mise à jour juillet 2013

 

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SITE DE LA CARRIERE DE MARBRE DE PICARON 06540 BREIL SUR ROYA

Mise à jour février 2017

 

Carrière de marbre noir

 Photo Charles Botton

Elle se trouvait en amont du pont de la Pinea près de la route de Breil au col de Brouis, coordonnées approximatives 43°56’48 N, 07°29’16 E, H=800 m

L’usine de traitement était à la Giandola près de la route vers Saorge (grâce à l’eau de la Maglia)

 

Texte de C Botton () page 183

 

« Le marbre de Breil dont la finesse est vantée par Bonifaci dans ses  chroniques, intéresse de plus en plus les entrepreneurs régionaux en cette époque  faste pour les constructeurs. Le 5 mars 1863, le Conseil Municipal examine la requête de l’Entrepreneur marseillais Aquarone qui veut en extraire sur le territoire de la Commune. Le Conseil examine favorablement cette demande intéressante pour l’avenir économique  du pays. Il fixe à 100 f  le droit annuel d’exploitation pour la période du 1er janvier 1864  au 31 décembre 1879, mais en fait l’Entrepreneur renoncera à son projet. En septembre 1877 un nommé Tailleret lui succède  et le Conseil Municipal décide de lui accorder pour 18 années l’exploitation du marbre sur le territoire de Breil s’il maintient sa proposition d’offrir 2 f par M3 de marbre aussi brut que travaillé. Tailleret accepte et ouvre au Picaron sur la route de Brouis une carrière qui s’avère très productive, puisque cent personnes  sont embauchées pour travailler  à la marbrerie de la Giandola et en mai 1877, l’usine Canisy  est autorisée à agrandir le canal d’amenée d’eau, pour augmenter encore sa capacité de production (ref. ADAM 463 S n°1 Breil affaires). Le produit consiste en un marbre noir légèrement veiné de blanc, scié, découpé, poli, livré à Nice et sur la côte pour la construction des villas, hôtels et palaces. Certains anciens prétendaient que  cette marbrerie exportait jusqu’en Indochine.

En particulier la table de communion séparant le chœur de la nef de la paroisse Santa Maria in Albis a été confectionnée avec ce marbre dont on peut ainsi apprécier la qualité »

 

Texte de Casalis () en 1834:

 

Breglio : Sur le territoire on trouve du marbre noir à grain fin et compact, qu’on peut bien polir ; du marbre blanc et noir qui une fois poli, produit un bel effet » (note : E Boyé () page 672, note « on exploite à Breil des marbres très recherchés »)

 

Notes

 

1 - On peut donc conclure que la carrière de marbre était déjà exploitée dans les années 1820-1825, années des chroniques de l’abbé Bonifassi. L’église Sancta Maria in Albis de Breil a été terminée en 1699 mais la table de communion avec son marbre noir est peut être postérieure

 

2 - Un procès a eu lieu à cause de dommages causés à des riverains

Archives de Breil : E 069/031

Début 01/01/1885 fi 31/12/1946

Une liasse 4 D 15 Breil contre « Société des bois et carrières de la Roya » et Lucrèce Cottalorda au sujet de l’exploitation d’une carrière de marbre sise dans la Bandite de Picaron, louée par la Commune (1872-1888)

 

3 - Dans les actes anciens il est mentionné comme accès "une voie voiturable avec des lacets "

 

4 - Aux archives départementales on peut voir un texte mentionnant l’acte de cession de Charles Tailleret  à la Société des carrières de la Roya le 8 juillet 1878, mais en 1879 l’expert ne mentionne que Charles Tailleuret

 

5 - Voir ci-joint le rapport d’expertise assez confus mais qui mentionne également le berger et où l’on peut lire que la surface de la veine de marbre est de 20 mètres carrés

 

 

Prospection de septembre 2016

 

 

Prospection et photos Jacky Sarale Raoul Barbès

 

A une centaine de mètres de la falaise se trouve une petite construction. Elle figurait déjà sur la plan cadastral de 1866 (parcelle 146  K1 la Morge).

Au pied de la falaise il n’a pas été possible d’accéder à ce qui reste de la veine de marbre, mais des éclats ont été observés (voir photo). Au pied du cône d’éboulis, dans un bloc on peut voir la trace de deux trous de mine effectués très proprement avec une perforatrice.

Cette construction isolée était peut-être celle utilisée par le berger et mentionnée dans le rapport d’expertise

A l’extérieur du bâtiment, dans les déblais, on peut voir des débris de tuiles mécaniques de diverses provenances :

Photos ci dessu de gauche à droite:

Tuilerie Arnaud Etienne et Cie (active en 1881)

Tuilerie Henry frères Saint Henri vers l’Estaque

Tuilerie Romain Boyer de la Coudoulière (siège social à Marseille, fondée en 1900).

 

A la Giandola les deux canaux rive droite et rive gauche sont encore en service.

Un bâtiment qui figurait sur le cadastre de 1866 (parcelle J 2 - 390) était alors qualifié de forge et appartenait à Cachiardy Fromento.

Ce bâtiment en rive droite a probablement été remanié, et actuellement il abrite une menuiserie.

Ci-contre photo du cnal rive gauche

 

C’est peut-être là que se trouvait l’usine mais le quartier a subi des dommages pendant la deuxième guerre mondiale et il est difficile de se prononcer.

Il y avait aussi une forge en rive gauche (parcelle  C3 N° 455 du plan de 1864)

Les plaques de marbre de la table de communion font environ deux mètres de long chacune. Les deux marches d’accès sont aussi en marbre noir.

Photo ci-contre

Rapport d'expertise de 1879

 

A Monsieur le Président du Tribunal Civil de Nice.

Par votre ordonnance du 7 juillet dernier rendue contradictoirement entre la Dame Lucrèce Cottalorda, épouse assistée et autorisée de Monsieur Joseph Célestin Bergondi, rentier demeurant à Nice, demanderesse d’une part et Monsieur Charles Tailleuret, marbrier demeurant à Breil, défendeur d’autre part, vous avez ordonné que par le soussigné expert agréé des parties, et par elles dispensé de serment, les lieux litigieux soient vus et visités à l’effet de vérifier si l’exploitation de la carrière de marbre dont s’agit  occasionne un préjudice à la demanderesse en indiquant dans le cas affirmatif quels sont les dommages éprouvés jusqu’à ce jour ainsi que ceux qui pourraient être soufferts par la suite.

En conformité de l’ordonnance sus datée  après avoir fait connaître aux parties que le 19 aout dernier huit heures du matin, j’aurais procédé à l’expertise qu’elles m’avaient confiée  et les avoir invités à se trouver sur les lieux.

Je soussigné André Borriglione, ancien notaire expert et résidant à Sospel, je me suis rendu au dit jour et heure, transporté en la bandite de Picaron, terroir de la Commune de Breil situé à la distance  de 17… de ma résidence et précisément sur les lieux formant l’objet de la contestation où étant en présence  et sur les indications des parties, savoir la demanderesse en présence de Monsieur Bergondi son mari assisté du Sieur Guida J B, berger fermier de la dite bandite et de Monsieur Charles Tailleuret en personne, de Monsieur Bergondi en sa dite qualité ainsi que le fermier Guida ont soutenu que  par l’exploitation de la carrière de marbre de la part du Sieur Tailleuret ils ont été privés du droit de pacage sur une étendue considérable de la bandite et que cette violente spoliation leur a causé un  préjudice annuel de 150 F. Monsieur Tailleuret par contre a dit que l’exploitation en question ne cause à la demanderesse pour elle et au fermier de la dite bandite qu’un dommage de peu d’importance, dommage que d’après sa déclaration  il était prêt à payer. Ensuite j’ai procédé à la visite des lieux litigieux et à mes opérations ainsi qu’il suit sur la partie inférieure de la bandite de Picaron qui a une  étendue de 94 hectares y compris toutes les terres ensemençables et en nature de prés ou incultes appartenant aux particuliers, confrontant à l’est la bandite des frères Toesca Bovis et autres, à l’ouest  la bandite, au sud la route nationale N 204 et au nord en partie la bandite Toesca et en partie de la ?  et dans un ravin enfoncé existant de grandes masses de rochers de surplus constituant la carrière de marbre actuellement en exploitation au-dessus de l’endroit où est pratiquée l’extraction du marbre se prolongent les barres  de rochers et partiellement le ravin, au-dessous se prolongent également… le ravin et une espèce de sinuosité assez spacieuse formant un cul de sac dans lequel sont jetés les blocs et pierres inutiles provenant de la dite carrière, à gauche de celle-ci c'est-à-dire vers l’est existe une petite vallée dont le sol est pierreux comme le lit du ravin ci-dessus indiqué et à droite une rive de terrain en friche.

Pour déterminer le préjudice que la demanderesse a pu souffrir et pourra éprouver à l’avenir, j’ai dû me rendre compte non seulement de la surface de terrain occupé par l’exploitation de la carrière et ses dépendances rendues impraticables au pacage des troupeaux mais aussi des droits de la demanderesse sur la bandite Picaron. L’étendue des rochers où s’effectue aujourd’hui l’extraction du marbre peut être calculée à 20 mètres carrés et n’a pas d’importance comme pacage parce que le sol est formé de rochers et on ne voit de l’herbe que dans ses interstices mais j’ai dû constater que la dite exploitation comprend une partie assez importante de terrain inculte et pierreux sur lequel le pacage ne peut s’effectuer sans danger et en dehors du terrain occupé par la route voiturable pratiquement sur le sol de la dite bandite pour le transport du marbre. En effet les… de la carrière sont inabordables aux troupeaux. Au-dessus ils ne peuvent les faire pacager par la raison que les ouvriers occupés  à l’extraction du marbre  ne tolèrent point le pacage, leur vie étant  constamment en danger par les pierres que les troupeaux font glisser sur eux, au-dessous de la carrière où sont jetés les blocs et pierres inutiles. Le pacage est aussi impossible non seulement parce que le terrain est couvert de grosses pierres mais aussi  par la jetée  de celles ou…de l’explosion des mines qu’on pratique. A cause de la jetée  ci-dessus indiquée, la petite vallée formant l’extrême limite est de la bandite située au-delà du ravin n’est plus accessible aux troupeaux. Enfin à droite du ravin un terrain gazonné tout à fait couvert d’une couche de déblais de b… et sur lequel le pacage ne peut être pratiqué, le déblai empêchant la reproduction de l’herbe et de gazon. Il s’ensuit donc que les environs de la carrière sont pour ainsi dire fermés au pacage des troupeaux et qu’ils comprennent un rayon de plus de 4 hectares de surface. A part l’impossibilité d’exercer le droit de pacage aux endroits sus désignés, il y a lieu aussi de tenir compte du terrain occupé par l’ouverture et construction de la route voiturable pratiquée au commencement de février 1879 laquelle en partant de la carrière en exploitation se prolonge par des contours  en zigzag jusqu’à la route nationale N 204. La dite route a une longueur de 1220 mètres pour une largeur moyenne de 4 mètres. Elle traverse des terrains incultes et à champs et  occupe y compris le talus à pic ou tranchée  une surface de 5800 f (?). Une étendue de terrain à peu près égale a été occupée et couverte par une couche de déblais provenant de la construction de la route, jetés sur les berges et le sol inférieur de la même route.

Le matériel provenant des déblais susdits  se compose  des pierres et d’une terre  tout à fait aride et ingrate qui aura pour effet d’empêcher la reproduction de l’herbe aux pâturages sur une  étendue  de terrain occupé et  ne sera susceptible d’en produire que dans 5 ou 6 années. Or en tenant compte de la surface de terrain occupée par l’exploitation de la carrière et sur lequel le pacage  des troupeaux ne peut plus  avoir lieu par les motifs sus énoncés ainsi que dans celle occupée par l’ouverture de la dite route ayant commencé vers les premiers jours de février 1879, c’est à partir de cette date que les dommages se sont produits et dont j’ai la mission de constater et de fixer d’après l’acte d’acquisition de la bandite Picaron par les auteurs de la demanderesse. Il résulte que celle-ci a le droit de pacage sur tous les terrains communaux situés dans le rayon de la bandite que même doit lui compter aussi  sur les terres incultes ou après que sur les terres et champs non ensemencés appartenant à des particuliers et enfin que le droit de pacage y est ruiné ? chaque année depuis le 9 septembre jusqu’au 15 avril suivant c'est-à-dire pendant 6 mois que les propriétaires assujettis au droit de pacage ne peuvent par aucun moyen en empêcher le libre exercice. Il ne m’appartient pas de m’occuper sur le point de savoir si les mêmes propriétaires au moyen de ventes ou concessions faites au profit de tiers peuvent …leurs terres de la servitude à laquelle sont assujettis au profit de la demanderesse, telle n’est pas ma mission, mais j’ai le devoir de signaler toutes les conséquences auxquelles la demanderesse est imposée par suite de l’exploitation de la carrière de marbre de la part de Monsieur Taillleuret. Je dirai d’abord que le terrain occupé par la dite exploitation et qu’il a été constaté  avoir une surface de 5 hectares et 8 ares est situé à une faible distance, une centaine de mètres environ de la grange ou le berger fait pacager pendant la saison d’hiver ses troupeaux, que ce même terrain est le mieux exposé au midi sur lequel la neige séjourne plus difficilement est plus propice au pacage des troupeaux à cause de la proximité de la grange. En second lieu je ferai observer  que le fermier de la bandite pendant 75 jours, c'est-à-dire du 1er Février jusqu’au 15 mars suivant a été empêché de faire pacager ses troupeaux sur le terrain ci-dessus indiqué ; que cette privation aussi subite qu’inattendue lui a été incontestablement très nuisible et préjudiciable eu égard  surtout à l’hiver très rigoureux et exceptionnel qu’on a dû traverser pendant lequel la neige est tombée en abondance. En troisième lieu que par l’ouverture de la nouvelle route voiturable, le pacage est tout le long interrompu et plus difficile à pratiquer. 4ème enfin que l’exploitation dont s’agit a eu pour effet de démembrer la bandite d’une partie assez considérable de pâturage, que ce démembrement entraine nécessairement une diminution sur le prix du fermage et une dépréciation sur la valeur réelle de la bandite et même que dès lors  par la nouvelle situation imposée à la demanderesse, celle-ci a souffert et souffrira par la suite des préjudices. D’après ces considérations qui précèdent, je suis d’avis que la demanderesse pendant l’hiver dernier c'est-à-dire pendant les 75 jours qu’elle a été privée du droit de pacage sur les parties de terrain en exploitation a souffert un dommage que je fixe à la somme de 50f, et outre qu’à l’avenir elle éprouvera un dommage que je fixe à la somme de 80 f

De tout ce que dessus j’ai dressé le présent rapport.

Sospel le 20 septembre 1879, signé Borriglione l’an 1879 et le 29 septembre  au greffe du tribunal de 1ère instance de Nice, et devant nous comme greffier a comparu Mr André Borriglione

Fodéré () cite page 116 "une vaste carrière de marbre noir à la montagne d'Aigara sur la rivière entre Breglio et ghiandola"

Ce quartier se trouve sur la rive gauche de la Roya en amont du village avec un chemin qui porte ce nom  (site à explorer)

 

Bibliographie

 

 

Botton Charles – Histoire de Breil et des Breillois – éditions du Cabri – 1996

 

Casalis - Dizionario geografico storico statistico commerciale compilato per cura del Professore e Dottore di Belle Lettere

Gioffredo Casalis Cavaliere dell’ordine de SS Maurizio e Lazzaro

Opera molto utile agli impiegati nei pubblici e private uffizi a tutte le persone applicate al foro alla milizia al commercio e singolarmente agli amatori delle cose patrie

Bibliothèque municipale de Nice

B 8134 Tome II, 1834, pages 611 et suivantes.

 

Boyé E – Les Alpes Maritimes - considérations  au point de vue forestier pastoral et agricole – 1888 numérisé juin 2007

Fodéré - Voyage aux Alpes Maritimes 1821