FONTAINES ET SEXUALITE - FONTAINES UBERALES  


Préambule


La fontaine du Mannekenpis à Bruxelles est mondialement connue.

Mais les fontaines dont la décoration est à caractère sexuel sont relativement rares, peut être du fait qu’elles sont exposées à la vue de tous et pour ne pas choquer les gens.

Les fontaines présentent des décorations très diverses. On peut voir souvent entourant le tuyau de sortie de l’eau des têtes d’homme ou d’animaux, lion par exemple, ou des têtes de monstres. On voit aussi des sculptures plus directement liées à l’eau: poissons, particulièrement dauphins. A Nice on peut admirer la très belle fontaine  des tritons

Les décorations montrent aussi parfois des femmes versant par exemple l’eau de la fontaine à partir d’une cruche.

Mais il existe quelques fontaines évoquant des motifs à connotation sexuelle ou de fécondité.

 

Fontaine de Toudon 06830


La décoration de cette fontaine pose plusieurs questions.

A-t-elle été conçue à l’origine pour cet emplacement ou bien a-t-elle été mise à cet endroit en réemploi ?

La présence d’une croix désaxée par rapport à la fontaine pourrait faire penser à cette dernière hypothèse, car la pierre semble provenir d'un linteau.

La sculpture est assez dégradée. Est-ce l’effet des intempéries ou bien a t’elle été martelée pour atténuer la crudité du motif ?

G. Brétaudeau (2), page 217, a fait un rapprochement avec le thème de Simon le magicien qui fait l’objet par ailleurs d’une étude dans ce site histoire simon le magicien Ce personnage avait la particularité de pouvoir voler.

Mais cette interprétation est erronée, car on voit nettement deux personnages la tête en bas, qui cherchent à tenir le sexe du personnage central assis et qui lui-même cherche à écarter les deux personnages. A l’époque de l’article cité, il est possible que la fontaine ait été en partie recouverte de végétation ce qui a motivé cette interprétation. Quand la fontaine fonctionnait correctement, il y avait trois jets. L’eau sortait du personnage central par la verge et par la bouche des deux personnages latéraux  à peu près à même hauteur.

René Alleau (1), écrit à propos des motifs du cloître Saint Trophime à Arles en Provence : « on y remarquera également quelques motifs curieux qui paraissent avoir eu une destinée hermétique….un homme tenant par la jambe deux enfants la tête en bas. Ce dernier thème figure également dans un groupe plus complexe : une femme nue se tient debout, les jambes écartées, sur le dos d’un chien à queue de dauphin ; entre ses jambes donc sur le chien, un bébé Bacchus est assis ; la femme tient dans ses bras deux enfants la tête en bas tout en pressant ses mamelles de ses mains ».

Y a t’il un mythe correspondant à ce sujet ?

Fontaine d'Eze 06360


La fontaine de la place du Planet dans le vieux village a été implantée au moment de l’amenée de l’eau dans le village vers les années 1920. Elle a été offerte par un milliardaire américain, Samuel Barlow, au moment de la restauration du château des Riquiers voisin. Son origine serait génoise.

Elle a été adossée antérieurement au bâtiment qui est au centre de la place

Elle présente la particularité d’être surmontée d’une tête au regard fixe et hiératique à la différence des têtes habituelles sculptées sur les fontaines.

Sur la partie extérieure du bassin des sculptures sont difficiles à interpréter.

A gauche il pourrait s’agir de deux serpents opposés.

Le bassin est divisé en deux demi conques

Selon un visiteur, cette fontaine pourrait être un rappel discret et non choquant d'un corps de femme;

la base représenterait la taille et le bas l'élargissement des hanches.

Les deux demi-conques pourraient symboliser les seins, et les deux trous par lesquels s'écoule l'eau seraient dans ce cas les tetons.

Les animaux affrontés pourraient être interprétés comme des serpents cherchant à têter.

Fontaine de la Turbie 06320


 

La décoration de la fontaine de la Turbie comporte trois coquilles dont une se trouve sur une tête d’homme.

Cette fontaine du début du XIXème siècle.

Le bassin de recueil des eaux comporte deux demi vasques et pourrait être un discret rappel des attributs sexuels masculins

Fontaine de Falicon 06950

On peut voir dans cette fontaine une connotation sexuelle et un symbole phaliique mais était ce l'ineention du concepteur?

Fontaine de Salernes 83690


 

 

Cette fontaine montre deux têtes qui pourraient être interprétés comme un homme et une femme, surmontés d’une accolade et d’un symbole sexuel, signe de la fertilité ?

 

Fontaine saint Michel de Forcalquier 04300


Cette fontaine gothique du XVIème siècle, signalée notamment par Luc Thévenon (5), montre en particulier un personnage debout et l’autre renversé, la tête entre les jambes du premier.

Cette attitude peut être considérée comme érotique.

Mais cette pose pourrait être une allusion au jeu de culbute encore pratiqué au XIXème siècle.

Le signe zodiacal des gémeaux est parfois représenté par deux personnages dans une attitude opposée.

 

Fontaine de Clavi, vallée du Prino au nord d’Imperia Ligurie


 

Cette fontaine, photographiée par Franco Ferrero (3), page 267 peut faire l’objet de plusieurs interprétations.

Les sourcils sont en forme de feuillage  et une feuille couvre le front dont la base serait le nez.

Les joues sont gonflées

 

Fontaines ubérales


En latin, le terme "uber"  a deux sens : sein gonflé de lait ou fertilité de la terre avec l'adjectif correspondant fertile, fécond, copieux.

On appelle fontaines ubérales des fontaines d'où l'eau sort par le sein de femmes statufiées.

Cette question a été étudiée de façon approfondie par Gerges Dubosc (1854-1927) qui a publié un article intitulé "mannekenpiss et fontaines ubérales" en 1927 consultable sur Internet

Le thème de la coquille


A ce propos, René Allleau (1) page 201, écrit  « la route qui longe les ruines du château de Mont Paon, à 8km à l’est de Fontvieille par la RD 17 vous mènera à un très curieux vestige romain :l’autel de la coquille. Les Romains taillèrent cet autel dans la pierre tendre d’une carrière de la route des Baux, et l’ornèrent d’une coquille de Pecten ou saint Jacques. Plus tard, les pèlerins en route vers Compostelle, passant près de l’autel du mont Paon, y virent le reflet de leur quête spirituelle.

Mais avant d’être l’insigne des croisés de Galice, la coquille saint Jacques avait été identifiée au berceau nacré de Vénus ; la mythologie provençale lui avait du reste attribué une troisième fonction symbolique : celle de la fécondité, liée au culte des eaux de toutes les Alpilles »

Dans la cathédrale d’Antibes, se trouve un bénitier du XVIème siècle avec parmi les sculptures une coquille sur la base, voir PCAM (4) page 41

Bibliographie


1 - Alleau René, Jean Paul Clébert et autres, Guide de la Provence mystérieuse, les guides noirs, Tchou éditeur

2 - Brétaudeau Georges, mémoires de l’Institut de Préhistoire et d’Archéologie Alpes Méditerranée, Tome XLIV , 2002

3 - Ferrero Franco, Questa nostra terra

4 - PCAM, patrimoine culturel des Alpes Maritimes, Editions Flohic 2000

5 - Thévenon Luc, conservateur en chef honoraire, ancien conservateur du musée Masséna, Nice