INSCRIPTIONS DU TROPHEE D'AUGUSTE A LA TURBIE 06320


 Mise à jour Novembre 2011

 

 

Note préliminaire

 

 

Plusieurs ouvrages ont été consacrés au trophée des Alpes, et en particulier à l’inscription relative aux peuples vaincus.

G.Casalis ()  publia le tome dans lequel se trouve l’article sur la Turbie en 1853 avant les premières mesures de protection qui eurent lieu à partir de 1858.

Il a travaillé à partir du texte de Pline l’ancien (), et des commentaires antérieurs faits notamment par d’Anville (), l’abbé Gioffredo, () Hardouin (), Jaillot (), Bouche (), Vesseling, Durandi, de Valois.

Plus tard Mommsen () s’est penché sur la question, puis principalement Formigé (), Nino Lamboglia, Barruol (),  et plus récemment Pascal Arnaud (). Celui-ci n’a pas repris les références de Casalis.

Voir aussi : Inscriptions latines 2

 

Traduction du texte de Casalis par Raoul Barbès et Françoise Prost

 

«  Dans cette inscription les ligures alpins sont nommés les derniers, parce que l’ordre retenu pour l’énumération des peuples alpins  va de l’orient à l’occident ; c’est pourquoi elle commence par les populations  de la « gens Euganea », ensuite vient celle des « Retti », puis suivent les quatre peuples de la « gens Vindelicia » et de nouveau  celle de la gens des « Retti », puis celle de la gens « Taurisca », et finalement les «Liguri »  des « alpi marittime » ; ces derniers sont  «  i Brigiani, I Sogiontii, gli Ebroduntii, i Nemalones, gli Edenates, gli Esubiani, i Veamini, i Galltae, i Triullati, gli Ectini, i Vergunni, gli Egituri, i Nemanturi, gli Oratelli, i Nerusi, i Velauni, gli Svetri »

Tous ces peuples se trouvent à peu de distance du Var, et à peu de distance les uns des autres.

Le lieu de Briançonnet au sud ouest de Glandèves semble être le site de Brigiani. Hardouin l’avait déjà supposé, et de plus on n’en peut douter d’après les vieilles pierres qui ont été retrouvées ici qui nous donnent « Ord.Brig. Ordo Brigianorum », d’après Bouche livre 4 chapître 3 page 281. Vesseling dans ses notes sur l’itinéraire d’Antonin page 341 attribue par erreur ces monuments à Brigantione c'est-à-dire à Briançon dans les « alpi cozie ».

I sogiuntii ont leur site à Sauze sur la rive droite du Var au dessus de Briançonnet au nord est et sous S.Martin d’Entraunes au sud est. Ainsi ils s’étendaient du Var jusqu’au torrent qui depuis le nord se jette dans le Var sous S. Martin d’Entraunes et étaient voisins à l’est de la montagne de Bal (Note RB: cime de Pal ?), entre les quelles et le dit torrent restent encore des vestiges dans le village de Souches (Note RB : voir col de trente souches ?). En parlant des antiques habitants des montagnes où les noms antiques comme les coutumes sont moins sujets à être altérés, il reste encore dans les appellations de lieux modernes des vestiges des anciens, qui jointes à la correspondance du site, nous représentent souvent les antiques positions  des peuples dont on fait la recherche.

Le Val-Benois, autrefois du diocèse de Gap, dans l’antiquité Vallis Bodonensis, aujourd’hui dans le diocèse de Sisteron qui par là même est limitrophe de Vaison, semblait d’abord à Durandi être le site des Brodiontii, mais il reconnut ensuite que i Brodiontii du trophée d’Auguste ne sont pas différents des Brodontici rapportés par Pline Livre 3 chapitre 4. En combinant le texte de Pline  qui rapporte exactement la description et division de l’Italie faite par Auguste, et en détermine les frontières, avec ce qu’écrit Strabon, lequel se réfère à la même division,  on peut démontrer que dans la distribution  des régions d’Auguste, le Var dans la plaine vers l’embouchure était la frontière entre l’Italie et la Gaule, et ne l’était pas dans les montagnes où les monts eux-mêmes servaient de frontière plus juste, c'est-à-dire la chaine  qui borde la rive droite du Var, dans laquelle étaient compris les peuples du trophée des Alpes, et unis à l’Italie par Auguste. Pline en outre nous apprend quand  et où change après Auguste une telle distribution de l’Italie : ainsi l’empereur Galba ayant séparé des peuples alpins et donc de l’Italie, les Avantici e Bodiantici pour les adjoindre à la Narbonnaise, Pline dans le lieu cité plus haut, ajoute après la description de la province : adjecit formulae Galba imperator ex inalpinis Avanticos, atque Bodiontocos quorum oppidum Dinia annotant ce changement fait « alla tavola », où à la liste des provinces d’Auguste il nous présente l’état de celles-ci comme c’était en son temps.

Dans les descriptions de Pline antérieures à celles d’Hardouin au mot de Bodionticos il lisait ebrodiontos, erreur manifeste parce que les habitants d’Embrun étaient les Carrigi. Cette même erreur  se retrouve dans le chapitre 20 où Pline rapporte l’inscription alpine, et de toute façon dans les autres textes on lit Brodontii, toutefois il apparait que le nom est un reste de la première erreur. D’où en retenant Bodiontici, dont Digne est la principale cité nous avons le site de ceux-ci.

Bouche et Hardouin situèrent les Avantici à Avançon entre Chorges et Gap ; d’Anville page 112 les situe dans la partie du diocèse de Gap qui s’étend au sud de la Durance entre ce fleuve et les confins du diocèse de Digne, mais du fait que les Avantici étaient dans les « inalpini » , n’étant pas décrits dans le trophée des Alpes, il semble qu’ils étaient inclus dans les Bodiontici, c’est pourquoi on doit rechercher leur emplacement près de Digne, et précisément le long du torrent Vançon qui traverse ce diocèse  et se jette dans la Durance sous Sisteron ; c’est ce que ne croit pas De Valois, qui les exclut de cet emplacement sans pouvoir en donner un autre plus convenable.

I Nemaloni sont placés par Bouche et par d’Anville vers la terre de Meolans dans la partie inférieure de la vallée de Barcelonette ; Ils s’appuient sur le seul nom de Meolans ou Miolans sans mentionner que le nom antique est Mediolanum, qui n’a aucun rapport avec celui de Nemaloni. Durandi très expert de la géographie antique dont on suit les traces dans le parler des populations indiquées dans les inscriptions du trophée d’Auguste, observe qu’il y a une meilleure vraisemblance à situer i Nemaloni à  Melanes terre proche à l’est de  Miolans. Il semble cependant que le lieu de Almons, appelé Alabonte dans l’itinéraire d’Antonin  vraisemblablement par erreur  comme également par erreur la table de Peutinger l’appelle Alarante situé entre Gap et Sisteron, a un nom plus semblable à celui de Nemaloni, se reflète dans la transposition  des lettres Nemaloni en Mamaloni et de Amalons en Alamons. Ce nom fut même en usage dans d’autres provinces des liguri. Nous avons deux fleuves Amalon, l’un entre Torino et Ivrea et l’autre dans les Alpes. L’antique Alamonte subsiste le long de la Durance. On a castrum alamonis où l’on a retrouvé d’antiques inscriptions. Le prieuré d’Alamon est dans le diocèse de Gap, et il semble convenable que le site des Nemaloni soit le territoire d’Alamons.

Gli Edenates ne sont pas différents des Adanates décrits sur l’arc de Susa parmi les peuples soumis au roi Cozio (Note de Casalis : voir Susa vol XX page 599)

Gli Esubiani du Trophée des Alpes sont nommés Vesubiani dans la description de Susa. Parmi les peuples de Cozio (Cottius), il convient de distinguer  ceux de son propre royaume  de ceux qu’Auguste lui avait attribués parmi lesquels ceux des « Alpi marittime ». Cette observation écarte la difficulté  sur la distance entre certains peuples soumis à Cozio, et ceux lui étant naturellement soumis. Dans la description coziana ne sont pas énumérés tous les peuples qui étaient assujettis à la préfecture de Cozio ; en outre disparaît ainsi  l’autre difficulté que ne soient pas inscrites sur le trophée des Alpes les cités de Cozio, comme non ennemies, parce que même sur l’inscription de Susa, il n’apparait seulement que les peuples énumérés qui étaient bien avant soumis à Cozio, et qui donc ne furent pas ennemis d’Auguste et des romains. Comme le trophée des Alpes a été érigé une année après l’arc de Cozio, comme on le déduit des années de la puissance tribunicienne d’Auguste notée sur les deux monuments, il est ensuite certain que le sénat romain n’a pas décidé l’érection de ce trophée sinon après l’entière soumission des alpins, qui a dû précéder l’érection du monument de Susa. C’est pourquoi Auguste a pu assujettir à Cozio  certains des alpins qu’il avait soumis, qu’ensuite il a fait énumérer sur son inscription et il était également convenable qu’ensuite sur le trophée des Alpes on décrivit ceux qu’Auguste avait assujettis. Pour cette raison il semble tout à fait justifié que les Esubiani du trophée des Alpes étant les Vesubiani de l’inscription de Susa habitassent  dans la vallée de la Vésubie comme l’avait deviné d’Anville.

I Veamini sont également indiqués sur les deux monuments. D’Anville page 682 les situe au dessus de Colmars sur la rive droite du Verdon dans la haute et basse Toramenos dont le nom est Toreamino. Cette hypothèse est plausible.

I gallitae. L’emplacement de ce peuple était Gillette entre le Var et l’Estéron un peu plus d’un mile en amont du confluent de ce celui-ci et du Var.

I Triulatti se trouvaient à Triola dans la vallée du fleuve Rutuba maintenant Roja.

Gli Ectini habitaient près du fleuve Tinea au dessus de Nizza et ainsi à peu de distance des Vesubiani.

I vergunni doivent se rapporter à Vergon qui encore sur les cartes du Moyen Age  est dit Vergunnum et Vergonium sur la rive droite du torrent La vaire.

Gli equituri appartiennent au territoire de Gatters ou Gattières sur la rive droite du var à environ quatre milles de son embouchure.

I Nementuri ne devaient pas être à Menton qui est trop près de la mer et par où passait déjà la Via Aurelia, mais à Demandols au dessus de Castellane et sous Vergon et ainsi près des Vergunni.

Gli oratelli conviennent à Utelle sous i Vesuviani entre le Var la Tinea et la Vésubia.

(Note : voir à la fin commentaire de Papon sur Oratelli)

I Nerusci ou Nerusii avaient pour capitale Vintium (Vence)  au-delà du Var comme le raconte Tolomeo livre 3 chapitre 1. Ainsi le territoire de Vence était le site des Nerusii.

I Velanni sont situés par Bouche dans le Comté de Beuil, qui est nommé Belio dans les cartes anciennes. D’Anville en convient ; mais Durandi croit plus vraisemblable que les Nerusii habitaient vers Guillaume qui a un plus grand rapport avec leur nom antique, observant du reste que ce lieu n’est pas loin de Beuil, et se situe dans la même vallée suivant la carte de Jalliot( Note RB : lire Jaillot)

Gli Svetri. tolomeo aussitôt après i Nerusii situe gli Svetri. Pline les situe au dessus des Oxubj . D’Anville les replace dans la partie septentrionale du diocèse de Fréjus.

Qu’il n’y ait pas d’autres ligures alpins mentionnés sur le trophée d’Auguste  est une preuve  qu’il n’avait  soumis aucun des Liguri le long de la plage ligustique, ni dans la partie opposée des alpi marittime regardant au nord le Piémont, lesquels vivaient sous le joug des romains.

Des peuples alpins vaincus par Auguste qui sont ainsi indiqués sur le trophée des Alpes, comme sur l’arc de Cozio, parlons également de l’histoire de Susa, des autres « peuples »nommés sur le trophée d’Auguste  et existant dans d’autres parties des états sardes »

 

Note de Papon

 

Cette note est extraite du dossier de G. Casalis sur Utelle dont la traduction est la suivante :

« Papon dans son Histoire de Provence dit que le nom de Oratelli primitifs habitants d’Utelle, provient de deux mots celtes, c'est-à-dire or, qui dans la langue celte signifie fleuve, et Tel qui signifie montagne ; de fait entre les torrents Vesubia et Tinea et le fleuve Varo,  et au milieu de montagnes escarpées  se trouve cette commune qui par abréviation fut appelée à l’époque romaine  Utelle, castrum de Utellis »

 

 

Bibliographie

 

Anville (d’) Jean Baptiste Bourguignon, géographe et cartographe 11 juillet 1697- 28 janvier 1782

 

Arnaud Pascal, professeur à l’Université de Nice Sophia Antipolis – l’inscription dédicatoire du trophée des Alpes et la liste des peuples vaincus – Nice Historique avril juin 2005

Bouche Charles F. 1736-1794– Essai sur l’histoire de Provence 1785

 

Casalis Dizionario geografico storico statistico commerciale compilato per cura del Professore e Dottore di Belle Lettere

Gioffredo Casalis Cavaliere dell’ordine de SS Maurizio e Lazzaro

Opera molto utile agli impiegati nei pubblici e private uffizi a tutte le persone applicate al foro alla milizia al commercio e singolarmente agli amatori delle cose

 

 

Durandi

 

Gioffredo Pierre 1629-1692 – historien de Nice

 

Hardouin

 

Jaillot Alexis Hubert, ingénieur géographe et cartographe 1632-1712

 

Mommsen Theodor, 1817-1903 - Corpus Inscriptiones Latinarum, V 7817

 

Pline l’ancien – Histoire naturelle

 

Ptolémée – Géographie

 

Vesseling  - notes sur l’itinéraire d’Antonin