyre  et leurs métayers.

 

Remarque :

Une visite effectuée en mars 2014 permet de voir les dégradations depuis les dernières photos. On peut remarquer que la base de l’ouverture à droite est maçonnée  en briques de 25cmX 12cmX5 cm environ. Ces mêmes briques peuvent se voir plus haut sur l’ouverture gauche dont la base est assise sur le rocher.

Sur la base de l’ouverture droite en briques on remarque une feuillure ainsi que sur le rocher du côté gauche, Ces éléments servaient peut être pour la mise en place d’un grille afin d’éviter les chutes dans la grotte. Comme il y a des incertitudes sur la date exacte de la construction, l’analyse des briques pourrait apporter une solution à cette question.

 De gauche à droite: ensemble droit de l'entrée,

détail des briques et feuillure

vue de dessus

 

Description de G. Casalis () Tome XI page 759

 

« La grotte de Rata Pignata se trouve au dessus du quartier de la Bastita au dessus du chemin qui conduit au Montecalvo, et s’appelle la grotte de Falicone ou du Montecalvo du fait de sa position au dessous de cette montagne et à peu de distance de ce village.

Les gens du voisinage lui donnent le nom de Rata Pignata car elle sert d’abri  à une prodigieuse quantité de chauve souris. Elle se trouve dans la roche calcaire jurassique dans une direction presque perpendiculaire,  à une profondeur de quinze mètres et on ne peut y descendre qu’au moyen  de deux échelles que fournissent les habitants  des maisons voisines.

Sa plus grande longueur est de 22 mètres, et sa plus grande largeur de 15 mètres. En plus des colonnes cannelées en forme de pyramide très réduites près du sommet (note : stalagmites)  se trouvent à l’intérieur et semblent soutenir la voute, mais la colonne la plus spectaculaire  s’élève pratiquement au milieu et frape le regard par son élévation, et par ses cannelures et incrustations dont l’écoulement et le séjour des eaux ornent la surface. D’autres petites ouvertures existent  derrière les colonnes auxquelles on a donné le nom  pompeux de salles de chambres  de cabinets à la turque, et que l’on ne peut voir  qu’en les éclairant de face.  Quand de dix heures à midi les rayons du soleil pénètrent dans ce souterrain et que la clarté faciale illumine ces petits antres, on peut se réjouir pendant quelques minutes d’un aspect enchanteur; les colonnes avec leurs bizarres ornements et les stalagmites très variées qui sillonnent les parois, illuminent en un instant  de mille reflets  de lumières de diverses couleurs d’un effet très plaisant.

Une petite sortie qui s’ouvre dans le sol sur un des côtés de la caverne, conduit à une autre  de grandeur presque égale qui est également pleine de colonnes et celle-ci conduit à un troisième dans laquelle personne ne s’est jamais introduit.

Ces grottes furent reconnues pour la première fois en 1803 quand le sieur Domenico Rossetti, élégant improvisateur « sanese », les célébra dans son poème de trois chants en huit pieds qu’il produisit. D’autres écrivains parmi lesquels le sieur Fodéré  dans son voyage aux Alpes Maritimes  voulurent dépasser en prose la beauté de cette description poétique de Rossetti, mais ils tombèrent dans des exagérations coupables »

 

Curieusement Casalis ne parle pas de la pyramide au dessus de la grotte et pourtant sa description  de la grotte a été publiée dans le tome XI en 1843.

Dans le Guide des Etrangers à Nice () paru en 1826, page 144, l’auteur reprend la description de Fodéré  faite en 1805 mais ne parle pas de la pyramide.

 

Visite de Lady Blessington

Marguerite Gardiner (Lady Blessinton), page 257, est allée à cheval visiter la grotte le 17 mars 1823. Avec un guide, elle est descendue dans la grotte qu'elle a décrite de façon précise et détaillée. Mais elle n'a pas mentionné la pyramide. Si elle avait remarqué la pyramide, elle n'aurait pas manqué de la décrire vraisemblablement, ce qui suggérerait une date de construction postérieure à 1823

 

Franc Maçonnerie et Egyptomanie

 

L’Egyptomanie était en vogue au XVIIIème siècle et on évoque évidemment les grandes  pyramides. La campagne de Bonaparte de 1798 a accentué l’intérêt pour l’Egypte.

Selon Paul Tubiana () page 15, la présence de la franc maçonnerie est attestée en région niçoise en 1744  et les premières initiations ont eu lieu vers 1747/1748. Les officiers français pendant le guerre de succession d’Autriche n’étaient peut être pas étrangers à cette situation.

 

Les familles Falicon et Peyre de la Coste

 

Ces familles importantes ont fourni des édiles à la Ville de Nice. Elles étaient très liées et gravitaient autour de trois pôles, avec aussi des propriétés à Peille.

 

1 - Le nord de Nice jusqu’au Mont Chauve et le village de Falicon. Les Falicon possédaient la propriété « la Prediletta » dans le quartier du Ray et on peut voir cette propriété sur des photos anciennes. Certains ancêtres avaient été enterrés dans l’église de Falicon puis d’autres au cimetière Saint Barthélemy. Voir dossier Internet Généalogie Falicon.

On connaît l’histoire de Jean Jérome Peyre de la Costa de façon partielle. Il possédait et avait probablement fait construire, ce qu’on appelle désormais la villa Arson. Une autre branche alliée, le marquis de Chateauneuf avait aussi des propriétés dans le quartier du Ray dont une maison encore existante.

 

2 – La vallée de Blausasc et notamment le château de la Pallarea qui existe toujours mais transformé ainsi que des moulins dans ce secteur. Sur d’anciennes cartes de la vallée des lieudits étaient nommés Falicon

Joseph Marie Renaud de Falicon Thomas a pu récupérer le château de la Pallarea lors de la Révolution en prouvant qu’il n’était pas émigré mais à l’époque au service de l’armée sarde.

 

3- Eze et le Domaine de Saint Laurent, avec le château devenu l’Azurial, la chapelle Saint Laurent et des moulins. Le contrat de mariage de la fille de Jean Jérôme Peyre de la Coste, Agnès,  a été signé au château de Saint Laurent

 

Selon Yves Hivert Mésséca () le ci-devant Joseph Marie Gaetan Renaud de Falicon (1737-1787) était membre du Grand Orient de France. Son fils militaire (voir dossier Internet) a eu pour tuteur Jean Jérôme Peyre de Chateauneuf.

Joseph René Renaud de Falicon  dit l’ancien, capitaine  de l’armée du Roi de Piémont était près de l’ancien premier consul de Nice en 1778.

Il faisait partie des vrais amis réunis dans le collège des officiers  au bureau en 1808 ;

 Jean Jérôme Peyre de la Coste a émigré et ses biens confisqués mais dans l’inventaire, la pyramide ne figure pas ce qui n’est pas une preuve ni dans un sens ni dans un autre. C’est ainsi que Vinay  ami de D. Rossetti a acheté les terrains du Mont Chauve comme bien national.

 

Les architectes visionnaires ou utopistes du XVIIIème siècle

 

En page 165  dans le tome L de 2008  de la revue de l’IPAAM, on peut lire que « Nicolas Ledoux avait construit vers l’année 1770 une loge maçonnique où l’on pénétrait par une pyramide. »

Il s’agit de la pyramide de Maupertuis. La terre de Maupertuis près de Coulommiers appartenait aux Montesquiou. Le château construit par Ledoux a été détruit mais la pyramide existe toujours. Cependant,  la pyramide aurait été édifiée par Brongniart, selon Michel Gallet () page 34

Brongniart fut l’élève d’Etienne Louis Boullée (1728-1789) qui conçut aussi des pyramides, notamment une à la demande de Louis XVI  pour un monument à la mémoire de Turenne et aussi un cénotaphe dont la pyramide était ronde.

 

Peyre de la Coste et les francs maçons

 

Selon Marcelin Rodange (source Internet), « plusieurs membres de la famille appartenaient à certaines sociétés que nous qualifierons de discrètes : Franziot et Jean Marotti, l’un affilié à la « Vraie Fraternité des Frères Antiques » ; l’autre à  « Les Sectateurs de la Vertu », Carles membre avec son oncle Robert de la « Fraternité Blanche d’Avignon ».

Il semble d’ailleurs que ce site soit toujours resté entre les mains de familles à connaissances hermétiques, c’est ainsi que les prédécesseurs des Peyre de la Coste au XVIème siècle étaient les Tondutti de l’Escarène seigneurs aussi de Falicon »

Testamento del conte e senatore orazio Tonduti della Scarena 3 oct 1723 Carton 45 plico III

Charles Tondutti fut investi le 1er mars 1737 d’une portion du fief de Falicon. Son fils Gaetan Louis n’eut pas de descendance et son héritage passa au Comte Jean Augustin Peyre de la Coste. Celui ci avait reçu le titre de Comte de la Costa sur le territoire d'Oneglia actuelle Imperia en Ligurie en 1722 et fut l'héritier du vassal Gaetan Laurent Tonduti et comme tel il adjoignit à son nom patronymique celui de Tondutti et fut investi d'une portion du fief de Falicon (1770). Le fil du Comte Jean Augustin (+ 1779) fut le Comte Jean-Jerôme (+1798)

L'acte de vente comme bien national de la Bastide provenant de l'Emigré Peyre Lacoste ... ADAM 1Q66N°259F° 36

Selon Yves Hivert Messéca, Michel Peyre futur marquis de Chateauneuf  en 1773 faisait partie de « la parfaite Union », loge militaire

Autre source: le magazine " Mesclun" hiver 1986 -1987 donne une deuxième ref AD "elle (la Bastide) passa par héritage à la fin du 18ème siècle aux Peyre de la Coste et leur fut confisquée pendant la révolution; Acte de Vente à François Vinay daté du 7 VENDEMIAIRE AN V ADAM SERIE Q72N° 259F° 36

 

 

 Conclusion

 

Même si la pyramide n’a pas été décrite avant les années 1800 on ne peut exclure qu’elle ait été imaginée dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, par les propriétaires par exemple après le traité d’Aix la Chapelle en 1748 mettant fin à la période troublée de la guerre de succession d‘Autriche. La grotte étant sur un terrain privé les « touristes » n’avaient pas lieu d’y accéder et sa visite était peut être réservée à des francs maçons discrets.

Les architectes des lumières pouvaient être proches des francs maçons et les ouvrages du type pyramide étaient dans l’air du temps.

Les auteurs des premiers projets de pyramide pourraient avoir été dans ce cas soit   les Tondutti, soit Marie Gaetan Renaud de Falicon (1737-1787) ou Joseph, soit éventuellement un des Peyre, projet repris par Vinay et Rossetti qui en avaient peut être connaissance.

Plusieurs de ces personnes qui gravitaient dans le milieu franc maçon avant et après la Révolution, se connaissaient sans doute.

Ajoutons que Pierre Joseph Arson  acquéreur de la villa à qui il a donné son nom  est venu d’Avignon où se trouvaient des loges d’ailleurs,  pour fuir la Révolution.

Il était féru d’ésotérisme

Nouvelle étude

Elle a paru dans le tome LIV des mémoires de l'IPAAM de 2012 () sous la signature de Catherine Ungar, Pierre Beny, Yann Duvivier, mais n'apporte aucun élement nouveau au sujet de la pyramide

 

Note

 

Derrière le château des Falicon à Saint Laurent d’Eze, a été édifié au XVIIIème siècle un mur en tuf en pierres de taille appareillées en pierres sèches avec un arrondi autour de la bouche d’une fontaine. Ceci n’a peut-être rien à voir avec la pyramide de Falicon mais c’est un indice prouvant que la famille était capable de faire exécuter de beaux ouvrages dans des endroits qui n’étaient pas à la vue de tout le monde

 

Bibliographie

Blessington - (Marguerite Gardiner Lady of) - The idler in Italy vol I - by he Countess of Blessington - London - Henry Colburn, publisher, Great Malborough Street 1839

Casalis G. Dizionario geografico storico statistico commerciale compilato per cura del Professore e Dottore di Belle Lettere

Gioffredo Casalis Cavaliere dell’ordine de SS Maurizio e Lazzaro

Opera molto utile agli impiegati nei pubblici e private uffizi a tutte le persone applicate al foro alla milizia al commercio e singolarmente agli amatori delle cose patrie

Bibliothèque municipale de Nice

Tome XI – B 8143, 1843

 

Gallet Michel – Ledoux- éditions Picard 82 rue Bonaparte 75006 Paris 1980

 

Guide des Etrangers à Nice – Imprimerie  de la société typographique 1826

 

Hivert Mésséca Yves – La franc maçonnerie dans les Alpes maritimes – éditions du Cabri

 

Mémoires de l’Institut de Préhistoire et d’archéologie Alpes Méditerranée Tome L année 2008

Mémoires de l’Institut de Préhistoire et d’archéologie Alpes Méditerranée Tome LIV année 2012 page 249 et suivantes

 

Tubiana Paul – Lou Sourgentin N° 188 Octobre 2009 Francs-maçons du Pays Niçois