Ils Ils sont

Le Bassin de l'Autreville ŗ Coursegoules

BASSINS A DENREES - ETALONS DE MESURE


Mise à jour octobre 2014

Note préliminaire

La pratique des bassins à denrées existait déjà logiquement dans l'antiquité, et Gaelle Coqueugnot () page 78, en a photographié sur l'agora de Messène dans le sud ouest du Péloponèse en Grèce

Après le retour du Comté de Nice au Royaume de Sardaigne en 1814 les anciennes mesures ont été reprises. Mais un édit royal du 11 septembre 1845 a rendu obligatoire l’application du système métrique à partir du 1er janvier 1850. Ceci était probablement valable pour la Ligurie

Antoine Risso  dans son guide du voyageur de 1844 a fait une étude sur les poids : voir dictionnaire de la langue niçoise,  édition Academia Nissarda page 885, ainsi que A Lacoste sur la coexistance du système métrique et d'anciennes mesures

Legislation ancienne

Pendant le haut Moyen Age existait la pratique de la Dime inféodée (voir Internet), offerte aux Serigneurs en échange de leur protection. Cette pratique fut interdite par le concile de Latran en 1179. Mais dans les faits cette loi n'a t-elle pas été contournée? Et en pratique, si la dime était payée en nature, il fallait des récipients pour la mesurer. Mais on manque d'élements à ce sujet.

Selon G. Casalis () page 753 Nizza "anciennement, il existait des mesures en pierre pour mesurer les céréales, les légumes et les fruits  en conserve, et il n'était pas permis de mesurer ailleurs  et d'autre manière les dites denrées sous peine  de la perte des denrées mêmes  comme il résulte  d'une sentence du 5 octobre 1327. Dans la ville  étaient établis des personnels officiels  dits de la RIGUARDERIA pour visiter et examiner les poids et mesures conformément à une patente du Duc Carlo du 21 mai 1489"

Etude

Cette étude constitue tout d’abord un inventaire des bassins et étalons de longueur connus dans l’ancien Comté de Nice, en Ligurie, et en trois endroits des territoires de l’ancienne Provence faisant partie des Alpes Maritimes.

Les sources sont soit des articles ponctuels sur tel ou tel village, soit des guides publiés par PCAM (), Enzo Bernardini (), Franco Ferrero(), ces deux derniers ayant écrit sur la Ligurie.

Cet inventaire a été complété par la publication des bassins de Saint Dalmas Valdeblore 06420 sur lesquels aucun document antérieur n’a été trouvé, et de bassins hypothétiques donnés sous toutes réserves (la Turbie, Bouyon); cet inventaire inclue également un bassin dont  aucune mention antérieure n’a apparemment été faite  (Toudon), mais qui servait à laver les blés et non à les mesurer.

En second lieu cette étude est une synthèse dans la mesure où apparaissent des caractéristiques communes aux divers bassins et aux étalons de longueur. Des hypothèses sur la durée d’utilisation des ces bassins et étalons et le début de leur mise en service ont été faites à partir des données historiques recueillies.

Ces caractéristiques communes sont mises en évidence sur les plans de la plupart des éléments cités, opération qui n’avait pas été faite précédemment selon les documents étudiés. Ainsi l’évaluation approximative des contenances a été faite pour les bassins dans la mesure où ils n’étaient pas trop dégradés.

Ce document pose la question cas par cas de la finalité de ces ouvrages, paiement de dîmes ou aide aux commerçants et à leurs clients pour leurs mesures.

L’étude toponymique a servi à localiser des emplacements fossiles possibles à Villeneuve Loubet 06270 et Saint Dalmas Valdeblore par exemple.

A la fin du document est posée la question de savoir pourquoi on trouve plus de bassins et étalons de longueur en Ligurie que dans les Alpes Maritimes.

Quelques exemples sont donnés d’autres témoignages existant en France.

Enfin quelques extraits de textes montrent la difficulté de mise en service du système métrique

Le terme « denrées » est employé à titre générique car il peut inclure des céréales et d’autres produits tels que olives ou liquides.

Des études ont été publiées dans le Revue Histoire et Mesures (), notamment en 1988, sur la mesure du blé et du pain à Macon du 14ème au 18ème siècle, en 1990 sur la « maldra » de grain en Rhénanie, pour le calcul des redevances, mais jusqu’à présent aucun texte n’a été retrouvé concernant l’objet de cette étude.

Dans la revue Gallia éditée par le CNRS, aucun texte n’a été trouvé sur ce sujet, ni dans la revue d’archéologie du Midi médiéval


Synthèse des caractéristiques


En ce qui concerne les bassins, ils sont en général cylindriques à section circulaire ou ovale, ce qui est logique en fonction du problème de nettoyage après usage et de facilité d’exécution.

Le fond est dans la plupart des cas, en pente vers un exutoire permettant de vider le contenu par le bas après enlèvement du bouchon. Ils comportent souvent une surverse, ce qui laisse supposer un usage à la fois pour mesurer des liquides et des solides sous forme de grains.

Ils sont souvent associés par deux ou plus, de contenance différente.

Ils sont en général sous abri dans un local comme à Vallebonna (Ligurie) ou plus généralement sous une voûte passante, à l’abri des intempéries et donc utilisables par tous les temps.

Ils sont généralement en pierre dure locale sauf dans le cas de Dolcedo (Ligurie) ou les bassins sont en marbre blanc, datés, à section rectangulaire avec explication gravée de leur usage.

Ils sont le plus souvent insérés dans une sorte de table ou de massif à une quarantaine de centimètres du sol. 

Dans le cas de Saint Dalmas Valdeblore, il n’est pas exclu que les bassins aient été primitivement sous un abri disparu depuis.

Les étalons de longueur sont en général constitués par des barres de fer scellées dans une façade donnant la mesure de la « canne locale » subdivisée en « palmes » sauf à Bar sur Loup (06620), ou à Pigna (Ligurie) où il s’agit de clous.

Les étalons de longueur sont le plus souvent voisins des étalons de capacité, dans le cas où les deux ont été conservés.

Finalité de ces étalons de capacité et de longueur


 

Il a été avancé plusieurs fois que les bassins servaient à payer la dîme en nature au Seigneur local. C’est probable dans certains cas, à Puget Rostang (06260) par exemple, où le bassin est par ailleurs isolé, mais on peut raisonnablement penser que dans d’autres cas les étalons étaient au service des commerçants voisins.

A Pigna par exemple, les bassins sont situés au centre névralgique du village et l’on peut reconnaître beaucoup de boutiques caractéristiques du Moyen Age avec leur étal contre la porte d’accès.

Pour certains villages il est difficile de se prononcer

Extension dans le temps de l’utilisation de ces étalons de mesure


D’après les rares exemples datés, il semble que le début de la pratique ait commencé au milieu du XI ème siècle, mais en ce qui concerne les étalons de longueur ils ont connu dans certains cas une nouvelle jeunesse, si l’on peut dire, au, XIX ème siècle lors de l’introduction du système métrique comme à Paris, ou à Dolcedo qui a vu s’ajouter une barre correspondant au mètre étalon à côté de l’ancienne mesure locale

Bassin de Puget Rostang - 06260


A Puget Rostang, au dessus de Puget Théniers, un bassin est situé contre  la porte aval du village au numéro  19 de la rue du four. Il se trouve à une quarantaine de centimètres du sol. Au dessus se trouve une plaque récente avec l’inscription « auge de la dîme », suggérant que cette mesure n’avait pas d’usage commercial mais servait à percevoir une taxe.

Ce bassin dans l’état actuel, n’est pas sous abri.

Son diamètre est de 47 centimètres et sa profondeur va de 12 centimètres à 20 centimètres au point le plus bas où se trouve l’orifice d’évacuation, ce qui donne un volume approximatif de 28 litres.

Dans le village on ne trouve pas de trace caractéristique de boutiques du Moyen Age

Bassin d'Auvare 06260


Photos Henri Guigues

Il présente un peu les mêmes caractéristiques que celui voisin de Puget Rostang, à l’entrée du village,  trop petit et trop haut pour servir d’abreuvoir, sans alimentation en eau.

On est ainsi amené à supposer que c’était également un bassin de la dime.

Il est encastré dans une façade.

   

 

Bassin du casteou de la Croix -  la Croix sur Roudoule - 06260


 

A la Croix sur Roudoule, au dessus de Puget Théniers 06, près de l’ancien château dénommé Casteou dont on ne voit que deux restes de murs, existe un bassin de forme circulaire qui est considéré comme mesure pour le blé par Luc Thévenon () qui l’a photographié. Il mesure 37 centimètres de diamètre à son affleurement avec le rocher, et 24 cm de profondeur environ. Cependant ses caractéristiques, sa position  et son environnement font qu’il y lieu d’être circonspect sur sa fonction.

 Il se trouve près d’un à pic (au dessus du cimetière) et près d’une croix sur socle en pierre datée de 1875 au plus haut du village  Un oratoire se trouve aussi à proximité.

Il ressemble à un bassin à denrées car en partie basse il comprend un orifice, mais celui-ci est à 6 cm du fond, de petit diamètre (3cm) et mal fini. Le bassin  a été creusé dans la masse rocheuse d’une dalle alors que la plupart des bassins à denrées connus sauf ceux de saint Dalmas Valdeblore sont des bassins qui ont été creusés spécialement dans un bloc et mis en place à un endroit choisi ; sa partie supérieure affleure le niveau de la dalle et l’exutoire se trouve au ras du sol côté extérieur, alors que dans les autres bassins examinés, l’ensemble est surélevé de 30 à 40 cm par rapport au sol. Les autres bassins connus se trouvent soit à une entrée de village soit près du centre névralgique du village alors que dans ce cas, ce bassin se trouve tout en haut et à l’ouest du village, dans l’enceinte de l’ancien château, position possible mais pas pratique pour le versement de taxe en nature par exemple.

Il pourrait aussi rassembler à un bassin rituel, car il se trouve près d’un à pic comme dans le cas d’Ongrand à Peille 06440 ou de Buoux près de Lourmarin dans le Vaucluse.

Près de ce bassin, se trouve une ligne de quatre excavations qui ressemblent à des cupules, dont la plus proche de la croix n’est pas entièrement creusée; la deuxième est nettement à fond circulaire de 24 centimètres de diamètre et de profondeur variant en fonction du pendage de la dalle entre 7 et 11 centimètres. Les troisième et quatrième sont peut-être des amorces de cupules ou bien des irrégularités de la dalle. Enfin, dans de nombreux cas observés en Ligurie l’évacuation des bassins rituels se fait par des sortes de canaux en surface, ce qui n’est pas le cas ici.

La troisième hypothèse concernant cette vasque pourrait être celle d’un mortier car les bords intérieurs sont très bien arrondis et le fait que l’exutoire n’est pas au fond pourrait signifier que le fond servait de décantation. Ceci fait l’objet d’une autre étude sur les mortariums

Les bassins de Saint Dalmas Valdeblore  -  06420


 

Sur la place du village à 20 mètres environ à gauche du monument aux morts.

On voit deux bassins cylindriques de taille différente creusés côte à côte dans une pierre locale.

Les exutoires sont très dégradés.

Les volumes estimés sont les suivants: 15 litres environ pour le plus grand, 3 litres environ pour le plus petit

Mais ces mesures sont approximatives du fait de l’état dégradé des bassins

L’émine était une ancienne mesure de capacité correspondant à 20 litres environ.

Il y a dans le village une rue des émines

Le banc en pierre qui se trouve à côté aurait servi à l’autorité contrôlant les mesures, pour s’asseoir.

Ce bassin à denrées n’est pas sous abri, porche ou loggia communale, mais il pouvait à l’époque où ces mesures étaient en service se trouver sous un auvent (en bois éventuellement) qui a disparu.

Bassins de Nice


 

André Compan (), note en page 174, à propos de Nice « En 1327 …les décisions des arbitres favorisent encore la ville haute. Celle-ci conserve les mesures en pierre pour la vente du blé et des grains qui continueront d’être vendus près de la cathédrale Sainte Marie ».

Tous ces lieux ont été bouleversés par la suite et aucun vestige n’a été retrouvé pour l’instant.

Par ailleurs Luc Thévenon () dans la revue le Sourgentin N° 210 de février 2014, page 9, note: "Au XIV ème siècle, outre son rôle passage, (le pont Saint Antoine) porte les mesures officielles pour les grains et les olives, fixées près de la porte qui le précède. On les répare en 1433"

Bassin de Bouyon  06510


 

Aucune donnée historique ne permet de dire qu’il s’agit d’un bassin à denrées. Il est très peu profond, environ 6cm, et ressemble à celui de Porto Maurizio en Ligurie ; cependant sa position est à un endroit favorable entre la mairie et la place de l’église pour assurer la fonction de bassin à denrées.

A propos de mesures, les armes de Bouyon portent le peson d’une balance que l’on nomme bouyon en langue du pays

Un exemplaire de ce peson se trouve d’ailleurs à la mairie. Voir photo. Un écu sculpté sur la porte de la mairie porte la devise «  un rup à quince » 

Le rup vaut 8 kilos environ soit 16 livres, ramener 16 livres à quinze revient à dire que l’on cherche la bonne entente.

Un bassin hypothétique à la Turbie 06320


           

Pour l’instant aucune donnée n’est disponible concernant ce bassin tout à fait hypothétique.

Cependant diverses photos anciennes montrent une pierre creusée sous le porche du portail saint Jean ou portail Gioffredo, dans le vieux village.

L’emplacement où elle se trouvait et sa taille pourraient suggérer un bassin à denrées, mais il faudrait chercher dans les archives communales s’il est fait mention d’un tel bassin.

Voir photo reproduite par Michèle Bertola ()

Selon une autre hypothèse cette pierre creusée pourrait avoir été un ancien bénitier de la chapelle de la Pieta voisine qui sert aujourd’hui de musée.

 

La rue des mesures à Villeneuve Loubet 06270


Le fond de le rue était autrefois appelé « Place des mesures », nommée ainsi parce qu’on y effectuait le contrôle des poids et mesures. La rue des mesures était la rue des commerces. A la R évolution c’était le cœur de la cité.

Il y aurait eu une pierre sur laquelle se faisaient les mesures, mais la tradition est trop imprécise pour dire s’il s’agissait d’un ou plusieurs bassins.

La rue des mesures à Puget Théniers 06260


Dans la rue Caissotti, sous une plaque de rue avec la dénomination actuelle, se trouve une plaque avec la mention  "rue des mesures XIVème siècle"

 

La rue du Marc à Antibes 06600


Selon Gérard Lavayssière (), page 42, « cette rue tient son nom de l’ancienne présence dans ses murs d’un établissement qui étalonnait le marc (poids), servant à peser l’or et l’argent »

 

Le bassin du lavoir de Toudon 06830


 

 Contre ce lavoir existe un bassin elliptique d’une trentaine de centimètres de profondeur. Contrairement aux autres bassins étudiés dans cet article, celui-ci ne servait pas aux mesures, mais à laver le grain, en effet le grain provenant du balayage des aires de battage était sale. Des anciens de Toudon se souviennent d’avoir encore pratiqué ce lavage.

La dimension de cette cuve permet de comprendre que les quantités traitées étaient très modestes. Le lavoir dit « lavoir jeune » est daté de 1810.

 

Etalon de longueur de Bar sur Loup 06620


Il se trouve en partie basse du donjon, qui sert actuellement d’office de tourisme, à gauche de la porte. Il s’agit de clous carrés en fer de 2 cm de section environ qui surmontent une pierre de 2.08m de long et de 12 cm de haut le tout affleurant à la surface du parement ; en partant de la gauche vers la droite, on peut voir un crocher à l’extrémité gauche de la pierre qui n’est peut-être pas lié à l’étalonnage. Puis on trouve huit clous espacés de 25 cm sauf les deux premiers qui sont espacés à peu près de 12.5 cm

La mesure totale de longueur marquée par les clous est donc de 1.76 m et la pierre dépasse à droite d d’un peu plus de 30 cm. On ne peut pas dire de quand date la mise en place (et la restauration éventuelle) de cet étalon, car la tour a été détruite en 1792 par les révolutionnaires sauf la base et le village a subi plusieurs tremblements de terre qui ont endommagé divers bâtiments.

Or la base actuelle de la tour est en très bon état.

Georges Ducoulombier () page 34, indique à propos de cet étalon « une curiosité, la canne scellée dans la base de la tour. C’est l’ancêtre du système métrique. En 1235, lors de la création de la seigneurie du Bar, une décision fut prise d’uniformiser les systèmes de mesure dans le comté. Une unité étalon fut scellée dans le pied de la tour servant de référence pour toutes les transactions. Olivier de Serres (1539-1619), agronome et écrivain français, nous apporte une indication précieuse sur cette mesure agréée dans cette région. Il cite dans théâtre de l’agriculture et ménage des champs (1900) : rapportant la toise à la canne, se trouve la toise contenir huit pans et neuf vingt sixièmes »

En fait ce qui est mesuré sur place ne correspond pas à une canne de huit pans de 25 cm.

Voir photo et plan

 

Bassins de Mont Dauphin – 05600


Deux bassins à denrées se trouvent place du marché. Ils sont taillés dans un bloc de pierre. Sur l’un est marqué une émine et sur l’autre une demi émine.

 

Bassins dans le sud-ouest de la France


 

Selon l'ancien conservateur du musée de Cagnes 06800, des bassins existent encore dans le sud ouest de la France souvent dans des halles.

 

Les bassins de Pigna – vallée de la Nervia au nord de Vintimille - Italie


Il s’agit de trois bassins cylindriques réunis sur une base en maçonnerie en haut de la rue principale nord sud du village sous un porche près d’un « halle » couverte par une voûte sur croisées d’ogive.

Il se trouvent entre les deux places du village, près de l’église donc près du centre.

En outre dans la rue qui traverse ce porche couvert, on peut voir de nombreuses anciennes boutiques caractérisées par une porte et un étal avec fenêtre servant de comptoir.

On peut penser que ces bassins servaient de mesures à la disposition des acheteurs et vendeurs de même que dans certains lieux on trouve des mesures de longueur étalon, fixées contre des parois.

Il faudrait compulser les archives communales pour retrouver des textes à ce sujet.

Les bassins sont de tailles différentes et leur base est en pente avec un orifice d’écoulement.

Les volumes utiles approximatifs sont les suivants :

16 litres, 12 litres, 6 litres

Dans la région de la Turbie selon André Franco ()

Les mesures utilisées au 18ème et 19ème siècle étaient

Le « rup » valant 7, 733 kg

Le « stare » valant environ 24 kg.

Apparemment ces mesures étaient utilisées pour apprécier des volumes en faisant une approximation entre les litres et les kilos.

On voit que la valeur du petit bassin correspondait à un quart de stare et la valeur du grand bassin à 2 rups. Mais il y a lieu de faire attention à la relativité du même nom de mesure d’un endroit à l’autre ;

.

Selon E Bernardini () page 51 ces bassins servaient au paiement du tribut en nature. Mais une utilisation pour le paiement des taxes  n’exclut pas un usage commercial.

 

Etalons de longueur de Pigna, dans la vallée de la Nervia


 

A Pigna contre l’église se trouve aussi une mesure de longueur  (cane…)

E. Bernardini () indique page 51, (traduction) : … « A gauche du portail, une succession de huit clous distants entre eux d’une palme, forme la mesure linéaire de la canne pour les étoffes (2,012m) »

Etalons de longueur de Taggia, dans la vallée de l’Argentina


Contre la façade sud de l’église, près de la place, se trouvent des étalons de longueur en fer scellés dans le mur. Il sont mentionnés par Franco Ferrero (), page 36, qui parle également des unités en vigueur à Gênes, et du nom de l’emplacement en général sous le vocable « banco della raggione » A côté de ces étalons, est peinte l’inscription suivante : « antichi campioni pubblici delle misure genovesi » (antiques échantillons publics des mesures gênoises)

 

Cannella Mt 2.22 «  9 piedi » usata per stoffa corda (utilisée pour les étoffes et les cordages)

Canna Mt 3.504 « 12 piedi » usata per muri terreni (utilisée pour les murs et les terrains)

 

Bassins d’Albenga


 

Ils se trouvent dans la loggia communale près de la cathédrale et de l’ancien baptistère. N. Lamboglia () page 64, indique que sont rassemblées là des mesures linéaires et de capacité de la commune d’Albenga

Autres bassins à denrées en Italie


 

Les bassins cités ci-dessous ont été indiqués par  Enzo Bernardini ()

Bassins de Vallebona au nord de Bordighera - Ligurie


Ce village se trouve près de Bordighera. Une table dans laquelle sont encastrés cinq bassins se trouve sous l’arcade de la loggia place de l’église. Deux bassins sont de forme elliptique. Celui de droite a une contenance totale de 43 litres mais une contenance utile de 39.4 litres si l’on tient compte de la surverse. Il comporte un trou en partie basse côté avant de  3 cm environ de diamètre.

Celui du milieu a une contenance de 19 litres environ. Il a un trou en partie centrale au milieu en partie basse.

Le bassin de gauche est rectangulaire et la sculpture est plus fine. Le fond a en partie disparu.

Sa contenance est de 24 litres environ

Deux petits bassins se trouvent à l’arrière mais sans évacuation.

Celui de gauche a une contenance de 5.5 litres et celui de droite  a une contenance de 4.4 litres approximativement.

Sur la voûte est inscrite la mention «  Decime del secolo XII »

Voir croquis et photos

 

Bassins de Lingueglietta - Ligurie


Au nord-est de San Stefano al Mare entre Taggia et Imperia.

Sur les deux côtés du passage, existe un banc en pierre.

Trois bassins côte à côte dont deux sont très dégradés. Ils se trouvent sous un passage voûté près de l’église fortifiée à l’angle de la via della chiesa et de la via san Pietro.

Le bassin de droite fait 40 cm de diamètre intérieur. Le fond est plat et l’orifice d’écoulement n’est plus visible.

Le bassin du milieu a curieusement une pente vers le mur et pas d’écoulement en partie basse. Il fait 33 cm de diamètre intérieur.

Le bassin de gauche est le mieux conservé. Il fait 30 cm de diamètre intérieur. Le fond est en pente vers l’avant. Il comporte un orifice d’écoulement vers l’avant de 4 cm de diamètre environ.

Son volume approximatif est de 9 litres environ. Voir photos et plan

 

Mesures de longueur de Lingueglietta - Ligurie


 

 

Sur le côté opposé aux bassins se trouve fixée dans le mur, une mesure de longueur « cane » en fer, divisée par des traits en douze palmes. Voir croquis et photos. La longueur mesurée est de 3.56 mètres. La palme correspondante serait donc de 29.7 cm environ. Les marques sont gravées en creux dans la barre rectangulaire scellée dans le mur. Sa section est de 4 cm de large et de 6.5 cm de haut environ. La barre se trouve à 1.20 au dessus du banc soit 1.65m au dessus du sol environ.

Sur le porche de la voûte on voit sous un corbeau une sculpture en bossage qui pourrait être une tête. Ces symboles sont parfois considérés comme protecteurs au Moyen Age. Voir photo

 

Bassins de Dolcedo au nord d’Imperia - Ligurie


 

Ce village est situé dans la vallée du Prino près d’Imperia. Deux bassins en marbre blanc se trouvent sous la loggia près de l’entrée de la mairie. Ils sont datés de 1613. L’un est une mesure pour le vin et l’autre pour l’huile.

L’inscription sur la face avant de celui de gauche est la suivante :

 

PRO COM S. THOME

LOCI DULCEDO

MEZA BARILE DE VINO

1613

Son volume total est de 52 litres et son volume utile si l’on tient compte de la goulotte est de 35.2 litres environ

Sur la face avant de celui de droite est inscrit le texte suivant :

PRO COMM

S. THOME LOCI

DULCEDI 1613

QUARTO DE OLIO

Son  volume total est de 24.8 litres et son volume utile si l’on tient compte de la goulotte est de 14.3 litres.

Les deux bassins comportent une goulotte assez profonde en partie supérieure dont la pente est dirigée vers l’intérieur.

En partie basse et sur le côté avant, les deux bassins ont un trou d’évacuation avec tuyau en bronze.

Voir croquis et photos.

Du fait que les  deux bassins de Dolcedo sont bien identifiés, on peut supposer que ce type de mesures a été très longtemps utilisé.

Mesures de longueur de Dolcedo au nord d’Imperia - Ligurie


 

Sur le mur du fond de la loggia se trouvent deux mesures de longueur en fer. La plus haute fixée au mur par trois scellements fait un mètre de longueur. Elle est divisée en  100 centimètres gravés dans la barre. La section de la barre est de 3 cm de haut par 0.5 cm d’épaisseur. Voir photo. A l’adoption du système métrique, on peut en conclure que cette mesure servait d’étalon pour le village et facilitait les conversions avec les anciennes mesures.

L’autre mesure est située sur le même mur à 13 cm en dessous ; elle est constituée par une barre rectangulaire scellée dans le mur de 3.56 mètres de long divisée également en 12 graduations gravées dans la barre ;

Sa section est de 3 cm de haut et 2 cm d’épaisseur. Elle se trouve à 40 cm environ au dessus d’un banc soit 75 cm au dessus du sol. 

Bassin de Porto Maurizio (Imperia)


 

Ce bassin est cité par Franco Ferrero () page 234 et se trouve scellé sur le garde corps en maçonnerie de l’escalier de la via Martina : banco della ragione al Parasio.

Il est circulaire à fond plat et bords arrondis. Il n’a pas d’orifice d’écoulement, et ne fait que 8 cm de profondeur.

S’il a effectivement fait fonction de mesure, sa contenance n’est que de  8 litres environ.

 

Etalons de la cathédrale Saint Etienne de Vienne - Autriche


 

Ils sont cités ici car en plus de deux étalons de longueur, on peut observer un cercle représentant la circonférence nominale que devait avoir le pain. ces étalons sont à gauche du porche de l'entrée principale

 

Les unités de mesure anciennes


 

Un article très complet a été publié par Roger Isnard (). Il comprend des textes et commentaires, la définition du système décimal, les mesures linéaires, de superficie, de solidité, de contenance, de pesanteur et de poids. Il note les difficultés de mise en place de ce système dans les Alpes Maritimes auprès de populations qui parlaient à peine le français.

Seraphin Laugier () a fait paraître en 1984 un  article traitant du même sujet, avec de nombreux commentaires de responsables sur la difficulté d’application du système dans le temps. Cet article est assorti de croquis des mesures portatives.

Une collection de mesures se trouve au musée Masséna à Nice

Un livre de P. Charbonnier () concerne les anciennes mesures utilisées dans les Alpes Maritimes.

Pierre Robert Garino (), page 300, donne un tableau des anciennes mesures utilisées valables pour Nice et Asprement. Son tableau d’équivalence, comme indiqué en note, est établi « conformément à l’article 11 della legge 11 settembre 1845 rendant obligatoire l’adoption du système métrique dans le Comté de Nice à dater de Janvier 1850. Pour les autres communes du Comté de Nice, les valeurs  étaient différentes, consulter la tavola di ragguagio degli antichi pesi e misure aux Archives Départementales des Alpes Maritimes ».

Charles Botton, pour ce qui concerne Breil, note à propos des « raspari ou regardateurs », « ce sont les vérificateurs des poids et mesures utilisés sur le territoire de la commune .Ils peuvent agir sur simple dénonciation des particuliers, chez tous les boulangers et aubergistes vendant  vin, huile. S’ils constatent l’existence d’une fraude, ils détruisent les poids ou mesures incriminés ».

La référence d’étalons de mesure, qui ne couvraient malheureusement pas tous les besoins était donc très utile.

Hubert Heintzé () signale page 70 à propos d’Ascros 06260 que le terme «  starate » est l’orthographe déformée  de la « sétérée », ou encore en patois la « sesteira ». Il indique lui aussi qu cette mesure était très variable suivant les régions et représentait l’équivalent de la surface que l’on pouvait semer avec un « seytier », unité elle-même très variable.

Il  existe également un livre de Giovani Ghilin () publié à Oneglia en 1845 contenant les tables de conversion du vieux système en usage dans le région et le système décimal en vigueur à partir de 1850 dans la province de San Remo.

Ce document se trouve à la bibliothèque Aprosiana  de Vintimille.

L’institut d’études ligures de Bordighera possède aussi des documents sur les anciennes unités de mesures.

Selon E. Bernardini, la cannella de 12 palmes mesurait 3,265 mètres.

La palme de 12 onces valait 27,208 centimètres.

L’once valait 2,267 centimètres.

Après 1850 la conversion donnait :

Un mètre = 3 palmes, 8 onces, et fraction de 1040

La canna = 3mètres 265 millimètres

10 mètres correspondaient à 3 cannes, 0 palme, 9 onces et fraction de 0400.

D’après ceci il semble que la cane de Dolcedo et de Lingueglietta, qui sont identiques (3.56 m) soient  différentes des « canes » citées ci-dessus.

François Gaziello () note dans son ouvrage : les « raspari » dont quelques fonctions sont identiques à celles des « regardadous » de Nice, ont aussi un service très chargé, ce sont de véritables inspecteurs de poids mesures et marchés. Leur statut aurait été en vigueur de 1610 au 18ème siècle.

Après 1815, la restauration sarde a supprimé le système métrique. Il en est résulté pendant un certain temps beaucoup de confusion. Seraphin Laugeri () page 212, écrit : « le roi Charles Albert va mettre fin à ce désordre…il nomme à cet effet une commission chargée de définir avec précision les modalités d’application des nouveaux poids et mesures (Edit Royal du 11 septembre 1849) ».

G Casalis dans son dictionnaire mentionne les unités de mesure en usage dans les différents villages du Royaume de Sardaigne vers 1840. Voir dossier Internet Casalis mesures

Le système métrique sera rendu obligatoire dans les Etats sardes à partir du 1er janvier 1850.

A propos de Nice, Casalis note page 752 du tome XI B, référence B 8143 de la bibliothèque municipale de Nice:

"Anciennement il existait des mesures en pierre  pour mesurer les céréales, les légumes et les fruits en conserve; et il n’était pas permis de mesurer ailleurs  et par un autre moyen de telles denrées, sous peine de perdre  les dites denrées, comme il résulte d’une sentence du 3 octobre 1327. Dans la ville furent créés des officiers dits de le Regarderia pour visiter et examiner les poids et mesures, conformément aux patentes du Duc Charles,  édictées le 21 mai 1489"

 

Le mètre révolutionnaire


 

Défini comme la dix millionième  partie de l’arc de méridien terrestre compris entre le pôle boréal et l’équateur, le mètre fut la nouvelle unité de mesure décidée par la Convention en avril 1795.

Selon Rodolphe Trouilleux () page 60 : «  Désormais on n’évaluait plus en toises et en pieds mais suivant les graduations du nouveau système. Cette volonté de créer une unité partagée par tous était proprement révolutionnaire si l’on songe que le France d’Ancien Régime divisait le pied en un nombre variable de pouces et lui attribuait des longueurs différentes suivant les régions. L’adoption du mètre impliquait la maîtrise du système décimal…qui ne coulait pas de source dans une France largement illettrée. On savait diviser par 2,4 ou 8 en pliant une ficelle, mais diviser par 10 était une autre affaire !

Afin de familiariser le public avec la nouvelle unité de mesure, on plaça aux endroits les plus fréquentés de Paris 16 mètres-étalons en marbre, entre février 1796 et décembre 1797.

Il n’en reste plus que deux dans Paris, et celui de la rue de Vaugirard est le seul à subsister à son emplacement d’origine. Le mur où il est scellé est d’ailleurs celui de l’hôtel particulier investi à la fin du 18ème siècle par l’agence des Poids et Mesures. »

               

Remarque


On peut se demander pourquoi on trouve plus de bassins en Ligurie que dans les Alpes Maritimes. Cela est peut-être dû au fait que le système métrique a été adopté dans le Royaume de Sardaigne environ 50 ans plus tard qu’en France, et que la tourmente révolutionnaire y a été moins active pour détruire les symboles de l’ancien régime.

 

Bibliographie


 

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Gioffredo Casalis Cavaliere dell’ordine de SS Maurizio e Lazzaro

Opera molto utile agli impiegati nei pubblici e private uffizi a tutte le persone applicate al foro alla milizia al commercio e singolarmente agli amatori delle cose

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